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 Le désarmement intérieur.

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MessageSujet: Le désarmement intérieur.   Mer 30 Jan - 11:58

Il n'était pas dans les habitudes de Laurenz d'aller au-devant de son frère pour parler « tranquillement » de ce qui les divisait ; d'ordinaire, il n'attaquait véritablement que sous l'impulsion de la colère, soit que Ludwig ait proféré une insupportable sottise, soit qu'il ait commis une lourde faute à ses yeux. Il entendait cependant honorer ses engagements en le soulageant – à sa manière – de ses souffrances, afin que la vie dans leur somptueuse résidence n'ait pas pour lui une couleur trop cruelle. Évidemment, il ne s'agissait pas tout à fait d'un acte de bonté : si Laurenz consentait à s'exposer au défoulement hypothétique de son frère, c'était aussi pour en limiter les inconvenances en-dehors du Palais. Il préférait en somme être le seul à entendre et à souffrir ce que son oncle avait inopportunément enduré plus tôt dans la journée – non, il n'avait pas oublié. Il n'espérait par ailleurs aucun miracle : le fait d'avoir très bien mangé le rendait moins irritable, certainement pas conciliant.

Parce que leurs convictions et fonctions respectives les avaient depuis longtemps éloignés l'un de l'autre, il lui fut étrangement agréable d'approcher à nouveau les appartements de son frère avec la certitude – ô combien apaisante – qu'il s'y trouvait. Ce soir comme dans les jours à venir, il lui serait sûrement impossible de le laisser en paix ; il ne s'en excusait pas. Il frappa vigoureusement à la porte de sa chambre après s'être un instant massé la nuque, puis entra sans chercher à savoir s'il en avait obtenu l'autorisation.

Il venait de l'interrompre dans sa méditation ; tant pis. Laurenz ne lui fit pas l'injure supplémentaire d'exiger immédiatement son attention ; il referma la porte et, s'y appuyant tout en gardant les mains derrière le dos, embrassa la pièce d'un regard investigateur pour juger de l'effort des domestiques : tout semblait en ordre, constata-t-il avec satisfaction. Les appartements de son frère avaient fini par devenir des reliques du passé – de sa jeunesse et plus particulièrement de son cœur, même s'il n'avait pas du tout la niaiserie de les envisager ainsi.

« Tu t'y réhabitueras. » laissa-t-il échapper sur un ton impérieux. Sa déclaration tenait en effet plus de l'ordre que de la prédiction ou de l'espoir.

Il observait maintenant Ludwig avec un sérieux proche de la sévérité. Ses doigts tambourinèrent impatiemment contre la porte, et il finit par s'en éloigner d'une faible poussée. La trêve qu'ils s'étaient tacitement imposée s'avérait au fond un peu boiteuse. Il n'aurait pas l'hypocrisie de s'en affliger dans la mesure où il ne souffrait guère des disputes qui l'opposaient à son frère et que celles-ci lui étaient devenues tristement naturelles – d'aucuns auraient peut-être dit : tendresse morbide. Il vint s'asseoir au bord du lit.

« Tu n'as plus daigné une seule fois me regarder dans les yeux et tu es resté silencieux durant tout le reste du dîner – ce qui est assez ironique soit dit en passant. » Les explications ne tardèrent pas à venir. « J'ai appris aujourd'hui que tu éprouvais quelques difficultés à tenir ta langue et qu'il me faudrait peut-être te le réapprendre. » Il se craqua machinalement les doigts – la coïncidence entre ses paroles et son geste, quoique ambiguë, fut tout à fait involontaire. « Or j'ai horreur que l'on trouve à redire à ton sujet. Je suis venu te voir parce que je n'aimerais pas que ta douleur te fasse commettre d'autres bêtises, aussi je ne partirai pas avant de savoir exactement ce qui t'a soudain rendu si triste. » Il le dévisagea et lui demanda pour finir, échouant complètement dans sa tentative de se rendre un tant soit peu engageant. « Qu'as-tu à me dire, Ludwig ? »
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MessageSujet: Re: Le désarmement intérieur.   Jeu 31 Jan - 6:29

Le récit de Maximilien résonnait encore dans l'esprit du jeune marquis Walhgren. Ludwig savait que son histoire et celle de son oncle étaient similaires. Tous les deux s'éloignaient dans leur jeunesse de leur aîné, quelque put être la force de leur amour fraternel. Cela se faisait pour des raisons différentes mais, au final, Ezhekiel IV avait fini par s'enfermer dans ses laboratoires et ne consacrait guère du temps à son Régent. Laurenz, quant à lui, demeurait physiquement éloigné de son cadet, préoccupé par d'autres aspects des "affaires familiales".

Assis en tailleur, à même le sol, le guérisseur se vidait l'esprit, tout en remerciant ses enseignants de lui avoir appris de telles techniques. Toute maîtrise de la magie nécessitait de la concentration et aussi la capacité à méditer. Sentir l'harmonie entre son être et le reste du monde, surtout la partie liée à l'élément magique. Il entendait tous les coeurs battre à des dizaines de mètres à la ronde. Le fait que l'un d'eux s'approchait de lui ne le perturba pas. Il entendit son frère frapper à sa porte et entrer, mais ne lui prêta aucune attention, le temps de sortir progressivement de son état second. Tout était une affaire de maîtrise de soi.

C'est donc calme au possible que Ludwig ouvrit les yeux et fixa son aîné. Le prenait-il pour un géno conditionné à lui obéir ? Il ne suffisait pas de le dire avec conviction pour que cela devienne la réalité. Mais il comprenait l'intention, alors ne chercha-t-il pas à jouer sur les mots ou la façon dont ceux-ci étaient prononcés. La suite du discours du Commandant en chef des Armées impériales était prévisible. Laurenz était venu lui faire la morale. Comme à son habitude, il ne ménagea aucunement ses reproches et doléances, les listant les unes à la suite des autres... S'il n'avait pas eu le temps de méditer, le guérisseur aurait déjà explosé dans un torrent de paroles un cran plus fortes que celles de son frère et quelqu'un finirait par quitter la pièce en claquant toutes les portes possibles et imaginables. Du moins celles qu'il était possible de claquer, depuis que les champs de force et de massives portes coulissantes furent installées, quelques décennies plus tôt, dans les points stratégiques du Palais impérial.

- Je n'ai fait que dire la vérité, Laurenz. Et j'ai bien compris qu'elle n'était ni à ton goût, ni à celui de notre Oncle.

Ils pourraient débattre vainement et à l'infini de la façon de vivre, et de régner, des Empereurs Inventeurs dont leur Père faisait partie. Ludwig partait du principe que la science, si grande soit-elle, ne rendrait pas l'Empire meilleur qu'un peu d'attention accordée au peuple par son monarque. Laurenz était le "bon fils" dans l'histoire, apportant son soutien infaillible à la famille et ne remettant rien en question. Les deux souffraient de l'absence de leur Père, mais seulement un des deux le faisait en silence. L'autre faisait savoir à son entourage que cela ne lui plaisait pas. C'était faire preuve d'insensibilité et d'égoïsme, pour Ludwig.

Mais un autre sujet de conversation semblait intéresser Laurenz, plus encore que l'insubordination de son cadet. N'avait-il vraiment pas saisi le parallèle entre ce que Maximilien leur raconta et leur propre histoire ? N'étaient-ils pas en train de s'éloigner l'un de l'autre ? Peut-être bien par la faute du plus jeune des deux, même si celui-ci ne voulait pas le reconnaître. En tout cas, Ludwig partait du principe que sa part de responsabilité dans toute querelle familiale n'était pas majoritaire. Son calme se transforma en tristesse... Le guérisseur soupira. Il se leva et s'installa sur le lit à côté de Laurenz, à la distance d'un bras tendu. Il regarda le militaire, dans le seul oeil qu'il reconnaissait comme étant celui de son frère, et finit par baisser le regard, avant de répondre.

- Le souvenir que notre Oncle partagea avec nous m'a... donné à réfléchir, Laurenz. Je ne vois pas comment Tu as pu y demeurer aussi indifférent.
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MessageSujet: Re: Le désarmement intérieur.   Ven 1 Fév - 15:41

Tu devrais plutôt comprendre qu'il s'agit de ta vérité et qu'elle n'engage que toi ; qu'elle est à la mesure de ta conscience étriquée et qu'elle ne correspond par conséquent en rien à la réalité.

Formuler sèchement sa pensée ainsi qu'il l'avait déjà fait mille fois auparavant ; réagir au quart de tour et bombarder ce mot-là, « vérité », d'une bordée de jurons ; Laurenz en eut la furieuse envie et dut se faire violence pour ne pas flancher lamentablement dans son effort d'attention. Son regard et ses doigts crispés sur le couvre-lit n'en exprimèrent pas moins, cependant.

La tristesse de son frère acheva de le rappeler à l'ordre et lui fit légèrement retrousser le nez. Il ne prétendait effectivement pas revenir sur l'épisode de l'Orphelinat : ç'aurait été condamner leur tête-à-tête d'emblée. Il le considéra donc en silence, les mâchoires serrées, comme il se levait pour s'installer à ses côtés ; fut attentif à ses paroles, mais une fois encore étranger à sa mélancolie.

« Et je ne vois pas ce qui a pu t'y rendre si sensible. » répondit-il impassiblement.

C'était mentir. Laurenz comprenait, du moins soupçonnait ce qui se jouait dans l'esprit de son frère. En réalité, il entendait surtout accuser la vanité de ces réflexes parasites qui le poussaient à comparer leur relation à celle de leur oncle et de leur père. Il se fichait éperdument des erreurs qu'ils avaient commises en ce que lui-même n'avait pas l'intention de les reproduire ; ainsi faisait-il l'économie de craintes intempestives – et à maints égards injustifiées, d'après lui – en s'interdisant par exemple la faiblesse d'y voir un quelconque signe prémonitoire. Non, décidément, l'éloignement ne l'effrayait pas. Il n'avait qu'une seule véritable peur au sujet de son frère, presque maladive, autrement importante, et c'était qu'un tiers lui fasse du mal.

Et pourtant. Une sourde irritation commençait déjà de monter en lui parce qu'il ne pouvait emprisonner inviter Ludwig dans la simplicité confortable de sa pensée ; parce qu'il le voyait manquer de certitude là où lui n'était jamais en proie au doute et qu'en dépit de son assurance, il ne pouvait s'empêcher de se demander ce que cela signifiait au fond.
Son silence n'avait finalement duré qu'une seconde.

« … C'est leur problème, certainement pas le nôtre. » reprit-il en songeant avec indifférence à son père et à son oncle. « Regarde-moi. » Il joignit le geste à la parole en glissant une main autoritaire sous le menton de son frère. Il n'y eut dans sa voix aucun frémissement, et ce qui pouvait s'apparenter à des confidences, voire aux plus tendres épanchements, fut énoncé sur le ton rigoureux du simple constat. « J'ai toujours fini par te revenir. J'en suis à un point où rien – rien, m'entends-tu ? pas même la pire de tes âneries – ne saurait remettre en question mon attachement pour toi. J'ai été indifférent au souvenir de notre Oncle parce que je n'ai rien à craindre de moi-même. Et je pressens que tu y as été sensible parce que tu ne peux pas en dire autant de toi. » Il semblait désormais n'y avoir plus aucun doute quant à la motivation de son discours. Il ne s'agissait pas de rassurer ou de consoler son frère, ni de lui dire à quel point il l'aimait ; c'était comme souvent une tentative de domination en bonne et due forme – presque, du moins : il n'eut pas encore le vice de s'approcher et de serrer la mâchoire de Ludwig entre ses doigts pour le regarder au fond des yeux. En fait, il ne le toucha plus, et se leva en secouant doucement la tête et en croisant les bras. « C'est vrai. » poursuivit-il en marchant lentement le long du lit. « Pendant que je sers notre Empire, tu t'emploies en quelque sorte à devenir ton propre ennemi en nous donnant tous comme des gens ordinaires – entre autres bêtises sur lesquelles tu me forceras peut-être à revenir, d'ailleurs. Mais enfin, de quoi as-tu peur ? Et moi, qu'ai-je à craindre ? » Il s'immobilisa devant lui et le fixa d'un regard sans colère, où la sévérité se mêlait singulièrement au défi. « Que tes convictions t'éloignent définitivement de moi ? Qu'un jour tu ne me reviennes pas ? » Il eut l'air de l'attendre au tournant.
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MessageSujet: Re: Le désarmement intérieur.   Sam 2 Fév - 12:08

Ca y était. Le mur d'hypocrisie et de bonne foi, érigé à la hâte par les deux frères pour pouvoir savourer leur première rencontre, était en train de se fissurer. La querelle filtrait d'un côté à l'autre, de même que les plaintes et les remarques qu'ils allaient regretter plus tard, mais que rien n'allait pouvoir effacer. Laurenz le savait. Maximilien ne les avait pas mis en garde contre du vent. C'était un réel danger était présent.

- Bien sûr que Tu le vois.

Ce ne fut qu'un murmure, presque timide, mais teinté de reproche. Si Laurenz ne souhaitait pas considérer la vérité comme telle, c'était uniquement son problème. Pendant un long moment, le temps de son discours, le cadet se sentit écrasé par la présence de son frère. Bien qu'il ne perdit pas un mot des paroles de Laurenz, Ludwig vint à se demander comment de simples mortels supportaient les humeurs de ce commandant colérique. Lui-même se retrouva serré dans son aura, d'ordinaire plus puissante que celle de l'aîné. Le lien entre l'Ombre et le guérisseur était plus fort, mais cela ne l'empêcha pas de se sentir dominé.

Néanmoins, tout cela ne dura pas. Les mots de Laurenz reflétaient son amour, bien sûr, mais ils n'en demeuraient pas moins blessants. Son autorité excessive, ainsi que le manque total de remise en question de soi-même, lui amenèrent un regard plus noir de la part du benjamin de la famille impériale. Du moins, de la famille au sens restreint. Il repoussa la main relevant son menton, avant de se lever du lit et s'en éloigner, tout en parlant. Ludwig parlait vite et sans préserver son calme. Sa voix tremblait, tant de tristesse que de colère.

- Crois-Tu que la faute ne peut être située que d'un seul côté, Laurenz ? Que tes convictions sont sans faille parce que Tu ne peux jamais avoir tort ?! Toi, le grand chef ? Tu n'es pas dans ta caserne ici et je ne suis pas un soldat !

Il ponctua cette dernière phrase de son indexe, pointé vers le sol. Ludwig se mordilla la lèvre inférieure durant quelques instants, avant de reprendre, les yeux rouges.

- Je le serais volontiers devenu ! Je t'aurais suivi à l'autre bout du monde, ne fut-ce que pour être avec Toi et pour prendre soin de tes hommes. Et de Toi. De Toi ! Tu n'as jamais voulu de ça... Alors ne me parle pas comme si je portais un uniforme !

Le rêve de Ludwig n'a jamais été d'être un militaire... Mais si seulement il avait pu guérir l'oeil de son frère, beaucoup de choses se seraient déroulées autrement. Les deux jeunes hommes pourraient oeuvrer ensemble à la sécurité de l'Empire, chacun dans son domaine d'expertise. Les convictions de Laurenz l'avaient amené à faire d'autres choix, le dirigeant vers la science et l'éloignant ainsi de son cadet. Malgré tout leur amour, ils étaient différents. Ludwig voyait le bien et le mal en ce monde. Laurenz se contentait de l'utile et de l'inutile.

- Si ce que j'accomplis au quotidien y est pour quelque chose ton manque de tolérance et ton refus d'apprécier mon travail auront leur part de responsabilité, Laurenz. - Il le regarda encore puis reprit son souffle et ajouta. - Va me mépriser ailleurs, si Tu n'es venu que pour cela. Je n'ai que faire de ta condescendance, d'autres se sentirons honorés par elle.

Le militaire n'allait probablement pas obtempérer. Si Laurenz lâchait l'affaire aussi facilement, leur relation ne s'envenimerait pas aussi vite. Et cela voudrait sans doute dire qu'il se foutait de son frère. Or, il était clair qu'il y tenait. De sa façon, excessive et possessive, mais son amour ne pouvait être remis en doute, à aucun moment. Par l'Ombre ! Pourquoi devait-il être si têtu ? Ludwig détourna encore une fois son visage de son frère et alla s'appuyer sur l'énorme plaque de marbre, située à la base de l'une de ses fenêtres. Il préféra regarder le parc du Palais, plutôt que son frère... Et son oeil.
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MessageSujet: Re: Le désarmement intérieur.   Lun 4 Fév - 9:07

Laurenz avait enfin jeté son frère sur la pente du défoulement. Il soutint sans ciller la dureté de son regard en songeant vaguement – presque inconsciemment, puisqu'il n'avait rien d'un esthète – que si la tristesse lui allait bien, la colère lui allait mieux ; que si l'une le rendait beau, l'autre le rendait sublime ; mais qu'enfin le silence l'embellissait davantage, et qu'il aurait une fois encore gagné à se taire. Il l'écouta pourtant, s'ingéniant à ne pas se laisser attendrir par la naïveté de son amour et de ses revendications.

Il refusait de se tenir pour responsable des choix de Ludwig ; l'éloigner du peuple, de la misère et du danger dans lesquels il vivait par principe, en l'emmenant avec lui pour qu'il opère sur l'arrière-ligne de l'Archipel Nord, lui paraissait tout aussi absurde. Les circonstances militaires n'imposant ni un retour au front immédiat, ni une relève massive, ses troupes comptaient un nombre très limité de mages du sang, qui ne servaient qu'à suppléer aux lenteurs des méthodes traditionnelles en cas de blessures extrêmement graves, réellement dangereuses pour la vie de ses soldats ; lui-même n'y avait jamais eu recours, notamment parce que la douleur l'avait éduqué : l'endurer jusqu'au bout de façon à ne jamais vraiment l'oublier lui avait appris la valeur d'un corps, à plus forte raison la prudence et le savoir-faire qu'il fallait observer pour ne pas se retrouver trop longtemps alité. C'était un mode de pensée primitif qu'il n'imposait pas à ses hommes dans l'absolu, mais qu'il trouvait efficace, conforme, en outre, à sa foi dans le corps humain et dans la science. Il estimait qu'on s'habituait trop vite – dangereusement vite – aux facilités.
Enfin il n'aurait pour rien au monde laissé son frère prendre soin de lui. Ludwig avait auparavant recousu et pansé certaines de ses blessures, d'entraînements ou de bagarres. Puis c'était devenu plus grave, plus éprouvant physiquement et psychologiquement ; or on ne se laissait pas soigner par ceux que l'on protégeait ; on ne s'offrait pas à leurs regards en posture de faiblesse, enragé par l'impuissance, quand on leur avait intimement promis d'être fort. Son œil mécanique, à cet égard, représentait un geste à part, un choix strictement politique et idéologique où les sentiments n'étaient pas entrés en compte ; là résidait tout le problème, et l'amertume très perceptible de son frère se chargea comme toujours de le lui rappeler.

Laurenz avait suivi le moindre de ses mouvements et remarqué sans peine qu'il s'était au fond plus dérobé à ses questions qu'il n'y avait répondu. Ce fut, bien plus que ses reproches, ce qui commença de l'excéder. L'agacement sinua pesamment en lui et, proche de se muer définitivement en colère, fit battre son cœur un peu plus vite. Il en vint même à rougir lorsque son frère eut l'audace de l'envoyer promener et de lui tourner le dos.

« Dois-je te rappeler que notre Oncle et moi-même te soutenions dans ton entreprise ? » demanda-t-il sèchement. Bien sûr, quand son oncle se souciait véritablement du peuple, Laurenz avait plutôt donné une approbation stratégique afin que l'Empire occupe tous les fronts. Mais il n'en avait pas moins consenti à ce que son frère défende ses propres convictions. C'était une erreur, pensait-il à présent. « Jusqu'à ce que la misère te submerge et que tu en demandes trop. Tu sembles sur le point de te faire rattraper par la cause que tu défends, Ludwig, si ce n'est pas déjà fait ; alors oui, puisqu'il s'agit de parler avec ton foutu fatalisme, j'ai toutes les raisons de croire que si nous nous éloignons l'un de l'autre, la faute sera entièrement de ton côté. » Ses bras retombèrent le long de son corps. Il considéra son frère – du moins ce qu'il avait l'honneur d'en voir, puis haussa subitement le ton en serrant les poings. « Et ne me tourne pas le dos lorsque je m'adresse à toi ! »

Évidemment, Laurenz n'avait pas une seconde songé à partir. Tout au contraire, il avala en quelques enjambées la distance qui le séparait de son frère, pour lui saisir le bras et le retourner sans ménagement face à lui.

« Trêve d'enfantillages, Ludwig. Tu vas me regarder et bien écouter ce qui me sert, à moi, de fatalisme. » Il empoigna son second bras, juste au-dessus du coude, et serra – peut-être au point de lui faire mal, il ne s'en rendit pas compte – de manière à signifier qu'il n'avait ni l'intention de le lâcher, ni de lui épargner la vue de son implant. Il poursuivit d'une voix forte, son visage à une dizaine de centimètres du sien. « Je suis dans mon bon droit ! Car la différence entre nos excès respectifs, c'est que les miens contribueront pour finir à la gloire de l'Empire, les tiens à sa ruine. Mais rassure-toi : tu n'iras pas jusque-là. J'y veillerai. S'il t'est encore permis de te conduire conformément à tes idées, parfois à contre-courant des exigences impériales, c'est que tu n'as pas eu à choisir entre elles et moi ! Et cela ne sera jamais le cas, pour la simple raison qu'à l'erreur de trop, je ne te laisserai pas le choix ! » Lui ne tremblait pas – il n'était pas encore furieux. Il déclara finalement entre ses dents, immobilisant toujours son frère avec fermeté. « Comme je te l'ai dit, il y a une chose à laquelle tu ne peux rien, c'est que je tiens à toi. Crains notre rupture autant que tu le souhaites. Si tu as un jour la folie d'y travailler, tu peux être sûr que de mon côté je trouverai le moyen d'avoir le dernier mot et de te ramener auprès de moi. Ai-je été clair, Ludwig ? »
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MessageSujet: Re: Le désarmement intérieur.   Mar 5 Fév - 11:14

La situation dégénérait. Plus lentement que cela fut parfois le cas par le passé, certes, mais la conversation s'envenimait sans avancer. Aucun des deux frères n'allait donner raison à l'autre. Pas sincèrement du moins, jamais en faisant preuve de soutien à l'égard des idées de l'autre. Ludwig grimaça, alors que son aîné l'empoignait sans ménagements. Il n'était pas aisé d'être le petit frère de l'homme ayant l'habitude de commander à des centaines de milliers de soldats prêts à mourir sur son ordre.

De plus, Laurenz disposait, potentiellement, de près de deux millions de soldats en repos, non-mobilisés, au travers de tout l'Empire. Le Frère guérisseur commençait à croire que le pouvoir dont il disposait lui faisait oublier qu'il y avait encore des gens qui ne devaient pas obéir au moindre de ses caprices. Ils étaient rares, certes, mais Ludwig en faisait partie. Maintenant, il regardait son frère, bouillonnant de colère, un peu plus à chaque mot. La condescendance de Laurenz n'avait aucune limite, son esprit semblait affreusement étroit. Personne n'ignorait ses facultés... Pourtant, en ce moment, Ludwig aurait juré que son frère ne pouvait penser que dans une direction unique et seule valable. C'était le problème d'être "le mauvais fils". Ludwig n'avait pas l'appuie du reste de la famille. Laurenz pouvait prétendre que ce qu'il faisait était meilleur ou plus important parce que "l'Empereur l'a dit".

Allez débattre de cela dans une société acceptant l'idée que le souverain ne vaut pas moins que l'Ombre elle-même...

- Co... comment oses-Tu ... ?!

Le développement de cette phrase mourut dans la gorge de Ludwig. L'aîné avait été clair, bien sûr. Après tout, il n'avait rien dit de neuf ces cinq dernières années à propos de leur différends. Tous leurs débats pouvaient être présentés sur une simple feuille de papier. Tout tournait en boucle, un dialogue de sourds. Mais prétendre que l'un d'eux désirait ne plus voir l'autre et perdre son amour était d'une bassesse indigne du dernier des ivrognes du plus sale des établissements de Saint Dietrich...

Pathétique, Ludwig se débattit dans la prise d'acier de son frère, tentant de battre son torse de ses mains délicates, fermées en petits poings blancs. Sa force physique semblait être inversement proportionnelle à ses facultés magiques, même maintenant, alors qu'il était animé par la colère. Une colère qui se ressentait dans son aura, de nouveau grandissante et repoussant celle de Laurenz. Les larmes coulaient maintenant librement de ses yeux alors qu'il criait.

- Je n'ai jamais voulu te perdre ! Jamais ! Que crois-Tu, imbécile ? Que je te laisserais partir aussi loin, si cela dépendait de moi ?! Jamais ! Laurenz ! Jamais ! Je veux que Tu sois là ! - Avec chaque mot, la tension surnaturelle montait autour de Ludwig, le rendant légèrement plus menaçant et imprévisible dans sa colère. - Crois-Tu que je veux te perdre davantage en te voyant te marier ? Que je veux perdre le peu de temps qui nous resteras, une fois que Tu auras une femme et un enfant ?!

La colère et l'égoïsme, teinté de jalousie bien sûr, refirent surface dans des proportions supérieures à celles qui étaient exactes. Bien sûr, même au calme, Ludwig se disait qu'il perdrait un peu de temps avec son frère, mais allait en gagner avec son neveu. Du temps pour voir la famille s'agrandir, selon l'ordre naturel des choses. Mais là, il ramena ce sujet inconsciemment, comme une ultime doléance, un dernier appel à l'attention et à l'amour qu'il désirait.

Ayant dit tout ça, le mage du sang souffla plusieurs fois, respirant bruyamment et reniflant comme un enfant venant de pleurer de colère. Ensuite, sanglotant encore par intermittences, il se laissa tomber contre la poitrine de son frère, posant sa tête sur son torse dont on pouvait sentir la force brute même au travers des vêtements les plus délicats et raffinés. Laurenz était un pilier de puissance, un rocher en pleine mer, inébranlable. Son cadet s'y accrocha, comme s'il ne devait jamais le laisser partir de cette chambre. Deux minutes passèrent peut-être, avant qu'il ne se calme un peu. Du moins assez pour murmurer assez faiblement...

- Je... Je n'ai pas voulu dire cela... Pardonne-moi, grand frère. Je ne veux pas te perdre... Jamais. Jamais, Laurenz.

Ses doigts se serrèrent sur les vêtements de Laurenz, à la hauteur des épaules, là où les mains du guérisseurs s'étaient posées. De nouveau, le cadet n'osait lever les yeux sur son frère. Il voulait juste l'avoir près de lui. Pour toujours.
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MessageSujet: Re: Le désarmement intérieur.   Sam 9 Fév - 8:09

Son frère savait exciter ce qu'il y avait de meilleur et de pire en lui. Il ne le laissait jamais indifférent et n'accédait de ce fait que rarement au repos d'un entre-deux, où ni la fin du bonheur, ni l'issue d'une dispute n'étaient à craindre.

Sans le lâcher, Laurenz le regarda s'épuiser contre lui. L'efficacité de ses provocations ne lui donnait aucune satisfaction. Il tâchait simplement d'obtenir ce qu'il voulait de lui. Maintenant qu'il était sur le point d'y réussir, il se préparait à en payer le prix : le martèlement dérisoire de ses poings lui fut peu de chose en comparaison de ses larmes.

Parce qu'il avait en fin de compte tout fait pour les lui arracher, il s'était bien sûr attendu à les voir couler. Néanmoins, il ne prétendait pas pour autant être capable d'y réagir froidement. Les larmes de son frère, qui auraient toujours pour lui la couleur des choses graves, semblaient avoir acquis un rôle particulier dans la mécanique de leurs disputes : lorsque la fureur ne l'aveuglait pas, elles l'empêchaient généralement d'aller plus loin en neutralisant son humeur noire et impérieuse. À cet instant, elles l'obligèrent une fois de plus à mettre provisoirement un terme à sa domination tyrannique : comme Ludwig criait tout en pleurs, son visage se rembrunit.

Il eut peut-être un pincement au cœur. Toutefois son regard, seulement assombri par la contrariété et un semblant d'embarras, n'exprima ni remords, ni chagrin. C'est qu'il se trouvait dans un cercle vicieux et ne l'ignorait pas. Oui, son frère souffrait ; mais il lui disait enfin – avec une certitude butée, désespérée, qu'il aurait préféré lui voir dès le début – ce qu'il avait voulu entendre de sa bouche ; et bien davantage, s'étonna-t-il intérieurement. Il n'avait curieusement pas imaginé que son mariage puisse figurer parmi les griefs de son frère, tant qu'il commença de relâcher sa prise ; l'aura de Ludwig, qui s'avivait intensément et déferlait sur lui, acheva de réduire son influence.

Laurenz céda de bonne grâce : la manifestation de puissance par laquelle son frère reprenait ses droits allait après tout dans le sens qu'il avait souhaité donner à la conversation. C'était rare, extrêmement rare, mais il pouvait maintenant apprécier – aimer – sa colère sans plus se soucier des causes à défendre, lui servir de défouloir sans craindre de se mettre en rage à son tour. Il ne put s'empêcher d'éprouver une certaine satisfaction, d'être tout au fond de lui orgueilleux de son cadet – et il l'était d'une façon générale bien plus qu'il ne l'était de son nom – en le voyant déployer une partie de son incommensurable pouvoir et se rappeler à lui-même, alors qu'à son ordinaire, nimbé d'une entière abnégation, il semblait oublier, voire dénier sa propre (sur)nature.

Mais enfin, l'Adorable se fatigua vite, et Laurenz dut reconnaître qu'il lui avait largement donné de quoi s'attendrir. Il ne lutta pas davantage : son irritation creva définitivement au profit de sa tendresse, immuablement forte et bourrue. Il eut une longue inspiration dès que Ludwig fut contre lui et entreprit aussitôt de le réconforter d'une main caressante dans le dos. Il ne dit rien cependant, préférant se livrer docilement à la force de son étreinte et écouter ses sanglots en silence – sans doute afin de respecter sa pudeur sentimentale d'homme endurci et infoutu de paraître crédible lorsqu'il s'agissait de susurrer des mots doux. Laurenz était de toute évidence plus doué pour proférer des atrocités ; il faisait moins le malin, désormais.

Il venait pourtant d'obtenir ce qu'il voulait, se rappela-t-il quand son frère revint sur ses paroles. S'il ne voulait pas le perdre, il ne le perdrait pas, et ce fut encore avec cet insupportable entêtement qu'il le lui fit savoir :

« Alors il n'y a rien à craindre, n'est-ce pas. » On lui aurait volontiers rétorqué que ça n'était pas si simple, seulement ça l'était pour lui... au sens où ça le serait de gré ou de force, évidemment. Il l'avait dit. Ludwig, contrairement à lui, aurait à trouver un juste milieu pour que son action – dont la portée était déjà limitée – ne lui revienne pas à jouer contre les Walhgren. C'était inique, mais Laurenz ne se souciait pas d'être juste en amour. D'un geste qu'il voulut à la fois ferme et délicat, il prit le visage de son frère entre ses mains, le contempla d'un regard protecteur, puis en essuya les larmes d'un lent et large mouvement des pouces ; enfin il se pencha pour l'embrasser affectueusement sur le front et sur les joues. Il paraissait qu'on dormait mieux après avoir pleuré. Lui n'en avait aucune idée. « C'est terminé. Calme-toi, maintenant. »
... Lui demander pardon également ? Pour quoi faire ?

« Sache aussi que je n'ai pas l'intention de sacrifier quoi que ce soit à ce mariage. » ajouta-t-il en joignant nonchalamment les mains derrière la nuque de son frère – il eut la bonté de ne pas trop s'appuyer sur ses épaules. Dans sa voix persistait la trace du ton autoritaire qu'il avait employé plus tôt. « Du moins pas le temps qu'il me sera permis de passer avec toi. Tant que je serai à la Capitale, tu sais qu'il te suffira d'un mot. Pour que je t'emmène loin d'ici – ou tout près, qu'importe : là où tu voudras. » Puis au terme d'un long silence, il se mit à scruter Ludwig avec un sérieux déjà défaillant. « C'est que je n'aimerais pas faire de jaloux. » Parce qu'il croyait en effet avoir compris. Après sa colère et ses pleurs, c'était sans doute déplacé, mais plus fort que lui. Laurenz réprima très perceptiblement un sourire et haussa les épaules pour se donner l'air de ne pas insister. « Plus sérieusement. » reprit-il. « Je crois que quitter la ville te ferait le plus grand bien. Je suis prêt à supporter la tranquillité du Khini-Lao pour quelques jours et à te servir de chaperon. Ou seulement de frère. En contrepartie, tu te comportes et tu t'habilles en Prince. Je ne veux plus voir ces... » Il abaissa et releva significativement le visage en désignant la mise de son cadet. « Cela me paraît équitable – à moins que tu n'aies d'autres conditions. Qu'en dis-tu ? »
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MessageSujet: Re: Le désarmement intérieur.   Lun 11 Fév - 6:26

Les relations au sein de la Famille impériale étaient bien sûr partiellement publiques. Réservées pour un certain genre de public, bien informé, bien né et très intéressé. Mais tout de même. Dans un monde où la survie des milliers, sinon des millions de gens, dépend uniquement de la bonne grâce d'une poignée de personnes... Les hautes sphères s'intéressent à ces quelques personnes. Rien que les deux jeunes princes actuels pourraient faire objet de plusieurs ouvrages au sein de chacune des Universités...

Même un corps diplomatique du Wu Zang ne pourrait concilier les deux, tout comme une armée du Hellwig échouerait à les séparer.

Ludwig laissa son frère poser ses mains sur lui, gardant le regard baissé, la tête toujours contre son torse. Laurenz ne l'a pas suivi dans sa colère, ainsi la tension s'échappait de la pièce, comme l'air d'un ballon percé. L'atmosphère s'adoucissait. Le guérisseur poussa un vague grognement, comme pour contredire son aîné.

- Je ne suis pas jaloux.

Il l'était, bien sûr. Et Laurenz le savait. Et Ludwig savait que Laurenz savait,... Cependant, personne n'allait le dire, histoire de préserver un minimum d'hypocrisie et ne pas trop faire rougir le plus jeune des deux hommes. Toujours proche de son frère, respirant son parfum, Ludwig sourit pour lui-même. Quelques jours avec son Grand frère, ce serait une bonne idée. Il releva la tête et s'écarta un peu. Il regarda son frère de son regard bleu, toujours souriant. Laurenz faisait de grands efforts ici. Comme pour se faire pardonner. C'en était attendrissant.

- Seulement de frère. Je n'ai plus besoin de chaperon depuis longtemps... - Encore un petit coup, n'ayant rien avoir avec les précédents, donné sur l'épaule de Laurenz. - Et Tu pourras choisir ma garde-robe chaque jour que nous passerons ensemble.

Ludwig se surprit à s'imaginer Laurenz en garde du corps le suivant, lui, le Prince. Il s'imagina à la place de son aîné, plus fort et plus important. N'ayant son délicieux Grand frère que pour serviteur... Commander Laurenz... En voilà une chose qui n'allait pas être dite tout haut. Le marquis étouffa un petit rire, avant de changer de sujet. Si lui devait faire un (voire plusieurs) pas vers le comportement princier, Laurenz allait devoir s'en éloigner... Un peu.

- Le Khini Lao que Tu proposes si aimablement, me semble être une bonne idée. Un peu de chaleur, cela nous fera du bien... Mais je veux que Tu achètes de vrais billets de train. Pas question de sortir l'un de tes trains privés.

Parce qu'alors... Chaque Maison Marchande détenant des lignes du chemin de fer dispose à la Capitale d'un wagon frappé des armoiries de la famille Walhgren. Des appartements d'acier au confort supérieur à ce qui se fait pour la noblesse. Et l'Armée a également ses moyens de transport privés, dont certains très luxueux pour l'état-major et, ces dernières années, son chef suprême, Laurenz Walhgren. Pas question de s'offrir des vacances en grande pompe. Pas de trains, de drapeaux, de bannières, de fleurs, de fanfares ou de Gouverneurs, si aimables soient-ils. L'aîné allait sans doute dépêcher un serviteur acheter la moitié d'un wagon de première classe de toute façon. Mais il valait mieux se fondre dans la masse de nobles. Deux Walhgren avaient quand même assez de mal comme ça pour rester discrets. Se déplacer dans la foule, voilà quelque chose les robes de Saint Dietrich permettaient de faire. Vêtus en Princes, ils allaient avoir plus de mal.

Qu'importe. Ludwig n'avait guère envie de s'excuser pour son comportement. Celui-ci demeurait justifié à ses yeux. Mais il restait une autre option, pour se montrer plus poli et gagner encore quelques points aux yeux noirs* de Laurenz.

- Merci, Laurenz... Ca me fait très plaisir...

Et il revint se coller à lui, avant de l'embrasser. Sur la joue, bien sûr. Tout semble avoir été dit... Mais Ludwig ne veut pas que son frère parte. Pas maintenant que leur complicité était sur le point de refaire surface. Une jeune demoiselle, ou autre personne à courtiser, il serait facile de l'empêcher de partir. Comment imposer au Chef des Armées impériales de rester ? Il suffisait d'être mignon. Ou de parler de quelque chose qu'il aime.

- Alors, mon frère. Me voici tellement ingrat que je n'ai même pas posé la question... Tu as l'air calme et en bonne santé, ainsi je ne m'inquiète pas trop pour ta santé, ni celle du pays... Mais conte-moi donc tes aventures des derniers mois... Toi, le grand et fort protecteur de l'humanité...

Ludwig se blottit plus fermement contre son frère, avant de le traîner vers deux fauteuils, un peu plus éloignés dans la pièce. Il avait assez fait l'enfant. Il fallait désormais s'asseoir et parler, comme deux hommes. Comme deux frères.

*Façon de parler. Laurenz n'a qu'un vrai oeil...
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MessageSujet: Re: Le désarmement intérieur.   Mer 6 Mar - 1:12

Bien que la perspective de jouer à la poupée avec lui ait eu de quoi le rendre un peu sceptique, Laurenz, un amusement discret au bout des cils et des lèvres, fit l'effort d'écouter les caprices requêtes de son charmant petit-frère sans l'interrompre ni soupçonner le fantasme l'utopie qui venait de lui traverser l'esprit. De fait, train privé ou non, il n'avait nullement l'intention de se mêler aux autres voyageurs, aussi importants et recommandables soient-ils. L'idée de Ludwig ne lui plaisait pas du tout – la crispation soudaine de sa mâchoire en fut un sûr indice ; toutefois il comprenait le souci de discrétion qui la motivait et dut bien, après un long silence de délibération et de révolte intérieure, acquiescer dans un soupir faussement magnanime :

« … J'y consens. »

L'étreinte et le baiser furent bienvenus. La mignonnerie de son frère était indiscutablement l'une des pires méthodes de corruption qu'il ait eu l'heur de connaître ; il s'apaisa donc, heureux de leur entente malgré tout, et se laissa docilement entraîner vers les fauteuils où il prit place. Ses paroles l'avaient laissé pensif, si bien qu'il s'oublia un moment, les jambes nonchalamment croisées – la cheville sur le genou de l'autre jambe – le coude sur le bras du fauteuil et le poing contre la bouche ; comme au bon vieux temps, lorsque leur intimité relâchait la raideur inquiète vigilante de son corps et l'imprégnait tout entier au mépris de leurs différends ; lorsque le frère aîné l'emportait encore largement sur l'homme d'épée. Enfin il le scruta, à la recherche, peut-être, d'une trace d'ironie au fond de ses yeux – « protecteur de l'humanité » n'étaient pas les termes que Ludwig avait employés dans sa dernière lettre, où il l'accusait tout au contraire d'en être le boucher – mais, jugeant au bout du compte que cela n'avait pas d'importance, il lui répondit d'un ton posé :

« Tu es louable – vraiment – de feindre de t'intéresser aux récits de guerre... » Il eut un sourire moqueur, qu'il perdit aussitôt comme il ajoutait spontanément. « Si seulement il s'agissait d'une guerre. » C'était une confidence. S'il édulcorait toujours ses récits en omettant les données délicates et compromettantes afin de le préserver, Laurenz avait en effet pris la fâcheuse habitude de parler librement à son frère. Sans être transparent, c'était à lui qu'il se confiait le plus. « Il y a longtemps que décapiter ou plomber un Solmarite – voire dix – n'est plus une aventure, et c'est tout juste si j'ai à m'en mêler directement tant mes hommes y sont habitués à présent. »

Il existait mille et une façons d'en finir avec un géant, mais la plus amusante – et de loin la plus archaïque, dangereuse et stupide – était encore celle qui consistait à leur grimper dessus par douzaines pour les anéantir au moyen d'armes diverses, à bout portant, comme autant de fourmis sur un morceau de sucre. Quoique le processus offre un spectacle cauchemardesque et on-ne-peut-plus stimulant, lui-même devait bien, en tant que chef intransigeant, proscrire les prises de risques inutiles ; or ce genre de pratique n'avait pas grand-chose de judicieux et suggérait tout au plus la légèreté inconséquente d'adolescents en mal de sensations fortes, ce qu'il se refusait à être depuis plusieurs années maintenant. Il ne put réprimer un soupir contrarié.

« Même si je suis beaucoup mieux là-bas qu'ici, notre piétinement tend à m'agacer de plus en plus. Qu'ils nous attaquent selon leur bon vouloir sans que nous puissions leur retourner décisivement l'offensive me frustre à un point que tu n'imagines pas. » Ou peut-être que si, justement. Il se sentit une vague amertume sur les lèvres. « J'aimerais que les choses avancent pour de bon. » déclara-t-il en croisant les bras. « Pour l'heure, en somme, il ne suffit pas d'être « grand et fort » mais il est bien plutôt question de le devenir un peu plus chaque jour. »

Il dévisagea son frère un instant puis regarda la finesse et la blancheur immaculée de ses mains ; ses mains insolentes qui ne menaçaient jamais. Laurenz n'était pourtant pas le seul à devoir se tenir prêt. Il ne se gêna pas pour le lui faire remarquer.

« Peut-être devrais-tu songer à en faire autant, d'ailleurs. Pour ton propre bien. » Il se pencha comme pour entrer à nouveau dans la confidence. « Et accessoirement, pour me rabattre le caquet et me forcer à te considérer comme l'adulte indépendant que tu prétends être. » Son pincement de lèvres, bourré de mauvaise foi, trahit lamentablement la difficulté qu'il eut à rectifier : « … Que tu es. » Il retroussa le nez, ne paraissant qu'à moitié sérieux et convaincu de ce qu'il disait, parfaitement conscient du fait que rien ne saurait corriger sa propension à le surprotéger.

« Bien sûr, je n'aime pas du tout l'idée que tu aies à te battre ou à te défendre un jour... » ajouta-t-il en fronçant les sourcils. « Mais d'un autre côté, tu disposes d'un tel pouvoir qu'il m'est assez... pénible de constater que tu ne cherches même pas à en optimiser l'usage. Je trouve que tu le gaspilles en t'obstinant à rester inoffensif. Or cela me rassurerait de savoir que tu ne l'es pas. Tes beaux yeux ne feront pas tout, tu sais. Ils ne te protégeront pas indéfiniment. » Il se garda soigneusement de préciser « Et moi non plus. » – ne parlons pas de malheur, n'est-ce pas – et s'efforça avec plus ou moins de succès d'adoucir ses traits et sa voix. « Je crois qu'apprendre plus concrètement à manier les ombres ne te coûterait pas grand-chose... Je me trompe ? »
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MessageSujet: Re: Le désarmement intérieur.   Mer 6 Mar - 11:27

Laurenz était une forteresse à lui tout seul. Un guerrier difficile à égaler et un commandant remarquable. Il n'avait nulle habitude de fléchir devant quiconque autre que leur oncle et leur Père... Et Ludwig. Pour faire plaisir à son cadet et voir la joie dans ses yeux bleus, il était prêt à faire beaucoup de concessions. Le guérisseur frappa dans les mains, souriant.

- Merci, Laurenz ! - Ensuite, il développa, plus calmement. - Tu dois goûter aux charmes de la simplicité. Soyons frères en voyage, plutôt que princes en déplacement. C'est à moi que Tu veux consacrer ces quelques jours, pas à un diplomate pompeux. Alors reste proche de moi, pas de ton titre.

En terme de simplicité, Ludwig était le champion incontesté sur quelques générations de Walhgren. Et encore... C'est là un bel euphémisme pour "misère". Rien d'autre. D'ailleurs, son effort pour relancer la conversation fut à la fois remarqué, gaussé et fructueux. Laurenz se confia, parlant de ses problèmes quotidiens... Son frère se rendit compte qu'il ne comprenait sans doute pas tout (voire presque rien) à la réalité dans laquelle vivait le Chef des Armées. Ludwig se crispa perceptiblement, entendant son aîné préférer le lointain Archipel Nord à la Capitale... Sans doute ce n'était pas cela qu'il voulait dire, mais Laurenz donnait l'impression de ne pas tenir compte de son frère émotif qui était à deux doigts de prendre ses paroles comme une injure.

Et on revenait à une vieille conversation. Un litige peu envenimé, mais toujours présent. Il fut un temps, où cela ne tenait que de la plaisanterie. Puis de la sur-protection que Laurenz exerçait au possible sur son frère. Enfin, ils eurent plusieurs disputes quant au fait que Ludwig (ne) devait (pas) se tenir prêt et être capable de se battre lui-même. Comme si son aura, son nom et ses multiples mérites ne tenaient pas assez les gens en respect... Le bas peuple l'aimait souvent plus que le Saint Empereur lui-même, les grandes organisations savaient que la ville serait mise à feu et à sang s'il lui arrivait quelque chose. Personne, en vérité, ne lui voulait du mal. Sans oublier, l'argument majeur selon lui-même, les gens n'étaient pas tous des monstres assoiffés de sang que Laurenz avait l'habitude de côtoyer.

Ludwig laissa ses yeux rouler d'ennui, malgré le fait qu'il ne voulait pas énerver son frère. Il lui présenta sa paume détendue, comme pour couper court à la conversation. Bien sûr, cela ne l'empêcha pas de répondre. Laurenz n'avait pas entièrement tort, forcément.

- L'usage de mon pouvoir, comme Tu dis, est optimisé chaque jour. Je ne me servirais jamais de mes talents pour me battre et Tu sais très bien pourquoi...

Le Sang avait le don de rendre fou quiconque ne lui opposait une résistance ferme et aveugle. Nombre de mages du Sang ont succombé aux tentations d'un pouvoir trop grand pour que son usage puisse être sans dangers. Si Libris Umbra et Exodum expérimentaient avec les sortilèges jouant avec l'âme même des humains, l'Ordre Saint Dietrich avait sa Règle pour guider ses membres hors des ténèbres. Et Ludwig était chaque jour plus habile en ce qui concernait les soins. Il se priva d'une remarque quant au fait que Laurenz le saurait s'il lui permettait de le guérir.

- Quant aux ombres... Oui, je le pourrais, bien sûr. Mais le temps me manque, Laurenz... Surtout maintenant, alors que l'hiver n'est pas encore passé et une large partie de notre peuple est exténuée...

Les yeux bleus se fermèrent, alors que Ludwig passait ses deux mains sur son visage et dans ses cheveux. Lorsqu'il releva la tête, il était plus calme et plus prompt à se soumettre à la volonté protectrice et peu judicieuse de son frère. Il sourit, avec nettement moins d'entrain, avant de reprendre.

- Je... Je ferai très attention à moi. Et je t'assure que rien ne m'arrivera, mon frère. - Une lueur s'alluma dans son regard, alors qu'il se levait lentement. - Je peux d'ailleurs te montrer que c'est de moi qu'il faut se méfier...

Sa langue glissa furtivement sur ses lèvres, alors qu'il se plaçait derrière Laurenz, ses mains sur les épaules musclées du militaire. Ses doigts agiles entamèrent un léger massage, alors que son regard allait au-delà de ce qui était possible de voir avec toutes les améliorations scientifiques du monde. Il voyait chaque tissu du corps de son frère et exerçait de douces pressions aux endroits où cela allait faire un maximum d'effet. Quoi de mieux pour faire taire un homme aussi physique avec le bâillon de la douce béatitude ?

- Aucune magie n'est à l'oeuvre, alors laisse-moi prendre un peu soin de Toi, mon frère...

Techniquement, il n'employait pas vraiment son pouvoir pour produire cet effet. Il se laissait juste guider par son sixième sens qui lui montrait la force du coeur de Laurenz qui battait tel un marteau sur une enclume. Un trait courant chez les Walhgren, d'après les écrits et les expériences d'autres mages du sang. Leurs corps, à l'instar de leurs esprits, dépassaient souvent ceux des mortels. Pas assez pour les rendre vraiment surhumains, mais trop pour qu'ils passent inaperçus.

Alors que la nuque de Laurenz se détendait, prisonnière des doigts du cadet, incapable de faire autrement que de se soumettre à ce plaisir qu'aucun corps fatigué ne se refuserait, Ludwig se pencha pour murmurer le coup de grâce au creux de l'oreille du militaire.

- Si Tu pouvais retirer ta chemise, cela me faciliterait beaucoup le travail. Je suis certain que Tu dois être las, Laurenz... Permets-moi de me faire pardonner...
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MessageSujet: Re: Le désarmement intérieur.   Ven 8 Mar - 10:20

Se reposer sur les bons sentiments et sur la rationalité individuelle revenait à laisser une place trop importante encore au hasard ; erreur stratégique inacceptable d'après lui. Son éducation militaire lui avait appris que s'il était effectivement légitime – et inévitable, dans un premier temps – de compter sur la dissuasion, il n'en fallait pas moins garder un coup d'avance pour parer à toute éventualité. Il avait observé assez d'actes désespérés pour céder à la paranoïa la plus extrême et développer un instinct de survie presque primaire ; pour savoir qu'une fois la dissuasion outrepassée, le contrecoup ne changeait strictement rien au fait que le coup ait été porté ; dès lors il était impératif de faire en sorte que celui-ci ne fasse pas mouche. En somme, Laurenz ne voulait pas compter sur l'hypothétique amour du peuple ou sur le discernement tout aussi hypothétique des élites comme s'il n'existait qu'eux, il voulait compter sur son frère qui représentait à ce jour l'une de ses plus grandes faiblesses, sinon la plus grande ; en d'autres termes – et c'est ce qu'il n'aurait que très difficilement admis en raison de son orgueil – le plus sûr moyen de l'atteindre.

Par conséquent, il le fixa durement. Sa patience visiblement éprouvée ne l'émut pas et ce qu'il entendit, plutôt que de le rassurer, l'exaspéra beaucoup. Il ne put l'exprimer autrement que par sa figure, cependant, et faillit retenir Ludwig en le saisissant au poignet avant de comprendre qu'il n'avait pas l'intention d'écourter leur tête-à-tête. Sa main retomba donc sur l'accoudoir. Il le suivit du regard tant qu'il put, feignant en effet la méfiance sans grande conviction puis, dès qu'il sentit ses doigts sur la tension de ses épaules, se renfrogna davantage et fit un mouvement pour s'y dérober un peu ; un peu, parce que l'approbation traîtresse de son corps le contraria aussitôt. Laurenz n'était pas vraiment disposé à se laisser domestiquer par des mains trop habiles ; pourtant, s'il décroisa les jambes et décolla légèrement son dos du fauteuil, ce fut en fin de compte pour mieux se livrer à la détente que lui imposait offrait son frère. Une pression lui avait suffi pour reconnaître qu'il n'était pas absolument nécessaire de refuser ce massage et plus encore – soyons honnête – qu'il aurait été profondément imbécile de s'en priver. Il s'était accoutumé à l'endolorissement permanent de ses muscles et ne s'abandonnait que trop rarement au savoir-faire des serviteurs impériaux ; celui de Ludwig, qui excluait toute comparaison, lui ôtait maintenant jusqu'à l'idée de s'y soustraire et menaçait dangereusement de l'asservir. Les douleurs inévitables qu'il provoquait en dénouant ses contractions musculaires furent peu de chose en regard du bien-être qui commença bientôt de l'envahir. Sa nuque finit par ne plus opposer aucune résistance, et à en juger par la brume obscurcissant son œil gauche – qui lui donnait étrangement l'air grognon d'un fauve à la sieste – ou par le soupir d'aise qui lui échappa, Laurenz venait vraisemblablement de se faire avoir, très lamentablement certes, mais bien volontiers.

Enfin, déjà bercé par d'imperceptibles frissonnements, il n'aurait pas eu le vice d'en réclamer davantage ; seulement, le chant de sirène murmure à son oreille, plutôt que de le tirer de son agréable somnolence, acheva de l'emprisonner dans un étau cotonneux. Il fronça les sourcils, s'efforçant de prendre le message en considération... parut hésiter un instant puis... la main sur les premiers boutons de sa chemise, finit par renverser la tête en arrière pour contempler son frère, l'expression toujours aussi peu avenante.

« Je compte sur toi pour ne pas me laisser m'endormir... » déclara-t-il d'une voix basse et rauque. Ce genre de relaxation après être sorti de table était tout simplement fatal. Il inspira longuement. « Je me rends pour ce soir. Mais n'espère pas l'emporter si facilement la prochaine fois. » Il défit le premier bouton. « Ce que je t'ai dit tout à l'heure est très sérieux. » Le deuxième. Pensivement, avec plus de lenteur. « Ce temps que tu n'as pas, je veux... j'aimerais véritablement que tu le prennes. » Le troisième puis le quatrième. « Car quoi que tu dises ou penses, on n'est jamais sûr de rien. » Tous les autres enfin, avant de se redresser doucement pour enlever sa chemise et la jeter négligemment sur le fauteuil qu'avait occupé Ludwig. Les cicatrices ravageaient sa peau depuis qu'il était en âge de se blesser – sa pâleur n'arrangeait rien ; les ecchymoses plus ou moins anciennes qui la marbraient à cet instant montraient qu'il avait quitté le front depuis peu. Il inclina légèrement la tête pour signifier à son frère qu'il était temps de le faire taire poursuivre.
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MessageSujet: Re: Le désarmement intérieur.   Lun 11 Mar - 10:44

Voilà qui était mieux. Ludwig souriait pour-lui même tant que pour son frère, pris dans ses filets. Chaque guerrier a besoin de repos, tout combattant aspire, tôt ou tard, aux plaisirs que les civils peuvent ressentir tous les jours. Bien sûr, le guérisseur ne se faisait pas masser tous les jours. Mais assez souvent. Entre frères et soeurs de l'Ordre, il était nécessaire de s'entraider à la concentration et à la détente, indispensables pour maîtriser leurs dons.

A propos de dons, les siens n'ont pas eu besoin de la vue pour s'apercevoir que le corps de l'aîné était un peu plus meurtri à chaque fois... Les blessures, les cicatrices... La beauté du grand-frère ne pouvait être entamée par des coups ou des lames, bien sûr. Pas aux yeux de son cadet. Mais il était incontestable que Laurenz refusait fermement toute altération de son corps. Il pouvait avoir n'importe quel traitement, à commencer par les soins irréprochables des mages du Sang. Pourtant, préférait-il conserver ces souvenirs pénibles sur son dos et, sans nul doute, sur le reste de sa personne. A commence par l'oeil, source d'interminables débats et disputes entre eux...

Ludwig désirait tant rendre à son frère son apparence, le purger de tout changement venu de l'extérieur... Mais il n'allait pas le faire contre son gré. Même si le pouvoir magique bouillonnait en lui et ses mains étaient impatientes de libérer la chair de Laurenz, cela n'était pas possible. L'Ordre avait beau pour mission de rendre ce monde plus facile à vivre de supprimer la souffrance. Le chef des armées de l'Empire allait refuser cette opportunité pour toujours. Un affront blessant pour son cadet, mais ne laissant aucune alternative à Ludwig.

Au moins, aujourd'hui, le plus jeune des deux hommes avait le pouvoir de prendre soin de l'aîné. Il pouvait lui procurer du plaisir, le rendre heureux, sans avoir recours à son pouvoir. Un massage est quelque chose d'éphémère, d'instable par définition. Celui-ci n'allait pas être différent. Mais ce serait quand même une petite cuiller de miel ajoutée au venin qui venait nuire à leur relation. Un autre murmure vint caresser l'oreille de Laurenz.

- Je ne peux rien te promettre à ce sujet, mon frère. Mais je te borderais, si cela s'avère nécessaire.

Son sourire était légèrement malicieux. Quelques soient les affaires dont le militaire pensait devoir s'occuper ce soir, elles allaient attendre. Ne fut-ce que par caprice de son frère, sinon parce qu'il avait besoin de repos. Alors que ses doigts dansaient d'une façon pratiquement hypnotique, sur les épaules et la nuque de Laurenz, Ludwig repensa à ses paroles... Il était vrai que les ombres pourraient l'aider... Tant dans sa vie quotidienne qu'au cas, ô combien improbable, où il se ferait attaquer d'une quelconque façon. Ainsi, il hocha la tête.

- Bien, Laurenz. C'est noté.

Le ton de sa voix indiquait le sage garçon, obéissant à son aîné. Un garçon qu'il n'était pas, bien sûr. Mais il ne fallait pas en parler de suite. Puis... Laurenz allait se marier et repartir au front. D'ici-là... Bah, Ludwig aviserait. En attendant, il avait mieux à faire, à savoir maintenir son frère dans cet état de douce béatitude. Il avait envie de lui dire que nombre de mendiants avaient des corps en un meilleur état que le sien ne l'était par endroit... Mais il n'en fit rien, au nom de cette belle soirée. Et aussi du fait que... Eh bien que Laurenz était un Walhgren. Et il en était beau. Vraiment beau.

Pratiquement chaque petit frère verra son grand frère comme une sorte de héros, de modèle, d'idéal. Du moins pendant un temps. Mais Laurenz demeurait très charismatique. Attirant, même. Ludwig s'arrêta un instant, le temps de réaliser ce qu'il se disait en regardant son frère et ce malgré d'évidents défauts de son corps, abîmé par la guerre et par la Science. Ses mains grimpèrent jusqu'aux joues, lisses et douces, du militaire avant de les caresser pendant une minute, peut-être plus. Ses pouces dessinaient des petits cercles sous les yeux noirs. Le regard bleu était plongé dans l'unique oeil qu'il reconnaissait comme étant celui de son frère. L'autre n'était qu'une aberration impersonnelle et dépourvue d'âme.

Leurs visages se collèrent l'un à l'autre, alors que Ludwig se pencha pour parler une fois de plus à l'oreille de son frère.

- Tu m'as vraiment manqué, Laurenz. Je suis heureux que Tu puisses trouver du temps pour moi... Je veux dire pour nous.

Sa main alla trouver celle de son frère pour la serrer. Les yeux bleus se fermèrent dans un instant de paix et de bonheur. Tout ne fut que sérénité autour de lui. Ludwig se sentait en sécurité et isolé de tous ses soucis. Impossible de ne pas ressentir la même chose que lui en ce moment... Puis, il ouvrit les yeux et sourit à son interlocuteur aux yeux noirs.

- Alors, sans mentir, où as-Tu encore mal ?
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Chef des Armées

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MessageSujet: Re: Le désarmement intérieur.   Sam 5 Oct - 9:23

À la fois d'aise et de contrariété, Laurenz émit un faible grondement, ravi par la dextérité de son cadet et cependant agacé par la perspective de n'être plus, entre ses bras, qu'un enfant en sommeil que l'on borderait dans son lit. Il avait de fait autre chose à penser et tentait obstinément de s'y raccrocher, néanmoins tout lui échappait aussi sûrement que l'apaisement gagnait son corps. La blancheur éclatante d'un sommeil sans rêve à venir lui emplissait déjà l'esprit, et le consentement – même vague – de son frère, qu'il ne songeait alors plus à espérer, manqua de l'y précipiter ; bientôt, seul l'orgueil, à grand-peine, le maintint éveillé.

Son visage, ordinairement crispé en permanence, se détendit tout à fait grâce à l'ascension efficace de ses mains. Un léger bourdonnement de bien-être naissait continûment à l'arrière de ses oreilles, lui enserrait le crâne sans l'oppresser, puis lui hérissait agréablement la nuque. À présent, il ne distinguait plus son frère qu'à travers les cils de son œil gauche ; la pureté de son regard, qu'il peinait curieusement à soutenir sans qu'il ne sache – ou n'admette – pourquoi, emplissait entièrement le sien. Et bien qu'il ait perdu le goût des épanchements – s'il l'avait eu un jour –, ses paroles lui furent un baume supplémentaire. Il n'y répondit pas. C'est qu'il ne parvenait ni à en réduire l'ascendant, ni à imposer en retour l'étreinte de sa propre main, se découvrant soudain sous le joug ô combien savoureux d'une puissance foncièrement différente de la sienne. La supériorité de son frère avait quelque chose de fascinant et de réconfortant. Il demeura par conséquent immobile et paisible contre la tendresse de sa joue.

Provisoirement évincée, la douleur ne se rappelait plus à lui, aussi eut-il un mal fou, tout d'abord, à se concentrer dessus pour déterminer l'endroit où elle persistait. Il y vit un moyen autrement efficace de ne pas succomber au sommeil : c'est que son mode de vie ne lui avait plus jamais laissé le loisir de s'accoutumer à une telle sérénité ; celle-ci l'avait étourdi, voire hébété. Étrangement, il ne songeait pas non plus à déclarer, comme son tempérament l'aurait pourtant voulu, qu'il n'éprouvait plus aucune douleur désormais ; impossible de savoir, cependant, s'il s'agissait d'un simple moment de distraction, d'un délit de paresse ou d'un désir inconscient – et inavouable – de ne pas mettre un terme à leur tête-à-tête...

Laurenz finit par avoir un soupir un peu rauque. Il venait de se remémorer le poids des épées portées à bout de bras et, promptement, une douleur insidieuse s'était à nouveau déclarée dans les muscles de ses épaules. Il considéra longuement son frère avant de le lui indiquer d'une voix légèrement indolente, encore lourde du bien-être qui lui assujettissait le corps.

« Aux épaules... Insiste. »

La fatigue aidant sans doute, il s'émerveillait encore, en son for intérieur, de l'influence que son cadet pouvait avoir sur lui, ainsi que sur les êtres. Après un court silence, il s'entendit à peine lui dire très distraitement – il pensait de toute évidence à voix haute :

« Je me demande quels seraient les effets de ton aura déployée à son paroxysme... T'imagines-tu pouvoir imposer ton pacifisme aux foules ? ... du moins les détourner temporairement de la violence. » Il ne se soucia pas d'expliquer où il voulait en venir exactement. Ce n'était manifestement qu'une curiosité de soldat qui se projetait sans relâche dans les diverses virtualités de la guerre et de la domination. Il n'y avait rien à faire. Laurenz en revenait toujours à ces questions de puissance, d'efficacité et d'optimisation.
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Frère de l'Ordre

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MessageSujet: Re: Le désarmement intérieur.   Lun 7 Oct - 6:59

Ludwig hocha la tête, alors que ses pouces appuyaient plus fort. Son regard, si on pouvait appeler ainsi le sens supplémentaire que lui apportait sa magie, lui permit de voir les tensions accumulées dans le corps de son frère. Sous forme de nœuds et d'accumulations de toxines, il n'avait guère du mal à les repérer. Quelques longues et puissantes pressions suffisaient. Si on ajoutait à cela un brin de magie qui agissait sur le corps de Laurenz et la relaxation générale due à la bonne humeur du cadet...

Le plus jeune des deux frères en était presque à envier l'aîné. Mais il n'allait pas en arriver là. Il était simplement heureux de pouvoir enfin avoir du temps rien que pour lui et pour son ami d'enfance, son protecteur acharné, sa brute adorée. Le fier guerrier avait une belle allure... Il ressemblait davantage à un chat grognon qu'au plus grand combattant de l'Empire. Mais cela importait peu. Aucun de ses hommes n'allait jamais l'apprendre. Personne n'allait jamais l'apprendre. Ce qui se passait ici était à eux deux. Et à personne d'autre.

Point par point, méthodiquement, Ludwig supprimait la douleur masquée, prête à refaire surface. Elle ne reviendrait plus avant que Laurenz ne reprenne ses habitudes, à des milliers de kilomètres de là. La guerre et la vie de militaire allaient reprendre leurs droits. Mais pas tant que les deux frères seraient réunis. Le cadet était prêt à le masser toute la nuit s'il le fallait et ce tous les jours, si cela pouvait soulager sa douleur. Laurenz refusait d'être soulagé de bien des choses. Il y avait des limites que la magie du cadet n'avait pas intérêt à franchir. Mais Ludwig était déterminé à la pousser aussi loin que possible.

Enfin, le Commandant a lancé une idée étrange. En effet, il était bien connu qu'il n'était ni l'habitude ni le destin de Ludwig de s'adresser aux foules. Au contraire, son influence était plus restreinte et ciblée. Il apportait le soulagement et la paix à ceux qui étaient dans le vrai besoin. Même s'il y avait des foules de pauvres, rien qu'au sein de la Capitale, le cadet privilégiait nécessairement ceux qui avaient besoin de soins. Parler à une foule entière... Surtout si elle était en colère... Cela représentait un défi important, même pour quelqu'un d'aussi lié à l'Ombre qu'il l'était.

- Je l'ignore, Laurenz. J'essaye de limiter mes pouvoirs au Temple. Aller trop loin pourrait être dangereux.

Les doigts de Ludwig se rapprochèrent de la nuque, très tendue elle aussi, et de la colonne vertébrale, par la force des choses. Canal d'énergie et d'informations, elle permit au guérisseur d'agir sur le reste du corps par de simples pressions, ponctuées de magie. Respectant strictement la Règle de son Ordre, il n'imaginait même pas ce qu'il pourrait faire d'un être humain à cette distance. Son don était entièrement tourné vers le bien-être et l'élimination de la douleur. Il poursuivit.

- Mais oui, je contribue à l'apaisement général au sein de notre hôpital. C'est important, avec tous ces gens qui souffrent...

Le cadet n'aimait guère s'attribuer de mérites, mais il était aussi conscient que certaines choses étaient simplement dans son sang. Après leur Père, il était celui qui était le plus étroitement lié à l'Ombre et la quantité de magie qui se déversait de lui devait avoir des effets. Lorsqu'il était serein et bienveillant, la souffrance cédait beaucoup de terrain, face aux pouvoirs de Saint Dietrich.

- Et puis... Vous savez déjà si bien parler aux gens... Je préfère rester en arrière, Tu le sais.

Par vous, il entendait tout le reste de la famille. Même leur Sœur, qui ne sortait pas plus souvent que l'Empereur, était bien plus charismatique que lui. En tout cas, plus sûre d'elle et plus encline à être sur le devant de la scène. Il cessa le massage pour quelques instants, pensif. Puis, secoua la tête et sourit encore, joyeux, se souvenant qu'il allait partir en voyage avec Laurenz.

- Il faudra que nous pensions à ramener des présents à tout le monde, Laurenz. As-Tu pu voir notre sœur, récemment ? Que pourrait-il lui faire plaisir d'après Toi ?

Ceci devrait le rendre triste... Mais il était en présence de Laurenz. Et Laurenz était de bonne humeur, il était le grand-frère adoré, tel qu'il y a dix ou quinze ans de cela. Alors Ludwig laissait de côté ses humeurs et mettait ses convictions entre parenthèses pour cela. Ils étaient à deux.
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Le désarmement intérieur.

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