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 Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine qui vous mangera de baisers que j'ai gardé la forme et l'essence divine de mes amours décomposés !

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Duchesse-Commandante

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MessageSujet: Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine qui vous mangera de baisers que j'ai gardé la forme et l'essence divine de mes amours décomposés !   Mer 9 Jan - 5:16

Le samedi, c'est sodomie.

Enfin pas littéralement, enfin c'est pas programmé en tous cas. C'est de la sodomie métaphorique. Laurenz doit venir rencontrer son fils pour la première et ça me fait serrer les fesses. J'appréhende. Pour des raisons de discrétion évidente, ça se passera dans ma maison. C'est le logement de fonction des Duc-Commandant depuis un siècle ou deux, ravissant et pas trop grand. Je n'y vivrais plus très longtemps, apparemment. Enfin si on me donne le choix je préférerais vivre au Palais avec mon fils. Déjà que je ne le vois pas souvent, si en plus on vit séparé... je ne sais pas comment ça se passe normalement, y a pas eu de mariage impérial depuis un sacré paquet d'années. Je suppose qu'on m'informera des détails en temps voulu. J'espère juste que je vais pas prendre trop cher dans mon cul.

J'ai parlé à Asad de la visite qu'il allait recevoir aujourd'hui, sans lui en révéler les véritables motifs. Ça le perturberait de savoir comme ça cash que son père inconnu vient lui dire coucou. Je lui ai donc dit que le chef des Armées Impériales venait voir si il avait bien appris le maniement de l'épée et l'équitation. Il a cru l'explication, comme si un homme de ce grade là pouvait en avoir quelque chose à foutre des progrès en maniement d'arme d'un enfant de neuf ans. C'est con un gosse, mais c'est pas sa faute. Il est aussi convaincu que je sais tout, quelque chose comme ça. Évidemment, ça fait fondre mon petit cœur autant de naïveté enfantine. Il s'apercevra assez vite de lui même que vieillir, ça consiste souvent à devenir de plus en plus con.

Bref, j'envoie une nourrice préparer l'enfant pour une séance d'entraînement avec le maître d'arme. Asad doit sentir ma nervosité, parce qu'il m'assure qu'il va faire de son mieux avec un grand sourire. C'est pas ça qui m'inquiète. Il n'est pas difficile cet enfant, il s'entraîne comme on lui dit de s'entraîner, il y met de la bonne volonté, donc son niveau est tout à fait respectable. C'est les attentes de Laurenz qui m'inquiètent. Ou ses réactions. Ou peu importe. Je n'ai aucune idée de comment il vit la chose, mais moi je sais que j'ai l'impression de devenir folle. Il faut mieux ne pas y penser. Mon esprit à tendance à se perdre dans un chaos d'inquiétude ces temps ci, je me retourne dans mon lit la nuit sans arriver à m'endormir et j'ai un poil maigri. D'ailleurs, je me suis soucié de la mise de l'enfant, mais pas de la mienne. Je suis encore en uniforme de Duchesse-Commandante, avec de la terre sur les genoux et les cheveux pas très bien coiffé. Je me suis entraîné au tir comme une folle ce matin, en espérant que ça me changerait les idées. Pas marché. Évidemment, j'imagine pas qu'avoir l'air négligée puisse me rendre plus séduisante. Enfin bref.

J'accueille donc Laurenz en essayant d'avoir l'air le plus neutre possible. La présence d'Asad m'oblige à garder un visage relativement inexpressif, et c'est tant mieux. Heureusement, le plus serein ici c'est le gamin qui salue son père comme je lui ai dit de faire. Il déclame son petit texte tel un gentleman d'un mètre vingt :

- Sous le ciel et le soleil, je vous salue Commandant des Armées Impériales. Il fait une révérence à faire pleurer d'émotion un manuel d'étiquette. Vous portez vous bien ?

Bon, évidemment là intérieurement je roucoule de fierté, surtout qu'il est réellement en train d'attendre la réponse à sa question et qu'il s'est pas immédiatement barré pour des activités plus intéressantes ou autre réaction stupide d'enfant. Ça faisait pas trop récitation, ça va. En fait, il observe Laurenz avec un grand intérêt. Il était très content à l'idée de rencontrer « un grand guerrier de l'Empire ». De son point de vue, il n'y a rien de mieux qu'un soldat, sauf peut être deux soldats, alors le chef des armées impériales... c'est mieux que mille soldats ensemble. Si il savait que c'était son père, je crois qu'il exploserait de joie. Moi aussi j'ai envie d'explosé et d'en mettre partout dans la pièce, mais pas pour les mêmes motifs.
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MessageSujet: Re: Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine qui vous mangera de baisers que j'ai gardé la forme et l'essence divine de mes amours décomposés !   Dim 13 Jan - 10:56

À en juger par sa figure dont la sévérité n'avait plus rien d'agressif, Laurenz semblait désormais tout à fait revenu de ses violents emportements. Il ne cherchait pas à garder rancœur du mensonge auquel Shéhérazade avait été contrainte. Les ressassements demeuraient le stérile apanage des esprits torturés et s'apparentaient pour lui à des pleurnicheries. Bien entendu quelques appréhensions subsistaient, mais elles ne l'immobilisaient pas, l'exhortaient tout au contraire à agir pour le mieux ; à être, comme toujours et sans faillir, l'homme sur lequel on pouvait compter dès qu'il était question de responsabilités. Bientôt tout serait en ordre et il pourrait à nouveau se tourner vers de plus importantes et problématiques obligations.

Il avait pris la résolution d'épouser Shéhérazade et de reconnaître son fils. L'imminence de leur rencontre, sans véritablement l'émouvoir, le rendait tout de même un peu soucieux. Laurenz entretenait un rapport étrange – paradoxal – avec l'innocence. Son frère l'y avait rendu très sensible bien malgré lui, et même s'il était à mille lieues de craindre que l'enfant ne devienne à son tour l'une des conditions sine qua non de son existence ou qu'il n'apprenne également à l'assujettir d'une simple caresse, il se méfiait de l'affection et du relâchement de discipline qu'elle pouvait insidieusement entraîner. Il était sûr de lui et prétendait ne pas s'attendrir ; toutefois il n'avait pas non plus la présomption de se croire absolument incapable de faiblir.

Il se présenta chez son amante égal à lui-même : armé, vêtu d'un habit noir, et l'air peu engageant – il réservait l'uniforme militaire et ses parements au strict exercice de ses fonctions, accessoirement aux grandes occasions. Il n'en était pas moins heureux de la revoir ; leur dernière entrevue s'était terminée abruptement et lui avait instillé un vague sentiment de manque que sa seule présence ne pouvait suffire à balayer. Il se tint en bride en dépit de ce que lui inspirèrent le visage de Shéhérazade et les mèches folles qui l'entouraient, promenant seulement sur elle le regard mâle, involontairement impudique de celui qui l'avait vue – et revue – dans son plus simple appareil. Il n'y avait par conséquent rien d'étonnant à ce qu'il ne s'embarrasse d'aucune considération vestimentaire. Peut-être la trouva-t-il un peu changée ; mais il n'eut pas le loisir d'approfondir l'examen. Il inclina le menton, et ses yeux rencontrèrent leur réplique exacte. Intacte.

Laurenz ne songea pas à feindre l'indifférence tant la singularité du moment le confondit. À la vérité, il ne connut pas la moindre révélation affective et ne se sentit pas plus père qu'à la seconde précédente ; au contraire, considérer les traits de ce petit garçon en tous points semblables à ceux de sa mère, y reconnaître ses propres yeux, le trouver à la fois si familier et si étranger parce qu'il avait durant neuf ans grandi indépendamment de sa personne, tout cela concourut à lui donner un sentiment d'intrusion, de décalage, de qu'est-ce-que-je-fiche-ici et de que-dois-je-faire qui, l'espace d'une minute, le mit profondément mal à l'aise. Il opéra sans le savoir une forme de rejet qui devait l'empêcher pour un certain temps d'admettre intimement et avec orgueil que cet enfant, d'une si agréable tournure, auréolé d'une sérénité qu'il n'avait lui-même jamais éprouvée, était effectivement le sien.

Pourtant il revint rapidement de son trouble. Il s'éclaircit la gorge, retournant à l'impeccable révérence un hochement de tête satisfait. L'étonnement et la curiosité atténuaient légèrement la gravité de son expression. Il se réjouissait, au fond, de l'approche que Shéhérazade et lui avaient choisie ; entrer progressivement et discrètement dans la vie de l'enfant, d'une part pour ne pas le brusquer, d'autre part pour permettre au « père » d'en devenir un de fait. Asad semblait très aimable et son excellente tenue rendait la situation un peu moins dérangeante pour Laurenz – qui au même âge avait accueilli la plupart des intrus avec un pendable dédain ; mais il n'y aurait de toute évidence aucun miracle d'apprivoisement lors de leur première rencontre. Ni de catastrophe cependant, et ce fut d'un regard entendu qu'il le signifia à Shéhérazade.

« Je me porte à merveille. » répondit-il en observant de nouveau le jeune garçon. Et comme il pouvait vraisemblablement en dire autant de lui, Laurenz ne perdit pas une seconde de plus en banalités – on repasserait pour l'effort conversationnel, n'est-ce pas ; il lui fut du reste tristement difficile de ne pas s'adresser à ce pauvre enfant comme à un soldat. Il tapota la garde de sa propre épée. « Je suis ici pour une petite démonstration d'escrime. » Il était en effet bon de préciser que ce n'était pas pour une leçon de paternité niveau grand débutant.
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Duchesse-Commandante

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MessageSujet: Re: Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine qui vous mangera de baisers que j'ai gardé la forme et l'essence divine de mes amours décomposés !   Sam 19 Jan - 9:52

Laurenz avait l'air tout à fait normal. Il ne frappa pas Asad, ne l'insulta pas et ne le mangea pas non plus. Il se contenta de répondre poliment à la question, après un long regard signifiant qu'il savait parfaitement qu'il était pas en face du fils du voisin. De mon coté je tâchais de garder l'air inexpressif et d'avoir l'air polie au bon moment en m'inclinant, comme ci tout ceci était parfaitement normal. Asad n'avait pas assez d'expérience avec les gens pour se douter que quelque chose était pourri au royaume du Danemark, donc il n'avait pas l'air absolument préoccupé. En fait, il semblait à cet instant réfléchir à quelque chose. Puis au bout d'une longue cogitation il me fit signe de m'approcher comme si il voulait me chuchoter quelque chose – ouais, il est encore à un âge où il m'arrive seulement à la poitrine, ça va pas durer. Il veut me poser une question, en fait :

- Ils disent de faire quoi après dans le protocole maman ? Le précepteur m'a pas dit.

Ah, ça. Le précepteur m'a pas dit non plus. Je jette un coup d'oeil à Laurenz. Va-t-il croire que le gamin est débile ou que je le materne trop ? Je ne pense pas avoir failli au niveau de l'éducation, j'ai fait comme j'ai vu mes parents ou la famille le faire, ce n'est pas forcément la plus mauvaise méthode. Aucun de mes frères et sœurs ne sont devenus criminels dans les bas-fonds. Peut être que j'ai mal reproduit le modèle. Mais c'est peut être normal qu'un enfant de neuf ans se tourne vers sa mère pour savoir quoi dire face au commandant des armées de l'Empire, je ne sais pas non plus. Puis Laurenz n'a sans doute pas grande expérience des enfants, et je doute qu'il aille se vanter d'une expertise qu'il n'a pas en traitant mon gosse de débile. Il attendra sans doute de voir ce qu'il vaut avec une arme avant d'avoir un avis, histoire de se fier à un critère qu'il connaît. Enfin, c'est Laurenz-logique qui ferait ça. Laurenz-en-trouble-intérieur, j'en sais rien. Le pauvre, ça doit lui faire étrange. Je n'ai absolument pas pensé à ce qu'il pourrait ressentir en décidant de garder l'enfant, parce que je pensais qu'il ne le saurait jamais. Mais ça ne s'est passé comme je l'avais pensé à l'époque. Il est revenu du Nord après mon accouchement et nous nous sommes revus, et la fois d'après aussi, etc. Mais il fallait bien le dire un jour. Je décide donc de prendre en main la coordination des événements, puisque l'un est en invalidité pour cause de paternité balbutiante et l'autre pour cause de jeune âge.

- C'est par là.

Je les conduisis au terrain d'entraînement réservé aux plus hauts officiers militaires – Laurenz ayant le sien au Palais. Vu l'heure de la journée, il était vide. Personne n'irait s'entraîner à l'heure du goûter. Ça tombe bien, j'avais choisi cette heure de la journée pour cette raison précise.
Le maître d'arme était là comme convenu, et il tendit une épée à Asad après les civilités. L'épée était en métal, mais plus petite qu'une vraie et avec les tranchants émoussés. On pouvait quand même casser des os avec cette arme en s'y prenant bien. Asad était passé depuis peu à ça après avoir appris les base avec un bâton, ça l'avait rendu très content. Il faudrait attendre encore trois ou quatre ans qu'il ait grandi et amélioré sa technique avant de lui donner une vraie épée. De toute façon elle serait trop lourde pour lui actuellement. Mon épée « officielle » fait quinze kilos, je raffole pas de m'en servir. Laurenz est très bon dans ce domaine par contre, pour l'avoir vu s'entraîner.
Nous allons nous asseoir sur un banc à coté du champ d'entraînement. Asad et le maître d'arme commencent leur affaire. Je fais quelques commentaires sur la performance – il y a trop de bruit pour que mon fils entende. Des choses du style « il aime bien faire cette technique là » ou « il a passé beaucoup de temps sur celle ci », en essayant de pas faire trop mère gâteuse en rajoutant un petit « ah oui, il y a une faiblesse du coté gauche » mais en ne résistant pas à un « mais ça ira mieux quand il prendra en muscle dans quelques années ». Puis j'ai préféré finalement fermer ma gueule.
Laurenz regardait le petit, alors je l'ai regardé lui, en attendant une réaction. Son visage n'affichait rien de significatif. Puis la fatigue aidant, mon regard est descendu sur tout le reste et j'ai pensé à des choses sales. Ah oui, vu le sujet de conversation de l'autre fois, on a pas pratiqué, et ça commence à remonter à loin du coup. Mon esprit dérive naturellement sur ce sujet trop rarement abordé de nos jours. Le contexte rend l'exécution de mes désirs immédiats difficile, il va falloir sans doute se garder ça sous le coude pour plus tard. La nuit de noces ou quelque chose comme ça, histoire de faire propre et officiel. Je remonte donc le regard vers son visage.
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MessageSujet: Re: Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine qui vous mangera de baisers que j'ai gardé la forme et l'essence divine de mes amours décomposés !   Mar 29 Jan - 10:43

Les circonstances obligeaient Laurenz à se montrer patient et à taire provisoirement son esprit d'initiative ; sa curiosité et son ignorance en fait de parentalité lui dictaient de ne formuler aucun jugement. Il ne tint donc pas rigueur à l'enfant du temps de latence qui suivit sa demande – pour sûr, il n'aurait jamais permis ce genre de lenteur à l'un de ses hommes – et se contenta de croiser calmement les bras sans cesser de le regarder. Qu'il s'entretienne à voix basse avec sa mère n'eut vraisemblablement rien de répréhensible à ses yeux, et ce fut après avoir adressé un hochement de tête tout à fait neutre à celle-ci qu'il se rendit à leur suite dans la salle d'entraînement.

Il se sentit dès lors plus à son aise. Cet espace – la hauteur du plafond, la résonance, l'odeur du bois, du cuir et du métal, le large éventail d'armes et de pièces d'équipement disposés le long des murs – lui rappelait tout le charme de son propre mode de vie. Il tâcha de ne pas se laisser distraire cependant, et salua le maître d'armes sans cérémonie avant d'emboîter le pas à Shéhérazade pour prendre place à ses côtés. De fait, quoiqu'il les ait écoutés, il ne répondit pas à ses commentaires et son visage n'exprima rien de ses impressions ; il n'en suivit pas moins l'échange avec beaucoup d'attention.

L'effort physique avait toujours été pour lui la meilleure des disciplines. Il n'était pas seulement question de s'endurcir aux fatigues et aux coups, mais d'avoir conscience de ses limites et d'apprendre à les repousser intelligemment. Son premier maître d'armes s'était efforcé de lui enseigner qu'il fallait être mesuré et patient, que la fougue, la haine, la vengeance, tout ce qui agite enfin, n'avait jamais durablement asservi une lame. Son tempérament impulsif l'avait à cet égard longtemps désavantagé ; savoir en faire abstraction au moment de se battre, être capable d'en extraire le meilleur – la ruse, la hardiesse, la promptitude et l'acharnement – lui demandait encore un travail considérable sur lui-même. Asad, tout au contraire, possédait visiblement un caractère qui le disposait au maniement des armes. Il manifestait ce qu'il fallait d'entrain et de calme, menait ses actions avec l'application d'un fils obéissant. Si un bon élève ne cachait pas nécessairement un militaire en puissance, Laurenz éprouvait tout de même un certain enthousiasme – guerrier plus que paternel, bien entendu – à la perspective de le voir progresser encore ; de le voir abandonner un peu ce mode tout appris au profit de l'ingéniosité, qu'il préférait.
Il eut enfin toutes les peines du monde à ne pas intervenir comme une grosse brute depuis son banc, en ordonnant à Asad de lever un peu plus le bras, d'ajuster l'inflexion de ses poignets ou d'adapter avec plus de soin la longueur de ses pas ; c'est qu'il était plus partisan du « mieux » que du « bien » et qu'à l'inverse de l'honorable maître d'armes, il oubliait parfois très facilement à qui il avait affaire ; en l'occurrence, un petit garçon de neuf ans. Il eut un léger froncement de sourcils et revint à lui, songeant qu'à cet âge, lui-même ne s'en était peut-être pas mieux sorti. Puis il sentit le regard de Shéhérazade.

Il tourna la tête vers elle, l'air mi-interrogateur, mi-renfrogné, comme pour savoir s'il y avait longtemps qu'elle l'observait ainsi ; toutefois il fut bientôt gagné par l'envie de lui sourire – ce qu'il fit un peu moqueusement.

« Il peut sans doute mieux faire. » déclara-t-il pensivement – cependant il n'y avait aucune gravité dans sa voix. « Mais je reconnais qu'il s'est conduit très honorablement et qu'il me paraît prometteur. Vous devez être fière de lui. » Il y avait assurément de quoi, ajouta-t-il à part lui en la regardant au fond des yeux. Il ne s'intéressa plus à la démonstration et poursuivit en profitant du vacarme des épées. « Vous êtes plus habile que moi lorsqu'il s'agit de rapports humains, aussi je compte sur vous pour le préparer progressivement à son changement de vie. » Il eut envie de la toucher pour la tranquilliser, mais se souvint qu'ils n'avaient pas d'intimité. « J'ai l'intention de vous épouser – je suis également venu pour vous le confirmer. J'estime y avoir suffisamment réfléchi, et c'est à mon sens le choix le plus judicieux. Je donne peut-être l'impression de ne pas vous demander votre avis. Seulement, dans la mesure où il n'est pas question de faire de vous une « épouse » au sens où vous-même l'entendez, je ne vous vois aucune raison de me refuser. » Il cilla lentement, et lui dit très franchement après avoir considéré ses lèvres. « Sachez que j'aurais volontiers couronné mes paroles d'un baiser. »
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MessageSujet: Re: Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine qui vous mangera de baisers que j'ai gardé la forme et l'essence divine de mes amours décomposés !   Ven 8 Fév - 0:02

Laurenz a surpris mon regard. Ça l'a fait sourire comme un enculé. J'ai plissé les yeux et il s'est mis à parler d'Asad. Ah, enfin un sujet intéressant. Comme tout le monde, je suis faillible et je fais des choses stupides comme aimer avoir une discussion sur mon gamin. Les gamins des autres sont chiants, alors que les choses que fait le mien acquièrent instantanément un vernis d'intérêt juste parce que c'est lui qui les fait. Au moins je ne suis pas tombée trop bas et je garde une vague conscience du phénomène, ce qui permet de ne pas faire la biographie complète de mon chiard à Laurenz. Ça serait un peu violent pour une première fois, même si c'est le père.
Le « il peut sans doute faire mieux » m'a fait peur, mais après il est passé aux éloges et j'ai eu l'impression qu'on me massait directement le cerveau tellement c'était bon. Et puis ça voulait dire qu'il ne comptait pas m'engueuler dans les trente secondes, peut être même qu'il était content d'être là. Il le prenait bien, c'est merveilleux. Il me confiait aussi la responsabilité de préparer Asad à tout ça. Trop aimable. Si j'avais été d'humeur – genre pas juste après des disputes quoi – j'aurais répondu quelque chose comme « je ne sais pas si je serais à la hauteur ». Là je ne pouvais pas être en colère, c'était trop frais de l'avoir à coté de moi en train de sourire. Ça fait longtemps. Je ne peux pas lui sauter au nez comme ça.
Surtout vu la suite.

Laurenz enchaîne sur le mariage, avec un romantisme et un sens du contact humain plus atrophié que jamais. Ça ne me gêne pas. Selon mon éducation et tout ça, ses paroles me paraissent pleine de bon sens. Il n'y a que les pauvres qui se marient comme ça, pour le plaisir de se marier. Passé un certain statut social, ça ressemble plus à un partenariat commercial ou à une manœuvre diplomatique qu'à de l'amour. Quand t'as du pognon et du pouvoir sur ton nom, tu le partages pas comme ça. Si quelqu'un venait m'expliquer à quel point passer sa vie avec l'homme de sa vie est formidable, je lèverai les yeux au ciel. Une illusion de plébien ça. C'est beaucoup plus malin de voir la chose comme un genre de partenariat pour la vie. Les sentiments, ça va, ça vient... une entente cordiale basée sur des intérêts communs ça reste. J'ai assez d'expérience du monde pour savoir ça, Laurenz n'a pas été ma première liaison. Je garde une mentalité marchande. En me mariant avec un Prince Walhgren, je gagne évidemment le nom le plus prestigieux qui soit et tout ce qui va avec. Asad aura sans doute peu de problèmes dans la vie, moi aussi, tout va bien. Pourtant ça je m'en fous, en fait. Ce mariage n'a pas été programmé par nous et nos familles respectives à des fins commerciales ou diplomatiques, ça n'a rien à voir.

- Je suis d'accord avec vous.

Notre attention n'était plus vraiment fixée sur la démonstration. Un rapide coup d'oeil m'informa que l'enfant et le maître d'armes étaient en plein échange de passes complexes à l'épée et qu'ils ne nous accordaient pas un regard – pas le temps pour ça. J'ai embrassé Laurenz, donc. Ça fait dix ans que mon âme – et des parties attenantes moins élégantes – brûle pour lui, on va se marier, dans quelques années toute cette affaire posera peut être des problèmes mais actuellement je m'en fous. Je fais pas trop durer le baiser malgré mon enthousiasme, juste le temps d'avoir un goût de Laurenz sur les lèvres et de le sentir un peu contre moi. Ça me manque. Pas le sexe spécifiquement, juste de le tripoter à ma guise. Idéalement j'aimerais lui donner un grand coup sur la tête et le traîner dans ma caverne pour abuser sauvagement de lui, mais les circonstances ne s'y prête pas alors je retourne sagement m'asseoir - oui c'est triste j'ai dû à moitié me lever pour atteindre la bouche de Laurenz. Des fois j'ai l'impression d'être un piaf qui demande la becté à sa mère, saloperie d'homme grand.

- Et j'ai couronné à votre place, pour vous épargner cette peine. Petite pause, changement de sujet. Je cherche quelque chose à dire qui ne me pousse pas au vice, l'idée me vient vite. Il n'y a qu'un sujet qui puisse actuellement jeter un froid sur mes tourments intérieurs. Mais votre oncle m'a déjà parlé de tout ça, pour les détails pratiques. Et VLAN la libido. D'ailleurs c'est tellement trop vlan que je préfère changer de sujet, encore. Disons qu'il fallait mentionner ça mais que c'est pas la peine de s'attarder là dessus. Je suis encore vexée du ton employé par le Régent. Et j'ai vu votre frère cadet aussi. Il a été très aimable. D'ailleurs je me demandais... avez vous des petits cousins de l'âge d'Asad ou quelque chose du genre ? Il est très jeune pour ne vivre qu'avec des adultes.

Est ce que c'est vraiment à Laurenz de se soucier de ça ? Aucune idée, mais je ne peux pas empêcher ce genre de questions de sortir ces temps ci.
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MessageSujet: Re: Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine qui vous mangera de baisers que j'ai gardé la forme et l'essence divine de mes amours décomposés !   Dim 24 Fév - 1:31

À vrai dire, essuyer un refus lui paraissait tellement improbable qu'il ne trouva pas de quoi se réjouir, d'être agréablement surpris ou tout simplement satisfait lorsque Shéhérazade acquiesça – car rien de plus naturel, n'est-ce pas : ce n'était au fond qu'une question de goujaterie bon sens. Il fut en revanche plus réceptif à l'initiative qu'elle prit ensuite. Il lui avait suffi de suivre son regard pour comprendre son intention de suppléer à l'audace – plutôt à l'impudeur – qui venait de lui faire défaut. Outre l'enfant qu'il fallait encore préserver, Laurenz n'aimait pas se donner à voir dans ses rapprochements intimes, aussi véniels soient-ils ; mais la proximité soudaine de Shéhérazade – que son corps réclamait d'autant plus qu'une dispute avait différé leurs véritables retrouvailles – neutralisa curieusement ses principes. Il décroisa donc les bras afin de la saisir à la taille d'une main ferme et, dès qu'elle fut contre lui, ajusta volontiers ses lèvres aux siennes pour s'emparer de son souffle. S'il manifesta le même enthousiasme qu'elle, il eut néanmoins beaucoup plus de mal à consentir la brièveté de leur baiser. Sans surprise, ce fut pour lui une caresse impatiente, frustrée par avance, où l'impératif – comme souvent – ne fit qu'une trop petite part à la douceur. Il dut pourtant se montrer raisonnable et ne pas la retenir en dépit du désir qu'elle instillait en lui ; mais ne plus avoir la chaleur de sa bouche sous la langue ni la main sur son corps assombrit son œil gauche d'une fièvre contrariée, que l'ironie ne tarda toutefois pas à atténuer.

« Et quelle peine. » enchérit-il avec orgueil. « J'apprécie votre dévouement. » Puis il acheva d'une voix tranquille, l'air faussement détaché. « Il n'empêche que vous ne perdez rien pour attendre. »

Il concentra de nouveau son attention sur Asad – qui par chance semblait ne s'être jamais tourné vers eux. Lui-même paraissait incurieux de l'entretien de Shéhérazade avec le Régent. C'est qu'il se représentait par défaut une formalité ordinaire, pénible à n'en pas douter, peut-être solennelle, mais non moins polie pour la simple raison que son oncle savait a priori mieux se tenir que lui. En somme il ne soupçonnait pas du tout la petite comédie que Shéhérazade avait dû souffrir ; c'était sûrement préférable en ce qu'à ses yeux, ce genre de procédé contribuait moins à gagner du crédit qu'à en perdre. Il la regarda finalement de biais comme elle évoquait son frère, un vague et fier sourire aux lèvres. Ludwig était pour sûr l'homme le plus aimable que l'Empire ait eu l'heur de voir naître – si. Il se surprit à penser qu'Asad lui plairait sans le moindre doute, cependant le timide contentement qu'il en eut céda très vite au léger agacement que lui causèrent les inquiétudes de Shéhérazade.

« Je ne vois là rien dont il ne puisse se remettre. » rétorqua-t-il un peu sèchement dans le but de lui rappeler qu'il n'était pas – plus – question de materner ce garçon. Il doutait par ailleurs que la compagnie d'autres enfants lui soit absolument – ou psychologiquement – indispensable. Il prenait le problème autrement, puisqu'en vérité, il avait moins le souci de son équilibre que de son relationnel ; l'intérêt de mêler Asad à d'autres enfants était seulement de lui constituer un premier cercle d'alliés solides – ce dont Laurenz ne serait bien sûr jamais vraiment convaincu dans la mesure où il avait une propension à se méfier du monde entier. Il fit tout de même l'effort d'adoucir son propos après avoir observé un court silence de réflexion. « Mais je suppose qu'il est en effet possible de lui trouver quelque camarade d'excellente famille. Préférablement d'éducation militaire ou politique. Une relation utile, en d'autres termes. J'imagine que vous y songiez aussi – vous connaissez ces exigences là mieux que moi. » Soit ; le capital humanité et sensibilité de Laurenz se trouvait encore en-dessous de zéro.

Au même instant, le maître d'armes mit un terme à la démonstration d'escrime et, après le salut d'usage, déséquipa le petit garçon. Laurenz finit par lui faire signe d'approcher – il eut entre-temps un regard pour Shéhérazade, moins assuré qu'à l'ordinaire ; puis un sourire discret aux lèvres, il l'accueillit en le félicitant sobrement.

« J'aimerais savoir, Asad. » dit-il sans tarder en le considérant avec beaucoup d'attention. « Où te vois-tu lorsque tu seras grand ? » S'il se voyait déjà quelque part, aurait-il fallu ajouter ; présenter les choses ainsi pouvait aussi bien être de la simple maladresse qu'un moyen de forcer la réflexion – car l'éducation militaire, ce n'était pas tout.
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Duchesse-Commandante

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MessageSujet: Re: Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine qui vous mangera de baisers que j'ai gardé la forme et l'essence divine de mes amours décomposés !   Lun 11 Mar - 10:48

Laurenz me fit le numéro du mec qui arrive dix ans après tout le monde mais qui déjà un expert dans la matière. Ici, la pédagogie. C'est légèrement agaçant, surtout qu'il se braque facilement dès qu'on essaye de ne pas être d'accord avec lui. Et il n'y a rien à faire, mis à part attendre que ça passe et se débrouiller avec un attendant. Un vague malaise me gagne. Je vais lier mon sort à celui d'un type qui pourrait détruire ma vie sans que je puisse rien y faire. Mais ça, il fallait y penser avant de lui faire un enfant, hein. Maintenant c'est trop tard. Enfin je ne pense pas qu'il prendrait la décision de mettre Asad à mort ou quelque chose comme ça sur un coup de tête, mais par ignorance... tout est possible. Si il est convaincu que les enfants sont naturellement ignifugés, je n'arriverais jamais à le convaincre du contraire si il est braqué. Et il lancerai Asad dans de la lave pour me le prouver. Oh, bordel.
Mais je pense pouvoir vivre avec ce suspens là. Ça pourrait être pire. On va pas cracher dans la soupe. Ouais, y a quinze ans, je t'aurais dit préférer me faire couper les mains plutôt que de me marier avec un supérieur hiérarchique un brin tyrannique. J'étais jeune et bête. On s'accommode de pas mal de trucs en fait. Et Laurenz n'irait sans doute pas jeter Asad dans la lave. Peut être qu'il prendra des décisions un peu conne, mais on en subit tous dans la vie, tout ça. Je ne peut pas protéger le gamin éternellement. Ça fait longtemps qu'il ressemble plus à une petite personne qu'à un bébé. Il saura gérer ça, c'est ce qu'il faut se dire. Bordel.
Laurenz replace l'histoire des fréquentations de l'enfant dans un cadre utilitariste. Pourquoi pas, le résultat est le même au final. Je ne le contredis pas, c'est inutile puisqu'il en vient tout seul à être du même avis que moi. C'est qu'une question de point de vue, dans les deux cas le résultat voulu est que Asad ne soit pas un espèce d'asocial traumatisé par la solitude de son enfance, quelque chose comme ça. Du coup je surenchéris, même. Le flatter un peu en reprenant son idée ne fait pas de mal :

- Oui, voilà. Puis c'est dès l'enfance que l'on apprend à se conduire avec les gens, à se faire apprécier d'eux ou l'inverse. Des connaissances utiles à l'âge adulte.

Comme si la formation d'un caractère pouvait se superviser. Peut être qu'Asad deviendra un espèce d'alien social sans qu'on puisse rien y faire. Enfin il pourra être presque n'importe quoi sans soucis vu que maintenant il a toute une famille pour s'assurer qu'il ne lui arrive rien. Mais ça serait mieux qu'il soit militaire quand même, et un bon. Mais je peux mourir sur mes deux oreilles, maintenant. Ça fait plaisir.
La leçon d'escrime prit fin et Asad vint vers nous sur signe de Laurenz. Il avait l'air un peu nerveux, maintenant. Son père aussi. Moi moins parce que mon futur époux n'avait pas l'air de vouloir balancer son fils par dessus une falaise. Il avait l'air de vouloir prendre des décisions sur son éducation, tout ça, ce qui je trouve est un bon signe pour l'avenir. Ça l'intéresse, quoi. Il pose une question dont je ne comprends pas bien la pertinence. Asad a l'air de chercher le piège. Il jette des coups d'oeil nerveux à quelque chose sur le visage de Laurenz, je ne comprends pas bien... ah oui putain de merde, le Géno. Là il est plus proche. Et c'est pas ses nourrices ou les autres enfants d'officiers qui vont avoir un bazar pareil sur la gueule. C'est vrai que la première fois c'est relativement impressionnant. J'avoue personnellement m'être demandé à l'époque si j'arriverais à baiser avec quelqu'un ayant un truc pareil sur le visage. Ben oui, c'est pas très joli un Géno. Je me suis toujours demandé comment faisait quelqu'un avec tout un membre mécanique, pour le sexe. Il le laisse de coté pendant l'acte ? Ça doit quand même pas être terrible une branlette avec des doigts en fer et...
Ah oui, contexte maternel tout ça. Ce genre de penser doit rester pour les méditations profondes de trois heures du matin, avec de l'alcool. Là c'est pas le moment. Revenons en à Asad, qui a l'air de prendre une grand résolution intérieure. Je me dis que j'aurais pu me rapprocher de lui pour le rassurer, quelque chose comme ça. J'avoue ne pas m'en être occupé assez pour avoir ces réflexes là, mais j'ai un travail moi, et il est important. La paix impériale passe avant. En tout cas Asad s'en sort aussi bien sans que j'aille piailler autour et il répond à la question :

- Quand je serais grand, je veux me battre pour l'Empire, Commandant.

Arf, ça sonne pas très naturel mais la question était vache, aussi. Elle appelait à une réponse pas très naturelle non plus. C'est pas le truc le plus con à dire non plus, de mon point de vue. Au moins c'est une bonne réponse, mieux que « me saouler la gueule commandant » - il a appris cette expression il y a peu, et ça lui a semblé pendant un moment une bonne réplique à dire pour faire viril à table. Heureusement qu'il n'y avait pas de public à ce moment.
L'enfant attend ensuite poliment qu'un adulte relance la conversation, parce que parler au commandant des armées impériales de soi même c'est pas poli. Et moi je ne dis rien parce que celui qui connaît pas Asad ici, c'est Laurenz. Moi je lui ai déjà parlé auparavant, ça ne me bouleverse pas de le voir. Du coup je dis rien. Ce qui est peut être peu charitable, je condamne mon futur époux à se noyer dans la merde, là. J'aimerais pas être à sa place.
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MessageSujet: Re: Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine qui vous mangera de baisers que j'ai gardé la forme et l'essence divine de mes amours décomposés !   Mer 11 Sep - 11:22

De fait, il était beaucoup plus commode pour Laurenz – qui souhaitait déjà, plus ou moins consciemment, parer à tout risque d'attendrissement – de considérer que l'être humain, et à plus forte raison l'enfant, possédait par nature une grande capacité d'adaptation. N'étant pas un mondain, et pour avoir éprouvé l'efficacité de la rigueur et de la discipline passé un certain âge, il se distinguait par une fâcheuse propension à négliger les facteurs sociaux dans la construction de l'individu – ce qu'il reléguait avec aplomb à l'accessoire, sinon à la sottise.

Mais inutile de palabrer. Il avait perdu son sourire. Le regard insistant du petit garçon le troublait – voire l'irritait – légèrement et le distrayait un peu de la présence de Shéhérazade. Nul doute qu'il aurait eu quelques années plus tôt le sentiment étrange de se regarder dans les yeux. Comme impatient, il croisa de nouveau les bras, mais fit l'effort d'attendre sans le brusquer une réponse de la part de l'enfant. Et quand celle-ci vint enfin, ce fut avec sa sévérité coutumière, en observant un long silence, qu'il le dévisagea. Il ne se souciait guère du manque de naturel. Son souhait, qu'il l'ait formulé pour lui plaire ou par simple naïveté enfantine, n'était pas tombé dans l'oreille d'un sourd : Laurenz avait l'intention de le prendre au mot et mettrait inévitablement tout son orgueil à en faire un grand soldat. Sa mère, d'une certaine façon, s'y employait déjà.

« … Bien. » déclara-t-il finalement. Il le considéra encore un instant, avant d'inspirer profondément et de poursuivre en cherchant par moments le regard de Shéhérazade. « Je présume que tu es disposé à faire de grands progrès. » Et à accomplir d'aussi grands exploits, semblait-il sous-entendre – à défaut de s'imaginer lui raconter avec enthousiasme ceux des Armées Impériales, qui ne se résumaient plus aujourd'hui qu'à une routine noire, par ailleurs. Y songer, même très vaguement, lui rappela combien il détestait rester assis. En dépit de la confiance qu'il accordait à Klemens, déléguer lui avait toujours pesé. Il balaya sa lassitude d'un battement de paupière et reprit. « Si cela se vérifie dans les prochaines semaines, je t'invite à venir t'exercer dans la salle d'armes du Palais Impérial. » Pour ne plus jamais en sortir. Son regard s'arrêta tout à fait sur Shéhérazade afin de lui arracher d'obtenir son assentiment. Il se permit un sourire sobre, sans chaleur, mais non moins sincère. « J'imagine que vous n'y verrez aucun inconvénient. »

L'intérêt était naturellement d'accoutumer Asad à la fréquentation du Palais. En douceur. Un petit miracle de patience  dont il ne se félicitait pas et qui l'exaspérait tout au contraire. Parce qu'enfin, si cela n'avait tenu qu'à lui, Laurenz l'y aurait enfermé sans préavis – et son frère avec – en lui épargnant les considérations mondaines, pour en faire une véritable machine de guerre à lâcher sur le front de l'Archipel Nord le jour de sa majorité – dépendamment de ses capacités. Ce genre d'extrême lui semblait hélas plus constructif que les niaiseries.
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MessageSujet: Re: Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine qui vous mangera de baisers que j'ai gardé la forme et l'essence divine de mes amours décomposés !   Jeu 12 Sep - 6:54

Laurenz regarde Asad avec une expression très concentrée, que l'enfant ne sait pas interpréter. Je vois ses yeux bouger de droite à gauche à la recherche d'un indice signifiant ou non qu'il a raté quelque chose quelque part. Il reste pourtant calme, les mains le long du corps, assez adulte quand même pour rester concentré plus de cinq minutes. Et il est assez intelligent pour deviner que si, durant sa rencontre avec un membre de la famille impériale, il fait son petit merdeux, il va en entendre parler. De toute façon je crois qu'il est trop impressionné par l'apparat, l'oeil bionique, la situation inhabituelle et le reste pour moufter. Il répond quand même « oui, Commandant » quand Laurenz lui demande si il compte faire des progrès, parce qu'il a pas été élevé chez les porcs. Mais sa voix tremble un peu. Je suppose parce qu'il a déduit que le Commandant lui demandait ça parce que sa démonstration n'était pas à un assez bon niveau. Je pense deviner juste, vu l'expression d'Asad. C'est celle d'un enfant en train de se retenir très très fort de pleurer, les muscles de ses mâchoires ressortent et ses yeux brillent un peu trop... merde. La proposition d'aller s'entraîner au Palais Impérial est pas accueillie avec un enthousiasme délirant :

- Oui Commandant, je m'exercerai beaucoup Commandant, merci beaucoup. Veuillez m'excusez il faut que... quejeprennecongés !

Et là... il se taille en courant ! CE PETIT CON ! Ma réaction première est de mettre mon visage dans ma main pour me cacher le spectacle et étouffer une bordée de jurons. Un petit « putain » sort quand même dans un soupir, mais je suppose que mon voisin n'en prendra pas ombrage. C'est exactement ce que je craignais : des émotions qui débordent. Qu'est ce que va penser Laurenz maintenant ? Que c'est un couard, un attardé ? Les émotions, c'est pas le plus recommandé pour une carrière militaire. Pour n'importe quel poste d'ailleurs. Il faut se les garder au chaud pour un autre contexte. Neuf ans, c'est trop tôt pour faire ça ? Sincèrement, je n'en ai aucune idée, j'ai pas eu d'enfant avant lui pour me faire la main. Heureusement, il ne me fait pas des scènes pareilles tous les matins. Ça doit avoir quelque chose de normal, alors. Mais aucune idée du pourquoi du comment.

- ... je crains que vous lui ayez fait peur, désolée pour... tout ça. Les enfants ont des réactions étranges parfois.

Je crois que j'aimerais bien partir n'importe où en courant aussi, mais j'ai passé l'âge. On attend de ma part une réaction constructive.

- Je vais le chercher, au moins pour m'assurer qu'il n'aille pas n'importe où sur une lubie. Excusez moi je reviens vite.

Là dessus, je me lève pour partir en courant aussi, mais avec un but précis, et moins d'empressement. J'ai une plus longue foulée après tout, il ne peut pas me semer comme ça. Enfin c'est ce que je crois, mais une fois que j'ai tourné à l'angle du bâtiment, que j'ai couru dans sa chambre pour la trouver vide, je m'aperçois qu'il y a un tas d'endroit où un gamin peut aller se fourrer, ne serait ce que dans le domaine, et que je n'ai aucune idée de par où commencer. J'ai pas été préparé à ce genre de circonstance. Je suppose qu'un espèce d'instinct maternel aurait pu me renseigner, mais si j'en ai un, il prend bien soin de fermer sa gueule. Je repars donc courir à l'office demander à une de ses nourrices de s'occuper de ça. Je ne sais pas ce que je ferais sans cette invention formidable qu'est le domestique. A vrai dire, je sais à peine m'habiller toute seule. Et encore moins habiller un enfant. C'est pour ça que parmi les domestiques, il y a cette sorte encore plus chérie : les nounous. Crise de larmes, rhume, diarrhée ? Hop, nourrice. J'ai un boulot moi. Ça me serait jamais venu à l'esprit de me taper les corvées pour le plaisir de me taper les corvées, mais là, je vois le problème. Mon fils pleure quelque part et j'ai aucune idée d'où. Il a sans doute une cabane dans un arbre ou une planque sous une lessiveuse réservé à cet usage, mais j'ai aucune idée de l'endroit. Bah.
Je retourne – en courant encore – vers Laurenz, histoire de pas le laisser seul hors des sentiers du protocole trop longtemps. Mais monter les escaliers en courant, c'était une erreur... quand j'arrive je souffle comme un bœuf, je suis en sueur, et j'ai les joues rougies par l'effort. Je fais signe au Commandant des armées impériale que j'ai besoin de reprendre mon souffle deux secondes avant d'être apte à sortir des phrases cohérentes. Pliée en deux, je rends compte de mes efforts :

- ... pas trouvé... j'ai demandé à des domestiques... de le faire.

Je me redresse et chasse mes cheveux de mon visage histoire de retrouver un peu de tenue, puis je m'assoie à coté de Laurenz, et comme ça fait quand même plusieurs heures que je suis sous tension je saute directement à la conclusion qui fait mal :

- Vous le trouvez stupide ?
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