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 Tout n'est qu'une question d'impression (PV : Alessa)

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Inquisiteur

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MessageSujet: Tout n'est qu'une question d'impression (PV : Alessa)   Mar 26 Nov - 10:03

Lucilius tourna la tête en direction de son domestique. Un soupir s'échappa de ses lèvres, alors que le serviteur paraissait l'attendre. L'attendre pourquoi ? L'homme se sentait bien ainsi, allongé dans ses draps de soie, l'odeur de l'opium caressant ses narines, et les douleurs de son corps endormies. Il cligna des yeux, il ne voyait plus très bien la pièce, mais ce n'était pas grave, ses muscles étaient détendus, que demander de plus ? Pourquoi était-il venu le réveiller si tôt ? Le soleil n'était pas encore levé.

Dehors, la nuit était aussi noire que l'encre. Le domestique s'avança vers son maître, il ne le toucha pas pour autant ; devant Lucilius, il attendait que celui-ci puisse comprendre son annonce. Lucilius ne bougea pas, il se contenta de le scruter sans saisir la situation. Son coeur battait lentement dans sa poitrine, ça faisait un moment qu'il ne s'était plus senti aussi serein. Sa main bougea dans l'air, il chercha quelques secondes son tendre opium, mais le domestique l'arrêta. Lucilius émit un grognement agacé, mais il ne put lutter contre l'homme. Il n'ajouta rien, il attendit que l'autre commence :


— Maître Lucilius, vous souvenez-vous du message de votre père ?


L'homme remua des épaules, il fit « non » d'un signe du menton, et il se remit à la recherche de sa drogue. Le domestique réitéra son action, mais cette fois-ci il le tira pour qu'il puisse s'asseoir. Lucilius grimaça de douleur, sa hanche n'appréciait pas. Il changea de position afin d'atténuer la douleur, son esprit à peine concentré sur ce que lui disait le domestique. Oui, son père lui avait envoyé une lettre, et alors ? Il n'y avait que des ordres dedans, rien d'intéressant pour « lui », pas même un compliment pour son ascension au sein de l'Église. Péniblement, Lucilius avait grimpé chaque échelon, tirant son maigre corps tout en haut pour devenir plus que le « Boiteux ».

— Il réclame votre présence, jeune Comte. Aujourd'hui.


Pourquoi son père pensait-il pouvoir disposer de lui comme s'il n'était qu'un objet ? Lucilius approuva, au fond, il était agacé. Si son père le voulait, il pourrait dire adieu à son opium jusqu'à ce que sa faiblesse l'ait écoeuré.

Vraiment, Lucilius haïssait les réunions de famille. C'était ses deux soeurs qui l'irritaient. Deux créatures malfaisantes, maquillées comme des putes, et parlant comme des femmes du peuple. N'avaient-elles jamais conscience de leur rang ? Assis entre sa mère et sa soeur aînée, Lucilius n'osait regarder son père en face. Il se concentrait sur son assiette, et sur le vin, au moins il pourrait supporter au mieux cet endroit. Octave était face à lui, mangeant dans un silence glacial, et sondant son fils dès que celui-ci faisait un geste.

Derrière le chef de famille se trouvait un portrait d'Auguste De l'Ombrage, auprès de ses trois fils, et de son épouse. Louise ressemblait trop à son mari pour que cela soit normal, et les trois garçons semblaient porter le poids du monde sur leurs épaules. Quand ils mangeaient ici, Lucilius ressentait un profond malaise. Auguste était l'image d'Octave, grand, droit, et sévère. Leur ressemblance le dérangeait, mais ce qui le dérangeait le plus dans ce tableau, c'était la présence de Marius De l'Ombrage. Cet hérétique avait plongé l'Empire dans le déclin. Il ne méritait pas de figurer sur cette toile ; enfant, Lucilius avait plusieurs fois essayé de brûler le visage du Rebel. Remarquant le malaise de son frère, sa soeur aînée eut un rictus mauvais, elle posa les coudes sur la table, et cala son menton sur ses deux mains jointes. Amusée, le regard méchant, elle déclara :


— Maintenant que tu es un membre de l'Église, toi aussi comptes-tu trahir la famille, au nom de la justice et de l'honneur, petit frère ?
— Les véritables traîtresses ici, ce sont vous. Répondit Lucilius, froidement.
— Oh...
— Ça suffit. Les coupa Octave, il essuya sa bouche avec sa serviette, et il ajouta : votre frère n'est pas là pour ce genre de débat.
— Ah c'est vrai... il est venu pour qu'on puisse admirer sa grande face cadavérique.
— Chut, laissez votre père parler. Intervint Lucie, qui lança un regard chaleureux vers son fils.
— Demain soir, reprit Octave, nous invitons les Nocturnae. Sais-tu qu'ils ont une jeune fille en âge de se marier, Lucilius ?

L'homme leva un sourcil, mais il ne répondit rien. Il s'arrêta de manger ; à la place, il bu une gorgée de vin rouge. Il pressentait qu'il devrait avaler quelque chose de fort pour supporter la nouvelle.

— Elle a seize ans, c'est ça ? Fit-il.
— En effet. Octave posa fourchettes et couteaux, puis il joint les mains. Il fixa Lucilius sans cacher son aversion, il enchaîna : tu vas bientôt avoir trente ans, tu n'as pas encore de femme, il serait temps que tu fasses ton rôle d'homme, et que tu perpétues la lignée. Alessa Nocturnae descend d'une grande famille, je te conseille fortement de faire bonne impression. Tu es trop vieux pour elle, mais avec quelques efforts, peut-être pourras-tu en faire ta femme.

Sa soeur aînée éclata d'un rire cruel. Elle se bascula vulgairement en arrière, et elle essuya la larme au coin de son oeil. Lucilius avait posé ses mains sur ses deux maigres genoux, il avala péniblement sa salive, mais il ne dit rien. Son visage était aussi lisse et blanc que le marbre, même son regard ne traduisait pas le fond de sa pensée. On se foutait de sa gueule ! Ce n'était pas comme si l'Église dévorait toute son existence ! Il fallait qu'en plus qu'il séduisît une gamine de seize ans, lui ?



— Haha ! Ce n'est plus une montagne que tu devras franchir, petit frère, mais un pays entier ! Toi... séduire Alessa Nocturnae ? Père, moi qui pensais que vous n'aviez aucun humour... je...
— Tais-toi. Gronda Octave, puis : tu m'as bien compris, Lucilius ? Tu n'as aucun intérêt à me décevoir, fils.

Le lendemain, Lucilius se retrouva plus que nerveux. La situation l'exaspérait au plus haut point. Vivre en célibataire lui avait suffi toute sa vie, il s'épargnait des heures de discussions inutiles, il pouvait fumer et sortir sans qu'on critiquât ce qu'il faisait. Il pouvait vivre comme il le voulait, sans s'enchaîner d'une femme ! Tandis qu'il se préparait, ses mains tremblaient de fatigue. Il n'en avait pas dormi de toute la nuit, et cela se voyait. Des cernes gris creusaient son visage angulaire, sa bouche était sèche, la cicatrice au coin des lèvres la rendait plus affreuse. Il lui paraissait que sa jambe lui faisait encore plus mal : il n'arrivait pas à rester debout, malgré l'aide précieuse de sa canne. Dès qu'il s'arrêtait de bouger, il refaisait sa cravate, maudissant la face malade qui lui renvoyait le miroir. Malgré sa maigreur — et sans être qualifié de « séduisant » —, il affirmait une élégance rare.

Du moins, bien moins vulgaire que celle de ses soeurs. Il portait pour seule couleur une chemise blanche, pour le reste, il était habillé dans un costume de velours noir. Il avait attaché en queue de cheval sa chevelure grise dans un ruban sombre, et il n'arrivait pas à soumettre sa cravate à sa volonté. Sa mère était dans un coin de la pièce, elle lui murmurait de se calmer, sans que Lucilius ne l'entende. Au bout d'un moment, on vint leur annoncer que les invités étaient enfin arrivés. Lucilius laissa sa mère rajuster sa cravate, puis il sortit le premier de la chambre. Son pas était silencieux, de même que sa canne, si bien qu'aucune de ses soeurs ne perçut sa présence.


— Regardez-moi ces adorables joues ! S'exclamèrent-elles.

Lucilius fronça les sourcils, puis Octave s'écarta un peu pour le laisser passer. Alors pour la première fois, Lucilius croisa le regard d'Alessa Nocturnae. La gorge sèche, il masqua pourtant bien la gêne qu'engendrait toute cette scène. Il sourit même, mais de ce faux sourire doux et prévenant. Il déclara sur un ton avenant, et poli :


— Bonsoir Mademoiselle Nocturnae, je suis Lucilius De l'Ombrage, enchanté de faire votre connaissance.

Lucilius s'inclina légèrement.
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MessageSujet: Re: Tout n'est qu'une question d'impression (PV : Alessa)   Mar 26 Nov - 11:43

Lors de son dîner avec son frère dans un restaurant en ville, il lui avait remis une lettre de la part de leur père en lui recommandant de l'ouvrir une fois qu'elle serait de retour dans sa chambre... ce qu'elle avait fait. La lettre était assez évasive, elle disait qu'il souhaitait vivement sa présence au Palais pour une soirée du style "réunion de grandes et vieilles familles importantes". Au bout d'une ligne ou deux à peine elle avait déjà envie de jeter le papier dans une poubelle... une soirée faussement relaxante et officieusement mondaine. L'ennui assuré... Elle se força à lire la suite, qui n'était pas vraiment beaucoup plus alléchante, loin de là. Il lui disait qu'elle devait venir au moins une journée et demi à l'avance histoire qu'elle puisse s'occuper de la façon dont elle comptait se présenter à la famille de l'Ombrage... encore des heures à passer en compagnie d'une couturière râleuse et de toute une troupe de chieuses armées de brosses, de pinceaux à maquillage qui auraient toutes un air pincé parce qu'elle ne pourrait pas s'empêcher de lever les yeux au ciel toutes les deux minutes et de soupirer régulièrement. Ça n'était pas sa faute, elle avait horreur de ça... étant plus jeune elle adorait s'habiller en vraie princesse, mais elle avait grandit, elle avait finit par comprendre que "princesse" était un statut permanent et définitif en ce qui la concernait, elle n'avait pas besoin de le rappeler tout le temps en se mettant le plus d'argent possible sur le dos sous forme de tissus comptant les yeux de la tête, c'était une perte de temps, et chaque minute passée à bouquiner lui était bien plus précieuse que celles passées à être une princesse digne de ce nom.

Son père finissait en lui rappelant qu'il s'était sacrifié en la laissant partir, qu'il avait perdu sa seule petite fille adorée et qu'elle lui manquait tellement qu'il frisait régulièrement un arrêt cardiaque tellement ça le tuait que sa petite puce angélique vive aussi loin, dans cet endroit si dangereux, entouré par ces gens si froids, et qu'il était sûr qu'elle passait son temps pieds nus, vautrée dans la poussière et le froid dans vêtements chauds à lire des livres traitant de sujets beaucoup trop glauques pour quelqu'un d'aussi jeune et pur qu'elle. Alessa éclata de rire, et fut secouée de violents spasmes si longtemps qu'elle fut obligée de s’asseoir sur son lit en se tenant les côtes. Décidément ce vieux fou n'avait toujours pas changé, toujours aussi "gaga" de sa fille, toujours en train d'essayer de la faire culpabiliser pour passer plus de temps en sa compagnie. En attendant il ne s'était pas trompé quand il parlait du froid, de la poussière et du manque de souliers... elle aurait pu grimacer si elle ne riait pas autant. Une fois calmée, elle poussa un long soupir et prépara ses affaires. Elle descendit, pieds chaussés pour une fois, avec un vague sac en toile balancé sur son épaule... et tomba nez à nez avec le plus jeune de ses frères, hilare.


- Je savais que tu ne pourrais faire qu'accepter...


- Mouais... je ne viens que pour lui dire ce que je pense de sa lettre, pas du tout pour accéder à son petit caprice. Rencontrer les de l'Ombrage... quel ennui, pourquoi a-t-il besoin de moi pour ça d'abord ? Il pourrait très bien y aller seul...

- Leur famille est assez grande, j'imagine qu'il ne voulait pas faire pâle figure à côté de leur chef de famille...


- Ils ont le même rang social que nous ?


- Non, un peu plus bas, mais leur famille est plus où moins aussi vieille que la nôtre, alors j'imagine qu'on pourrait presque dire que nos ancêtre sont de vieux amis.

- Chouette...

Elle repensa à Ludwig, qu'elle avait rencontré un peu plus tôt dans la journée. Décidément, les vieilles familles proches de la sienne au niveau du rang social où de la vieillesse de leur sang étaient très présentes ces derniers temps. Elle soupira et laissa son frère la conduire "à la maison".

La journée du lendemain fut pire que ce à quoi elle s'était attendue. D'abord parce qu'effectivement son père fut extrêmement pointilleux sur tout ce qui concernait sa présentation visuelle, il exigea qu'elle soit parfaite et largement à son avantage... les femmes chargées de sa tenue, de sa coiffure et de son maquillage devenaient folles à force de devoir tout recommencer à cause des caprice du chef de famille... finalement, il fut décidé qu'elle porterait une robe longue mais assez décolletée pour que l'un de ses atouts soit visible sans que cela soit vulgaire (loin de là, un œil averti ou intéressé verrait effectivement qu'on apercevait vaguement la délimitation du milieu de ses seins, mais elle même dû se concentrer pour le remarquer) avec des manches longues mais taillées dans un tissus noir transparent. La robe en elle même était jolie, noire et mauve, en accord avec ses cheveux et ses yeux ainsi qu'avec les superstitions à propos de la princesse Azhran. Elle s'habillait toujours dans ces teintes là. Elle portait une parure en argent et améthystes, on lui avait coiffé les cheveux avec un assortiment de tresses compliquées, de plumes et de bijoux... qu'elle défit pratiquement tout de suite, ne laissant que quelques tresses piquées d'améthystes agrémenter sa longue chevelure laissée libre de cascader dans son dos. Elle prétexta son âge et la mode pour ça, et ça passa. C'était faux bien sûr, elle ne connaissait rien à la mode, mais elle se trouvait parfaitement ridicule avec cet amas de cheveux et de plumes sophistiqué sur la tête, on aurait dit une autruche ayant miraculeusement survécu à une explosion chimique.

Quand son père lui apprit que cette « réunion » de « familles » était aussi prévue pour lui permettre de rencontrer Lucilius de l'Ombrage parce que « on ne sait jamais, il pourrait te plaire ma chérie, et cela serait tout à fait charmant tu sais, un mariage entre nos deux familles » elle failli lui adresser un sourire glacial et lui expliquer à quel point elle aurait préféré se baigner nue et déguisée en steack tartare dans un lac infesté de pirañas plutôt que de participer à une rencontre en vue d'un mariage arrangé... mais de toute façon il n'y connaissait rien en poisons exotiques. Autant garder sa salive pour plus tard...

Une fois « parfaite » selon son père, on se dépêcha de se rendre chez les de l'Ombrage. Ils furent accueillis de la meilleure des manières et elle fournit tous les sourires qu'on lui demanda, cacha son ennui et son appréhension à la perfection (éducation de jeune fille de bonne famille oblige)... et elle finit par rencontrer le fameux Lucilius, croisant son regard pour la première fois.


« — Bonsoir Mademoiselle Nocturnae, je suis Lucilius De l'Ombrage, enchanté de faire votre connaissance. »

Elle lui adressa son plus beau sourire.


- Par mon Ombre et par mon Sang je vous salue, Lucilius De l'Ombrage. Vous rencontrer, ainsi que votre charmante famille que ravit. J'espère que nous pourrons bien nous entendre vous et moi.


Seuls ses frères pouvaient comprendre l'énorme bombe qu'elle venait de lancer au visage de son père et se mirent à rire sous cape. L'homme en question se crispa et se mordit la lèvre en jetant à sa fille son regard le plus sombre. Elle lui adressa un clin d'oeil amusé et reporta son attention sur le fameux « Lucilius ».


- Pourriez-vous me faire l'honneur d'une visite guidée de cet endroit ? Je suis malheureusement assez curieuse de nature, et l'architecture des demeures des familles aussi anciennes que la mienne m'ont toujours beaucoup intéressée... ainsi, cela laissera à nos père tout le loisir de discuter entre chefs de familles, qu'en pensez-vous ?

Sortir de là, vite. Ne pas s'encombrer de longues discutions hypocrites avec le père de Lucilius qui serait sans doutes d'une « miéleuserie » abominable avec elle, ni avec les femmes (sans doutes ses sœurs) qui semblaient de moquer intérieurement de l'homme qu'elle venait de rencontrer. Elle ne le connaissait pas, mais il avait déjà l'air assez fatigué pour ne pas avoir à subir ça... d'autant que si elle devait apprendre à le connaître elle ne pourrait le faire qu'en dehors du cadre des familles réunies. On est jamais parfaitement soi même quand plus d'une dizaine de personne vous regarde à chaque geste que vous faites...
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MessageSujet: Re: Tout n'est qu'une question d'impression (PV : Alessa)   Mar 26 Nov - 13:08

Quand la jeune fille lui répondit, Lucilius sentit dans l'air la colère du Père Nocturnae, mais il ne releva pas. Derrière lui, il devina que ses soeurs retinrent un rire perçant, tandis qu'Octave De l'Ombrage étudiait Alessa en pesant le pour, et le contre de ce qu'elle avait dit. Qualifier cette famille de « charmante » était une belle ironie.

La trahison de Marius envers l'Église et son sang avait jeté sur eux un vaste mépris de la part de la noblesse, et de la société. Lucilius conserva son sourire avenant, alors qu'au fond, il était plutôt furieux contre Alessa. Il se moquait si cela avait été l'intention de la demoiselle, mais il manqua de défendre sa lignée avec violence, en invoquant tout ce qu'elle avait fait pour l'Empire. Une pomme pourrie avait souillé l'arbre entier, c'était ce que pensait le boiteux, quand on lui rappelait Marius. Néanmoins, il garda son calme, comme toujours, et masqua son étonnement quand Alessa lui demanda de lui faire visiter la demeure. Elle parlait beaucoup, plus que lui, moins que ses soeurs, c'était déroutant. L'une de ses soeurs lança :


— Oh... notre demeure comporte tant de secrets... et je suis certaine que Lucilius saura vous faire découvrir tant de choses sur nous, lui-même, et vous !


Elle éclata d'un léger rire amusé, alors que leur père signifiait à son fils de faire ce qu'Alessa lui réclamait. Lucilius donna un autre sourire, silencieux, cherchant à cacher la honte que sa soeur avait engendrée. Elle aimait faire tout un tas de sous-entendus sur la sexualité, surtout sur celle de son frère, car elle ne lui avait jamais connue de réelles compagnes. Mis à part leur cousine, mais cette aventure n'était qu'un souvenir que Lucilius avait en partie arrangé à sa sauce. Il s'inclina du peu qu'il pouvait, puis il fit signe à la jeune fille de le suivre.

Sa canne tapait doucement contre le carrelage, il paraissait vouloir dissimuler sa présence par le peu de bruit qu'il produisait en marchant. Pendant ce temps, Lucie en profita pour inviter la famille d'Alessa à s'installer dans le salon, où pâtisseries et autres douceurs les attendaient avec impatience. Lucilius lécha sa lèvre inférieure, il ne dit rien dans les premiers temps, car il ne savait pas exactement de quoi parler. Il pouvait aisément comprendre que le couloir d'entrée n'était pas le sujet le plus intéressant au monde.

La demeure de la famille De l'Ombrage était impressionnante, on pourrait ajouter « comme toutes les propriétés des nobles », pourtant il y avait une nette différence avec celle-ci. La décoration n'était pas exhibée, elle se faisait discrète ; les De l'Ombrage avait toujours méprisés les démonstrations de gros pénis, et de richesses au sein de leurs maisons. La superficialité était peu courante ici, si bien que les lieux dégageaient une certaine froideur. Les murs étaient peu décorés de tableaux ; la plupart étaient ceux de leurs ancêtres, rien d'autre ne venait orner les miroirs.

Parfois si, il y avait un ou deux miroirs pour donner l'impression de largeur dans le corridor, et encore, ce n'était qu'une touche dérisoire. Lucilius jeta un rapide regard à l'un des portraits, représentant Auguste De l'Ombrage, l'un de ceux dont il avait gagné le prénom. Encore une fois, la ressemblance avec son père était effrayante, mais Auguste avait quelque chose de plus... sournois. Si Octave était sévère, il ne s'était jamais servi d'un fouet pour dresser son fils, lui. La première pièce qui vint à l'esprit de Lucilius à faire visite à Alessa, ce fut la bibliothèque. Si la jeune fille aimait les trucs anciens, elle y trouverait son bonheur. Il la laissa entrer la première, puis il referma la porte derrière eux.


— C'est la bibliothèque principale de la maison, elle regroupe tout ce qu'on peut trouver sur l'Ombre, et notre famille.

La bibliothèque semblait plus labyrinthique que la maison elle-même, des étagères se dressaient tout auteur d'eux, au coin desquelles on pouvait trouver un ou deux fauteuils confortables. De grandes baies vitrées donnaient sur le jardin, que la nuit commençait à avaler. Lucilius désigna une peinture qui se trouvait face à eux ; elle représentait un homme encore plus mince que lui, un énorme ouvrage dans la main, et habillé de noir. L'homme avait les cheveux courts, le front plissé, et un regard effrayant, tant il était froid.

— Il s'agit de celui ayant regroupé la majorité des livres, et ayant fait construire la bibliothèque. Son nom est Néron De l'Ombrage, il fut scribe, il y a environ sept cents siècles.

Lucilius baissa alors les yeux sur la chaise, sa jambe commençait à le faire souffrir, mais d'une façon plus sournoise, et virulente, cette fois-ci. Il lui semblait que tous ses muscles criaient, alors que sa jambe tremblait un peu. Sa prise sur la canne se raffermit, il lutta contre son besoin et son désir de s'asseoir pour prendre un peu de repos. Malgré tout, comme l'homme sur le portrait, son visage resta lisse comme le marbre.
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MessageSujet: Re: Tout n'est qu'une question d'impression (PV : Alessa)   Mer 27 Nov - 0:23

"— Oh... notre demeure comporte tant de secrets... et je suis certaine que Lucilius saura vous faire découvrir tant de choses sur nous, lui-même, et vous !"

Alessa failli jeter à la soeur de son peut-être-futur-mari-cette-blague un regard ouvertement méprisant et dédaigneux... qu'elle réussi à cacher sous un masque de fausse innocence amusée.

- Il est vrai que vous-même semblez connaitre un nombre de choses impressionnant, je ne pense malheureusement pas être à votre hauteur un jour...

Elle sursauta légèrement quand les doigts de son frère ainé lui pincèrent brutalement le bas du dos, puis sourit, plus innocente qu'un nouveau-né. Elle avait horreur d'être là, horreur des sous-entendus de cette femme qui semblait tout faire pour mettre son frère mal à l'aise, horreur de cette jolie robe qui restreignait considérablement ses mouvements, horreur d'être le centre d'attention... et surtout horreur de perdre son précieux temps. Lucilius était surement quelqu'un de sympathique et d'intéressant quand il n'était pas cerné par les membres de sa famille - quoi que sa mère avait l'air d'être quelqu'un de plutôt gentil - mais elle n'avait même plus envie de le savoir. Elle avait entendu beaucoup de choses sur cette famille, des choses à propos de sang non renouvelé, de frères et soeurs trop proches, de l'hérésie d'un de leurs ancêtres... mais elle s'en fichait. Son père semblait avoir décidé de ne pas y faire attention non plus, sinon il ne l'aurait jamais amenée ici. Tout ce qui comptait, c'était qu'elle sorte de là. Elle allait se montrer tout bonnement adorable, elle allait arrêter les sarcasmes, même ceux destinés à son père, et tout se passerait bien... et le plus vite possible. Le "chef" Nocturnae avait toujours en travers de la gorge la réflexion qu'elle lui avait indirectement balancée : "Vous rencontrer, ainsi que votre charmante famille que ravit. J'espère que nous pourrons bien nous entendre vous et moi."... Il faut dire qu'elle savait qu'il ne voulait surtout pas qu'elle se marie trop vite, et qu'il savait qu'elle le savait. Dire ça sous-entendait qu'elle envisageait sérieusement d'épouser Lucilius... et même si son père l'avait amenée là pour ça, il espérait sincèrement qu'elle ferait tout pour que cela échoue, comme elle l'avait toujours fait. Ce petit trait d'humour venait de faire à cet homme de glace une peur bleue... surtout qu'elle avait demandé à être seule avec Lucilius. Il leur lança un regard noir quand ils partirent explorer la demeure alors qu'il ne pouvait plus les suivre...

Étrangement, dés le moment où son public n'avait plus été là, Alessa s'était tue. Elle n'avait plus prononcé un seul mot... elle attachait un intérêt poli à ce qu'elle voyait, à la décoration simple mais efficace, au non étalage de fortune en bonne et due forme. Elle appréciait l'ambiance générale de l'endroit, mais l'écrasante attente de la famille De l'Ombrage sur les épaule de Lucilius lui restait encore en travers de la gorge... il avait l'air tout sauf emballé à l'idée de la rencontrer et elle comprenait ça aussi bien qu'il aurait pu le comprendre pour elle... d'autant plus qu'il était assez âgé pour ne pas avoir envie de se coltiner une gamine comme elle pour le restant de ses jours.

Néanmoins, l'intérêt de la jeune princesse s'éveilla brutalement quand elle entendit cette simple phrase :


"— C'est la bibliothèque principale de la maison, elle regroupe tout ce qu'on peut trouver sur l'Ombre, et notre famille."

La jeune fille se mit à trembler. Physiquement. Elle avait les mains qui tremblaient, des frissons dans la nuque et le dos, et sa lèvre inférieure aurait également été agitée de tremblements si elle ne la mordait pas doucement. Elle se retenait de ne pas sauter partout, prendre TOUS les livres et se mettre à les dévorer là maintenant tout de suite. Cette bibliothèque était immense, probablement presque aussi grande que celle de son propre Palais, et
remplie à craquer de livres qu'elle n'avait pas lu !!! Vous imaginez ? Un genre de paradis personnel, une oasis, un... bref. Elle luttait contre elle-même et contre son envie de se rouler dans toutes ces pages en buvant les mots qui y avaient été couchés avec soin... et c'était dur, très très dur.

Pour faire bonne figure, elle s'avança lentement, jetant des regards mitigés autour d'elle, faisant comme si tout cela ne l'intéressait qu'à peine, semblant se concentrer sur l'architecture de cette pièce si attrayante...


"— Il s'agit de celui ayant regroupé la majorité des livres, et ayant fait construire la bibliothèque. Son nom est Néron De l'Ombrage, il fut scribe, il y a environ sept cents siècles. "

Elle n'y pensa même pas. Sans réfléchir, elle s'inclina respectueusement devant cette homme qui avait réussi à réunir toute cette connaissance au même endroit. La révérence qu'elle venait de donner à ce tableau dépassait de loin (mais vraiment de très très loin) en grâce, en souplesse et en respect presque palpable celle qu'elle avait faite en rencontrant sa potentielle-future-belle-famille-cette-blague. Elle levait vers le tableau un regard presque amoureux, et un large sourire de dessina sur ses lèvres tandis qu'elle se laissait submerger par les lieux, oubliant doucement où elle était et pourquoi, perdant progressivement le contrôle relatif qu'elle avait sur elle-même.

Elle se tourna vers Lucilius, le fixa plusieurs secondes sans broncher, sans rien dire, comme si elle réfléchissait et pesait le pour et le contre. Finalement elle poussa un petit gémissement de frustration et lâcha tout. Une expression de petite fille dans un magasin de bonbons remplaça brutalement celle de jeune fille de bonne famille qui s'ennuie et elle attrapa la main de Lucilius, la serrant fébrilement dans la sienne.


- Je peux regarder ? Je peux lire quelques pages ? Juste un peu, je vous en prie... tout ce qu'il y a ici c'est... je ne sais même pas comment expliquer ça c'est...


Elle embrassa la pièce d'un regard circulaire et adressa son plus beau sourire au jeune homme.

- C'est magnifique !
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MessageSujet: Re: Tout n'est qu'une question d'impression (PV : Alessa)   Mer 27 Nov - 0:58

Eh bien... Lucilius ne s'était pas attendu à une telle réaction ! La jeune fille sembla brusquement changée de personnalité. Depuis le début, Alessa s'était montrée plutôt douce, cachant son ennui profond derrière son sourire d'ange, l'homme l'avait jugé comme une adolescente plutôt tranquille. Et là, elle venait de perdre sa tempérance, puisqu'il nota les frissons et tremblements qui parcouraient son joli corps. Alessa s'égaya, elle montra un entrain non négligeable pour la bibliothèque, au point de faire une révérence bien plus élaborée et charmante au tableau de Néron. Lucilius haussa les sourcils de surprise, mais il ne commenta pas. Il se contenta de l'observer, aussi silencieux que possible, pendant que l'adolescente luttait pour taire sa spontanéité.

Lucilius fit un pas, serrant les dents de douleurs ; il manqua de faire un bond, quand Alessa poussa un gémissement frustré. Elle attrapa sa main, et elle le supplia de la laisser lire quelques pages des ouvrages. Lucilius avait connu quelques fois le contact des femmes, mais sa faiblesse physique l'avait toujours interdit d'aller plus loin. Il avait certes couché avec sa cousine, mais sa seule expérience avec l'autre sexe s'était brusquement arrêtée là. Autant dire que lorsqu'elle le toucha, l'homme en fut chamboulé. Il fut surpris d'elle, et plus surpris encore de sentir des palpitations dans sa poitrine. De plus, sans doute sans le savoir, Alessa lui offrit une vue plutôt intéressante sur sa gorge. D'abord, l'Inquisiteur nota les détails de sa robe, avant de remarquer que son décolleté laissait apparaître juste le creux de ses seins. La main de la jeune fille était plus douce, et plus chaude qu'il l'avait pensé ; malgré son embarras grandissant qu'il cacha derrière un sourire poli, il ne se détacha pas de son emprise, il était hors de question de se comporter comme une brute !

— Je vous en prie, Mademoiselle.

Il l'invita à explorer la bibliothèque autant qu'elle le souhaita. Lucilius frotta son visage, qui avait fini par devenir légèrement rouge. Bon sang ! Il n'avait plus quatorze ans, et encore, il ne se souvenait pas d'avoir connu ce genre de sentiments à cet âge. En même temps, quand il avait désiré sa cousine, son désir était celui de la posséder violemment, il avait été séduit par le culot de la jeune femme, au point d'entretenir avec elle une rivalité vaniteuse. Il songea qu'il avait de la chance que ses soeurs ne cherchassent pas à les espionner, il aurait brisé son sang-froid devant leurs moqueries.

Il lança un regard au tableau de Néron, semblant penser « quoi ? Qu'est-ce que tu me veux ? » Lucilius n'appréciait pas autant qu'Alessa la face de Néron De l'Ombrage. Il y avait ces yeux sévères et cruels, semblables à ceux de son père, qui le scrutaient dès qu'il bougeait. La mauvaise humeur de Lucilius grandissait, la fatigue le rendait irritable, la souffrance aussi. Pourtant, l'homme s'entêtait à ne pas s'asseoir pour tempérer sa hanche, refusant de paraître vulnérable devant l'adolescente. Ses doigts se crispaient sur sa canne, tandis qu'il se déplaçait, suivant Alessa ; la bibliothèque était tellement grande qu'il craignait de la perdre.

Le silence revint, plus lourd que la première fois. Plus le temps passait, moins Lucilius parlait, plus il pensait que tout cela n'avait pas de sens. Quand il posa un oeil sur Alessa, il songeait que c'était ridicule qu'un homme de son âge épousât une enfant. Son trouble était passé, sa raison lui était revenue ; il ne voyait plus comme une « femme », mais bien comme une enfant. C'était un sentiment étrange, provoqué par son humeur lunatique. Pourquoi devrait-il faire d'elle sa femme ? Si son père tenait tant à « perpétuer la lignée », il pouvait bien donner en mariage l'une de ses pétasses de soeur. Lucilius poussa un soupir discret, malheureusement, il ne pourrait jamais aller contre les volontés de son père. Il ne pouvait que subir ses désirs, sans jamais rien dire.

C'était d'ailleurs un miracle qu'Octave accepta qu'il pût devenir Inquisiteur, il n'avait pas eu l'espoir de faire de son fils un serviteur de l'Ombre, mais sans doute par curiosité, il l'avait laissé essayer. Et Lucilius avait réussi, creusant sa renommée au sein de l'Église, démontrant à tous que malgré son handicap il était capable de communiquer avec l'Ombre. Malgré tout, il n'était pas totalement accepté parmi les Inquisiteurs, si la famille impériale semblait l'apprécier — au point il était à présent le maître de Ludwig, et le « favori » du Haut-Prêtre —, ses compères le méprisaient, et ne comprenaient pas pourquoi il pouvait être leur égal.

Conservant une face totalement inexpressive, Lucilius continuait d'observer Alessa, son regard vitreux suivait les moindres mouvements de la jeune fille. Ses épaules étaient écrasées par la souffrance, il tremblait un peu, mais il faisait tout son possible pour paraître « correct » aux yeux de son invitée.

L'une des premières choses qu'on enseignait aux enfants de sa famille, c'était de cacher avec violence les émotions. Lucilius se débrouillait plutôt bien dans cet art, mais sa hanche lui rappelait toujours qu'il n'était qu'un infirme. Il avala sa salive, une goutte de sueur glissa le long de son cou. Il avait besoin de s'asseoir, pourtant il restait debout persuadé que s'il pouvait fumer un peu d'opium tout serait bien mieux. Mais il ne pouvait pas, il ne voulait pas prendre le risque que son père le sache. Pourtant, il commençait à ressentir le manque, brutalement. Il lécha ses lèvres, et quand il croisa les yeux de la jeune fille, Lucilius lui offrit le sourire le plus tranquille et prévenant qu'il pouvait faire à cet instant.
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MessageSujet: Re: Tout n'est qu'une question d'impression (PV : Alessa)   Mer 27 Nov - 1:35

"— Je vous en prie, Mademoiselle."

La princesse dû se retenir pour ne pas lui sauter au cou et planter un baiser sur sa joue. C'était loin d'être convenable... et son père l'aurait tuée. Déjà qu'il allait probablement la gifler s'il apprenait qu'elle s'était laissée aller à dévoiler sa passion "d'une indécence et d'une décadence pathétique" pour les livres, autant ne pas en rajouter. Elle lâcha donc la main de son interlocuteur en s'inclinant doucement pour le remercier, et commença à déambuler dans les "rayons" sans toucher à rien. Elle semblait timide et réservée brusquement, comme l'aurait été une enfant devant un personnage haut en couleur et disposant d'un statut social écrasant comparé au sien. Brusquement, elle abandonna sa posture de jeune fille bien, attrapa un joli ruban qui ornait sa robe, l'arracha et s'attacha les cheveux avec en une longue tresse qui venait battre le creux délicat de ses hanches. Elle retira ses chaussures non sans avoir vérifié au préalable que personne d'autre que Lucilius ne pouvait la voir, et commença à fureter un peu partout, sélectionnant des ouvrages vieux et poussiéreux, tous traitant de la magie du sang, des Ombres et des expérimentations à propos de ces deux thèmes. Elle empila une quantité impressionnante de livre entre ses bras fins, finit par les déposer sur un petit guéridon... et recommença. Elle grimpait les échelons des échelles permettant d'atteindre les plus hautes étagères avec la même maitrise qu'aurait mit un petit écureuil à voler de branche en branche. La poussière commençait à se répandre légèrement en se déposant sur ses cheveux sombres et sur ses avant bras, mais elle semblait presque n'en apprécier l'expérience qu'encore plus.

Au bout d'un moment qui dû paraitre une éternité à l'inquisiteur qui la suivait comme son ombre, elle posa un énorme livre, encore plus poussiéreux et craquelé que les autres au sommet de la pile vertigineuse qu'elle avait accumulée. Attrapant les convenances et les jetant purement et simplement aux cochons, elle se laissa tomber par terre, s'entoura des lourds volumes qu'elle avait sélectionné, et commença à les lire avec une expression à la fois purement extatique et extrêmement concentrée. Elle leva néanmoins le nez et posa son regard d'améthyste sur son "bienfaiteur".


- Je vous en prie Lucilius, prenez donc un siège, je risque d'en avoir pour un moment, et si vous restez planté là comme l'une de ces étagères je vais finir par prendre votre chemise pour les page de l'un de ces magnifiques ouvrages.


Elle lui sourit sincèrement, les yeux pétillants d'une sorte de joie enfantine mélangée à l'intérêt réel qu'ont les vrais chercheurs quand ils tombent par hasard sur un indice massif concernant leurs recherches au moment où ils s'y attendaient le moins. Elle le détailla tout de même un instant et nota sur sa physionomie des détails troublants. Il donnait l'impression d'être épuisé, de souffrir d'une douleur physique récurrente, et avait dans les yeux cette expression classique des dépendants d'opiacés en manque. Poussée par ses études, elle avait apprit à repérer ce genre de choses chez les gens quand elle avait étudié l'opium, espérant en tirer un quelconque remède pour soulager sa mère à l'époque où sa santé avait décliné d'un coup, la terrassant d’atroces douleurs physiques et morales.

Elle planta un instant son regard dans le sien sans rien dire, lui adressa un sourire entendu sans se permettre de faire le moindre commentaire, et se replongea dans la lecture des ouvrages de plusieurs fois son âge qui se trouvaient éparpillés autour d'elle. Elle finit même pas oublier la présence de Lucilius et s'allongea à plat ventre, le menton dans ses mains, un petit sourire flottant sur toute sa physionomie, semblant se donner de toute son Ombre dans ses lectures... lectures qu'une jeune fille de son âge et de son statut aurait normalement considéré avec dégout et ennui.

Un détail lui revint brutalement en mémoire. Si brutalement qu'elle en sursauta et leva vers le jeune homme un regard d'une intensité étonnante venant d'une presque-enfant.


- Mais... vous êtes inquisiteur non ? Du coup, l'Ombre, la magie du sang etc... vous êtes plutôt calé dans ce domaine non ?

Elle se redressa légèrement et lui adressa un sourire admiratif.

- Vous pourriez m'en parler ?

Elle posa sur ses genoux le volume qu'elle était en train de dévorer, semblant presque l'oublier pour ne se concentrer que sur Lucilius. Le livre en question traitait d'une expérience menées par un très vieux mage du sang et portant sur une tentative ratée de résurrection partielle. Elle avait toujours en mémoire les détails qui l'avaient alertée un peu plus tôt concernant le jeune homme, mais elle s'en fichait. Qu'il soit un drogué au dernier degrés où l'homme le plus sobre du monde n'avait pas la moindre importance pour elle, il faisait bien ce qu'il voulait et, n'ayant jamais essayé elle-même ce genre de chose, elle se gardait bien de porter quelque jugement que se soit. Concernant la souffrance physique qu'il semblait éprouver et qu'il cachait avec beaucoup d'énergie, elle se disait qu'il en souffrirait sans doutes moins s'il cessait de croire qu'elle pouvait y trouver un quelconque sujet de plaisanterie où de moquerie. Chaque personne avait son fardeau personnel à porter, quel qu'il soit, parfois même plusieurs... cela ne changeait en rien la nature profonde de chaque être pensant.
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MessageSujet: Re: Tout n'est qu'une question d'impression (PV : Alessa)   Mer 27 Nov - 5:48

Alors qu'Alessa s'était installée, Lucilius s'était mis un peu plus loin, restant debout, et parfaitement droit. Il s'était collé contre un mur, les deux mains sur sa canne, l'homme paraissait surveiller l'adolescente. Par habitude, il agissait de la même manière, lorsqu'on lui ordonnait de monter la garde. Ses épaules étaient lourdes, pourtant il ne faisait pas le moindre mouvement.

En l'espace de quelques secondes, il s'était transformé en statue, seuls ses yeux se mouvaient encore, suivant toujours les mouvements de la princesse. Lucilius ne répondit pas tout de suite à la question qu'elle lui posa, il devait d'abord peser le pour et le contre. Il y avait certaines choses qu'il pouvait dire, d'autres qu'il devait cacher ; il ne savait pas non plus ce qu'il pouvait révéler à une enfant de seize ans. Il y avait des sujets qu'il valait mieux éviter d'abord en jeune compagnie. Lucilius mordilla sa lèvre, pensif, car il savait plus ou moins ce qu'Alessa avait cherché. Il pouvait certes lui dire ce qu'elle savait déjà, mais il n'y avait aucun intérêt, déjà qu'elle faisait la conversation toute seule..
.

— Je ne suis pas directement en « relation » avec la Magie du Sang, ce domaine est celui des Prêtres. Finit-il par murmurer sur un ton placide. J'ai une utilisation des Ombres plus matérielle, en quelque sorte.

En réalité, il en savait plus sur la Magie du Sang qu'il le laissait sous-entendre. Durant son éducation en tant qu'Inquisiteur, il avait eu l'occasion de voir ce que la Magie du Sang était susceptible d'accomplir. Néanmoins, cela n'avait pas été un intérêt aussi poussé que celui d'Alessa, c'était plus une curiosité passagère. Et puis, il avait pu en parler avec ses professeurs, en se rendant compte assez vite qu'il y avait certains thèmes dans l'Église qu'on cachait. L'histoire en racontait déjà beaucoup trop ; ce que Zélig Faoiltiarna avait su concevoir avec le Sang, et d'autres faits sordides, on ne le criait pas publiquement.


— Mais si ce sujet vous passionne, je vous invite volontiers à venir me voir à l'Église, je vous présenterai une personne plus apte à vous apprendre ce que vous cherchez.

C'était un superbe effort qu'il faisait là ! Lucilius pouvait être fier de lui ; il s'assurait — plus ou moins — d'un rendez-vous — voyons-le ainsi —, et de gagner facilement les faveurs de la demoiselle. Et en plus, il éludait la question en remettant la responsabilité sur un quidam. Un Prêtre saurait mieux que lui ce qu'une enfant devrait savoir sur la Magie du Sang. Alessa était bien différente des femmes qu'il avait l'habitude de la côtoyer, mais elle correspondait mieux à ce que la famille De l'Ombrage attendait. Ses deux soeurs préféraient les mondanités, la Magie de la Terre, et un peu la science ; autant dire que pour Lucilius et son père, cela était une hérésie terrible. Alessa adorait tout ce qui était lié à l'Ombre, qu'est-ce que les De l'Ombrage pouvait lui reprocher ?

Peut-être son manque d'éducation. Lucilius l'avait vu défaire ses cheveux pour les nouer en une tresse, puis elle avait enlevé ses chaussures ; si enfant, on l'avait vu faire cela, il aurait sans doute fini par rester enfermé quatre jours dans une cave. Mais ce n'était qu'une gamine, pouvait-on lui dire, c'était bien là son problème ! Il savait à peine séduire les femmes de son âge, passant le plus clair de son temps pour un confident, alors une gosse de seize ans ! Il n'avait aucune idée sur la façon dont il devait s'y prendre. Jouer au grand-frère ? Quelle idée répugnante.


— Oh... mais la voilà sans chaussure ! S'exclama une voix.

Lucilius poussa un soupir intérieur, il se détacha du mur pour porter toute son attention sur sa soeur. Voilà pourquoi il haïssait revenir ici, la présence de ses soeurs l'importunait. Si seulement elles pouvaient crever de la vérole, et le laisser tranquille pour toujours !


— Je pensais que seules les sauvageonnes marchaient pieds nus.


« Tu comptes me faire chier longtemps, salope ? » pensa fortement Lucilius. Il parvint difficilement à garder au fond de sa gorge le flot de sarcasmes qui frappait son esprit. Il s'avança vers sa soeur, qui laissa leur mère entrer derrière elle. Lucie lui offrit un regard désolé, elle semblait épuisée de l'attitude de sa fille. Lucilius leur donna son habituel sourire doux, ce qui contrastait très fort avec la rage bouillant dans son coeur.


— Le dîner sera bientôt servi, souffla Lucie.
— Compte-t-elle venir à table dans cette tenue ? Enchaîna sa soeur.
— Arrête, tu fais honte à la famille.
— Effectivement, gronda Lucilius.

Sa soeur s'en alla en émettant un petit rire méchant. Lucie leva les yeux au ciel, puis elle se rapprocha pour mieux voir Alessa. Elle ne fit aucun commentaire sur le fait qu'elle n'avait pas ses chaussures, et préféra ajouter :


— La lecture... voilà un sujet commun qui vous plait beaucoup.

Lucilius approuva d'un signe de tête, sa mère sourit de plus belle, charmante, et tranquille. Quand on voyait Lucie De l'Ombrage, on pouvait deviner qu'elle ne portait pas leur sang maudit dans ses veines, il y avait tant de chaleur et de générosité se dégageant d'elle qu'il était impossible de croire qu'elle était l'épouse d'Octave. Mais depuis son mariage, elle avait perdu ses formes, son visage n'était plus aussi rond, et peu à peu, la froideur des De l'Ombrage paraissait l'avaler toute entière. Elle caressa la joue de son fils, discrètement, elle quitta la pièce sans rien ajouter. Gêné du comportement de sa soeur, Lucilius se retourna vers Alessa, il boita jusqu'à elle, et lui fit :


— Si vous voulez, vous pourrez repartir avec les livres que vous avez sélectionnés. Malheureusement, il va falloir faire une pause dans votre lecture, Mademoiselle Alessa.
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MessageSujet: Re: Tout n'est qu'une question d'impression (PV : Alessa)   Mer 27 Nov - 10:30

Après la scène que venait de leur faire la soeur de Lucilius, Alessa dû serrer les dents pour ne pas faire ce que lui conseillait son instinct : balancer une gifle magistrale en travers du visage d'une pétasse disposant d'un statut social qui, normalement, ne lui aurait jamais permis de s'adresser à elle de la sorte... mais elle fut retenue par plusieurs choses : elle était invitée dans cette demeure et non chez elle, la pétasse en question était la soeur de Lucilius, celui avait avait été assez gentil pour ne pas commenter ses habitudes déplorables et pour lui ouvrir la porte de sa bibliothèque... et puis parce que les pétasses ont tendance à couiner comme des truies quand on les blesse dans leur amour propre... et Alessa n'avait pas envie que sa voix désagréable ne lui provoque une migraine.

Elle poussa un petit soupir et se redressa, attendant que ça passe en réussissant même à prendre un air presque penaud. La mère de l'inquisiteur, contrairement à sa fille, semblait être une créature tout à fait adorable. Elle était douce et gentille, elle fit même un commentaire qui arracha un sourire sincère à la jeune princesse.


"— Si vous voulez, vous pourrez repartir avec les livres que vous avez sélectionnés. Malheureusement, il va falloir faire une pause dans votre lecture, Mademoiselle Alessa. "

Cette dernière leva les yeux vers lui d'un air désolé.

- J'espère que ce que votre adorable soeur a vu ne va pas finir par vous retomber dessus à un moment où un autre... moi je vais très certainement le sentir passer pendant un certain paquet de temps une fois que je serais rentrée au Palais, mais vous n'avez rien fait de mal vous... au contraire.

Poussant un soupir las, elle sauta dans ses chaussures, se regarda dans une fenêtre pour défaire sa tresse et épousseter un peu ses cheveux. Devenue maitresse dans l'art de dissimuler ses tenues inappropriées, il ne lui fallut que quelques instants pour redevenir la parfaite petite princesse Nocturnae qu'elle était en arrivant.


- Pour vous répondre, parce que je n'en ai pas eu le temps tout à l'heure...

Elle avait soudainement l'air d'avoir prit presque dix ans d'un coup tant son jeune visage était sérieux.


- Venir vous voir à l'Église, oui, bonne idée et j'en serais ravie. Il faudra juste que je contacte un de mes professeurs pour prévoir une journée de libre... je lui dirais que je réclame ce temps pour mes recherches personnelles... par contre, rencontrer l'un de vos prêtres d'amis, non. C'est gentil de proposé mais j'en ai rencontré suffisemment pour ne pas avoir besoin de perdre encore une fois mon précieux temps avec un crétin me considérant comme une petite fille à qui on doit juste dire que la magie du sang est quelque chose de vilain-pas-beau-dangereux-gnagnagna...

Elle planta son regard dans le sien.


- Non, moi j'ai besoin de quelqu'un pouvant m'expliquer les choses que je n'ai pas compris dans les ouvrages les plus anciens qu'il m'ait été donné de parcourir. Ces choses dont on ne parle jamais, ces livres que je n'aurais même pas dû lire... les profondeurs de l'Ombres et les recoins du sang... toutes ces choses qu'on ne m'interdit pas d'étudier tout en me conseillant d'y aller doucement. Je ne peux pas me permettre d'y aller doucement, la vie est courte, très courte, et ce domaine est grand, immense... jamais je n'aurais le temps de tout voir et tout apprendre, alors je n'ai pas de temps à perdre avec des réponses évasives.


Rajustant son décolleté et une mèche de ses cheveux, elle adressa un signe affirmatif à son reflet dans la vitre : elle était satisfaite du rendu visuel qu'il lui renvoyait.


- Cela dit oui, je vous emprunterais ces livres... je vous les rendrais avant de partir... j'en aurais sans doutes finis avec eux en une nuit et une journée. De toute façon je n'aurais pas le droit de bouger de ma chambre pendant ce laps de temps grâce à votre adorable soeur...

Elle leva à nouveau les yeux vers lui et lui adressa un grand sourire avant de lancer d'un ton amusé :

- Finalement cette idée de mariage n'est peut-être pas mauvaise... si je deviens votre femme j'aurais le droit de la gifler non ?
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MessageSujet: Re: Tout n'est qu'une question d'impression (PV : Alessa)   Mer 27 Nov - 12:43

— Oh... si c'est parce que vous craignez qu'on tente de vous détourner de vos recherches, ne vous en faites pas. Mes connaissances ne sont pas de ce genre-là.

Et Lucilius disait la vérité. Malgré sa réputation, malgré son infirmité, il avait eu assez de charme et de politesse pour se faire quelques amis au sein de l'Église. Il aimait la compagnie des Prêtres pour leur calme, et leur désinvolture. La plupart des Inquisiteurs préféraient perdre du temps dans une rivalité, concernant la taille de leur troisième jambe. Lui, ce n'était pas vraiment sa tasse de thé. Il n'était pas assez viril et fort pour concourir dans ce domaine-là. Et puis, il jugeait cela inutile, agaçant, ennuyeux. C'était de plutôt bonne raison pour qu'il méprisât ses collègues. Alors au lieu d'aller vers eux, de tenter de se rendre moins minable, Lucilius avait préféré « séduire » les Prêtres pour monter les échelons, ça marchait bien.

Le souci, c'était qu'il ne savait pas exactement ce qu'il pouvait dévoiler à Alessa, ce qu'il était en droit de dire, ou plutôt s'il connaissait assez de choses pour lui confirmer ou non les vérités sur la Magie du Sang. Il avait conscience que c'était un pouvoir immense, mais qu'il pouvait rendre fou. Bon nombre de récits sur l'Église racontaient la démence des Mages de Sang, leurs attirances malsaines pour le meurtre, parfois le sexe. Boire le sang de quelqu'un, c'était boire sa vitalité, Lucilius avait retenu cette idée, et elle l'effrayait, mais le fascinait. S'il pouvait voler la force d'un colosse pour combattre sa faiblesse naturelle, il le ferait sans doute. Lucilius n'avait pas un sens de la morale aiguisé, mais sa loyauté pour sa famille l'arrêtait dans ses folies.

Lucilius passa une main dans ses cheveux, il se redressa, et il attendit que la jeune fille passât pour la rejoindre dans le couloir. Quand il fit la remarque sur sa soeur, l'homme grimaça légèrement. Il ne savait pas s'il devait rire, ou s'il devait la trouver bien culottée pour lancer une chose pareille. Malgré leurs défauts, ses soeurs étaient des De l'Ombrage, et personne ne levait le poing sur eux. D'un autre côté, Alessa l'amusait. Il répondit simplement :

— Si cela vous plait, Princesse, pourquoi pas.

Malgré toute la répugnance pour ses soeurs, l'homme ne les avait jamais frappés. Depuis son enfance, il jouait à masquer la haine qu'il nourrissait à leur égard. Elles avaient pris soin de pourrir son existence, se moquant sans cesse de lui, volant ses affaires, jetant ses livres dans la boue ou la merde, espérant toujours susciter ses sanglots, sa colère. Toutefois, rapidement, Lucilius avait appris à les affronter, mais sans violence. Quand l'une lui envoyait un sarcasme en pleine face, il se contentait de répondre en souriant avec douceur. Quand l'autre s'amusait à « emprunter » ses affaires, Lucilius sous-entendait alors qu'un voleur s'était introduit chez eux. C'était un véritable combat qu'il menait chaque jour face à elle, il n'en sortait jamais victorieux, mais elles ne gagnaient pas la guerre pour autant. Lucilius savait contrôler ses émotions, ou plutôt il savait bien les cacher. Il préférait endurer les souffrances de sa jambe et de son coeur, plutôt que de montrer qu'il put être misérable, et vulnérable.

Ils semblèrent prendre plusieurs chemins, tant la demeure paraissait labyrinthique. Bientôt, ils passèrent par le hall principal, dont le carrelage était blanc, comme les murs. De grandes baies vitrées donnaient sur le jardin, tandis que les bougies éclairaient leurs pas. Tout était propre, trop propre ; on avait conscience qu'une riche famille habitait les lieux, mais encore une fois, la froideur dévorait toute présence humaine. L'ombre maigre de Lucilius s'étendait sur le carrelage, alors que sa canne frappait doucement le sol. Le plafond était très haut, et malgré qu'ils furent au rez-de-chaussée, on pouvait avoir un sentiment de vertige quand on traversait cet endroit. Lucilius était habitué depuis longtemps, mais enfant, il avait été effrayé par tous ces couloirs, toute cette immensité. Enfin, ils arrivèrent dans la salle à manger. Une gigantesque table rectangulaire se trouvait au centre de la pièce, où le reste de leurs familles les attendaient.

Octave De l'Ombrage attendait au bout, dressé devant le tableau de leurs ancêtres. Ses soeurs étaient déjà assises, alors que sa mère discutait avec le frère d'Alessa. Devant leur arrivée, les voix se firent plus basses, avant de laisser la place au silence. Octave avait les mains derrière son dos, il se tenait parfaitement droit, son visage encore plus lisse que du marbre. Ses cheveux gris encadraient sa mâchoire carrée, alors que ses yeux bleus scrutaient Lucilius. Aucune émotion ne vint transpercer son regard, il restait digne et immobile comme une statue. Il invita d'un signe du menton son fils à s'asseoir face à lui, Lucilius obéit sans attendre. Il put enfin reposer sa jambe malade, non sans plaisir. Pourtant, il se tint aussi droit que son père sur sa chaise, attendant la suite de ses instructions.


— Bien, déclara Octave quand tous furent installés, il prit un verre de vin. Je suis ravi de la rencontre entre nos deux familles, la noblesse coule dans notre sang. En espérant que nous gardons pour encore des siècles notre bonne entente.
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MessageSujet: Re: Tout n'est qu'une question d'impression (PV : Alessa)   Jeu 28 Nov - 2:34

"— Si cela vous plait, Princesse, pourquoi pas."

La jeune fille cessa de sourire presque instantanément et lui jeta un regard acéré. Elle le suivit jusqu'à la salle à manger sans prononcer le moindre mot supplémentaire mais sans rien laisser paraitre de son état d'esprit. En réalité, elle était partagée entre la frustration, l'ennui et la perplexité. Ce type n'ouvrait donc la bouche que pour balancer des banalités rentrant toujours pile poil dans ce que les convenances exigeaient ? N'était-il jamais réellement sincère ? Et gnagnagna par-ci, et gnagnagna par-là... toujours à afficher un sourire dégoulinant de douceur alors que ses yeux reflètent des horreurs. Enfin... peut-être était-il juste timide... où terrifié par son père... où les deux. Peut-être était-ce autre chose. Dans tous les cas, s'il était, comme elle le supposait, censé la séduire et la convaincre de se marier avec lui, il allait devoir se montrer moins... faux.

Quand ils finirent par rejoindre leurs familles, le masque de la parfaite princesse réapparu sur son visage, bien que plus modéré que celui qu'elle avait affiché en arrivant. Elle avait l'air timide, presque rougissante quand ses yeux croisaient ceux d'un De l'Ombrage... sa façon à elle de s'excuser pour avoir choqué la soeur et la mère de Lucilius qui l'avaient vue dans une tenue tout à fait indigne (sans chaussures, vous imaginez ?!). Quand elle croisa le regard de son père, elle senti que le retour au palais serait nettement moins agréable que l'allée, et que quel que soit l'amour que son père lui portait, elle allait avoir besoin de tous ses battements de cils, de toutes ses larmes de coin d'oeil et de toutes ses lèvres tremblotantes disponibles si elle ne voulait pas finir avec des bleus... Enfin avec des bleus qui mettraient des semaines à disparaitre en tout cas... parce qu'elle en écoperait sans doutes de quelques uns quand même. Elle n'était pas vraiment la meilleure des filles ces derniers temps.

Comme elle ignorait si son père la regardait comme ça parce que la truie De l'Ombrage avait bavé à propos de souliers en perdition où s'il avait seulement repéré un grain de poussière sur sa robe, elle ne s'excusa pour rien et attendit tranquillement qu'on lui dise quoi faire... comme une bonne petite. Ses frères ayant remarqué l'échange de regards entre leur père et leur soeur, l'installèrent entre deux d'entre eux à table, presque en face de Lucilius. Ce dernier était d'ailleurs fixé d'un air mauvais par les jeunes hommes, déterminés à étrangler le premier idiot qui tenterait de mettre leur "adorable petite puce toute innocente" dans un lit (où tout autre endroit logique ou non impliquant une perte de virginité) avant le mariage. Tout de même, c'était beaucoup trop peuple que de faire ce genre de choses non ?

Alessa sourit doucement pour répondre aux paroles du père de l'inquisiteur, puis se contenta d'écouter la conversation des "grands" en attendant que quelqu'un fasse attention à elle... priant pour qu'on l'oublie. Le vin qu'on leur avait servit était délicieux, et elle se dit qu'elle pourrait sans doutes en avaler plusieurs verres sans qu'on l'arrête, et qu'elle pourrait donc cacher son ennui sous un petit brouillard d'alcool. Léger le brouillard quand même, il ne s'agissait pas de finir bourrée non plus... sinon son père lui arracherait sans doutes la tête.
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MessageSujet: Re: Tout n'est qu'une question d'impression (PV : Alessa)   Jeu 28 Nov - 4:36

Lucilius écoutait à peine ce qu'on racontait autour de lui, il était las de bien paraître, et mourrait d'envie de retrouver son tendre opium. La fatigue lui écrasait les épaules, alors quand il s'assura que personne ne le regardait, il laissa un soupir s'échapper, et il s'avachit un peu sur sa chaise. Discret, il descendit d'une traite son verre de vin, se demandant s'il serait assez fort pour supporter cette soirée ennuyeuse. Derrière son père, il y avait encore cet horrible tableau, où se trouvait Marius De l'Ombrage. Par moment, il jetait des coups d'oeil haineux à son ancêtre, songeant qu'il méprisait le sang qu'ils partageaient. C'était une honte d'avoir eu un tel homme dans leur famille.

Ce tableau... il voulait le voir brûler, il voulait admirer les pointes des flammes lécher cette face mélancolique, jusqu'à ce qu'il disparaisse dans des cendres. De plus en plus de mauvaise humeur, Lucilius se montrait fermé, et ne participait même pas au dîner. Sa mère sembla s'apercevoir de la colère de son fils, près de lui, elle posa ses doigts sur son poignet. Lucilius le réagit pas, il se contenta de fixer Marius De l'Ombrage. Sa mère lui resservit du vin, ne sachant pas exactement ce qu'elle devait faire. Puis, Octave intervint, mais à sa manière : l'homme croisa volontairement les yeux de son fils, une expression consternée dans le regard, Lucilius se redressa aussitôt. Il se remit à sourire, comme si sa mauvaise humeur n'avait jamais existé. Il se rappela où était sa place, et quel était son rôle.


— Excusez notre frère, il semble harassé par son voyage. Lança sa soeur aînée.
— En effet, ajouta-t-il d'une voix apathique. Néanmoins, je suis heureux de notre rencontre, Princesse Alessa. Mis à part la lecture, qu'est-ce qui vous passionne ?

« Allez... tentons de faire bonne figure, ça m'emmerde. » Songea Lucilius en souriant malgré tout. Sa question n'était que de la politesse, même s'il trouvait Alessa « distrayante », elle ne l'intéressait pas autant qu'il tentait de le faire sous-entendre. Lucilius parvint à mentir avec ses yeux, témoignant de son talent d'acteur. Sa mère échangea un coup d'oeil avec Octave, mais son père n'ajouta rien. Il n'était pas de nature bavarde. Lucilius sentait sur lui les regards pleins de haine des frères d'Alessa, ne comprenant pas exactement ce qu'ils pouvaient bien lui vouloir.

Ce n'était pas de sa faute, s'ils étaient incapables de se défaire de la trop grande affection qu'ils portaient à leur soeur, non ? Il n'était certes pas le gendre idéal, du moins physiquement. Dans son comportement, il avait tout pour plaire ; son éducation était impeccable, ses paroles bien « travaillées », car il réfléchissait toujours à la manière dont il devait parler avant d'ouvrir la bouche. Il toucha de l'index la cicatrice au coin de sa lèvre ; il était redevenu silencieux, car il fouillait dans son crâne ce qu'il pourrait bien dire, alors que coeur se vidait de volonté.


— Tiens petit frère ! S'exclama l'une de ses soeurs. Raconte donc à nos invités comment tu as eu cette marque...
— Je ne pense pas que ce soit un sujet véritablement passionnant, fit-il.
— Oh si ! Cette histoire est si amusante.

Lucilius était heureux de ne pas être sa soeur, car l'expression de son père était véritablement effrayante. Octave avait haussé un sourcil, la tête légèrement baissée, il semblait être sur le point d'étrangler sa fille. Finalement, il avala un morceau de foie gras, il ajouta :

— Ne le cache pas.

Alors forcé de raconter l'histoire, Lucilius profita du moment de silence pour boire un peu de vin, et de chercher quoi dire exactement. Cette cicatrice, c'était sa cousine, Émeline qui avait laissé sur sa chair une tendre marque de colère. Elle était aussi Inquisitrice, enfin elle aurait aimé le devenir, si cette histoire n'avait pas bousillé sa carrière. Lucilius se souvenait avec jubilation comment il avait accompli sa vengeance, et comment il avait pu dégrader sa réputation. Lucie quant à elle paraissait mal à l'aise, alors que ses filles se ravissaient de ce souvenir. Lucilius poussa un soupir :

— C'est des choses qui arrivent. Je me suis battu avec un autre Inquisiteur, quand j'étais adolescent. C'est le résultat de notre « charmante entrevue ».
— N'était-ce pas notre chère... aï !

Sa soeur écarquilla les yeux, Lucilius joint les mains, les coudes sur la table. Il planta son regard dans le sien, puis il sourit avec une douceur extrême, sa soeur tenait son poignet.


— Qu'y a-t-il, grande sœur ?
— Ri... rien, balbutia-t-elle, j'ai été maladroite avec ma fourchette.

La jeune femme se leva en formulant d'une voix troublée des excuses, puis elle quitta la table d'un pas vif. On pouvait voir deux gouttes de sang tacher son assiette. Soudain de meilleure humeur, Lucilius profita de l'absence de l'autre pétasse pour interroger Alessa :


— J'ai entendu dire que vous viviez à la Capitale, pourquoi avoir quitté votre famille pour cela ?
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MessageSujet: Re: Tout n'est qu'une question d'impression (PV : Alessa)   Jeu 28 Nov - 9:56

- Eh bien, à vrai dire je...

Ombre merci, elle n'eut pas le temps de répondre réellement à la question que Lucilius lui avait posé. Son père avait déjà des sueurs froides et la regardait fixement... elle était en train de se creuser la cervelle pour essayer de trouver une réponse tout aussi fausse qu'appropriée. Les passions d'une jeune fille de bonne famille, et même de la très haute société se devaient d'être banales en général... les romans à l'eau de rose, les lectures épiques (mais pas trop), la musique, les petites bêtes à poils et à grands yeux humides... rien de bien palpitant en quelque sorte. Alessa aimait bien les chats et elle chantait divinement, quand elle acceptait de le faire, ce qui était assez rare... mais c'était loin de ce qu'on pouvait appeler des "passions". Elle n'était réellement passionnée que par ses études, et ça faisait un peu tâche en plein milieu d'un repas en ce genre de compagnie. D'autant qu'elle était persuadée qu'il n'y aurait pas la moitié des convives qui comprendrait ce qu'elle aurait pu dire...

Visiblement, Lucilius n'avait pas du tout envie de parler de la manière dont il avait reçu une certaine cicatrice... et son père semblait d'accord avec lui mais, convenances oblige, il fut finalement obligé d'en parler vaguement (très vaguement), alors que sa truie de soeur (Alessa avait vraiment du mal avec elle) semblait vouloir qu'il poursuive, qu'il entre dans les détails... même le moins convenable de ses frères semblait compatir avec Lucilius quand, brusquement, la truie-pintade-à-grande-gueule finit par se la faire fermer par une "maladresse" de la part de sa "fourchette". Alessa et son père échangèrent un regard entendu, le plus jeune de ses frère semblait regarder Lucilius intensément, mais il haussa les épaules, semblant passer à autre chose... quand ses yeux se posèrent sur les tâches de sang sur l'assiette. Il releva brusquement les yeux, mais pas sur Lucilius, il les leva vers son père, avec qui il échangea un regard lourd de sens avant de rapprocher très discrètement sa main du coude de sa petite soeur.

Cette dernière avait malheureusement suivi son regard, et se crispa. Elle mourrait d'envie de se lever, de faire le tour de la table, de nettoyer l'assiette avec une serviette en tissus, et de ramener ladite serviette à la truie-pintade. Le sang ne devait pas être gaspillé. La plus petite parcelle d'Ombre qui avait été répandue ainsi sur la porcelaine aurait put être utilisée contre sa propriétaire. Elle fixait les deux petites gouttes d'un air à la fois frustré et absent pendant que les doigts de son frère, frôlant à peine son coude, lui rappelait qu'elle ne devait pas se lever.


"— J'ai entendu dire que vous viviez à la Capitale, pourquoi avoir quitté votre famille pour cela ?"

Ce fût son père qui répondit à la question après avoir constaté le silence de sa fille qui n'avait même pas entendu la question.


- Ma très chère enfant s'est prise d'une certaine passion, comme vous dites, pour les études. Le temps et les connaisseurs ayant révélés qu'elle était plutôt douée pour cela, et son insistance ayant été telle que je ne supportais plus de l'entendre, j'ai finis par l'envoyer là bas. Elle a l'air d'en être parfaitement ravie. En ce qui me concerne, j'apprécie le fait que vous y viviez également, ainsi ma fille pourrait être entre de bonnes mains si un problème quelconque survenait... n'est ce pas ?


Pendant qu'il parlait, le frère d'Alessa l'avait pincée doucement pour qu'elle reprenne le fil. Elle sourit à Lucilius, toute trace de sa frustration effacée.


- D'autant que nous avions déjà convenu de nous revoir prochainement, n'est ce pas ? Nous pensions nous retrouver à l'Église. Ce n'est pas très loin de Libris Umbra, je n'aurais donc aucun problème pour m'y rendre.
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MessageSujet: Re: Tout n'est qu'une question d'impression (PV : Alessa)   Jeu 28 Nov - 12:44

— Bien sûr.

Ce n'était qu'une vaste mascarade, orchestrée par son père, mais Lucilius jouait à merveille son rôle. Il allait devoir protéger la petite Princesse des mauvaises personnes, encore une charge de plus à supporter. Pourquoi aimait-on lui faire perdre son temps à ce point ? L'Église se situait au centre de son existence. À quoi bon s'en détourner ? Lucilius ne vivait que pour l'Ombre, c'était elle qui lui avait donné la force de marcher dans ce monde cruel, où s'il n'était pas né riche, il serait mort de faim dans un caniveau.

Le silence revint brutalement, qu'il ne décida pas de briser. Il faisait déjà assez d'effort comme ça ! Il ne savait pas comment « mangeait » les Nocturnae, mais les De l'Ombrage avait pour habitude de très peu parler. Seul Octave était en droit de donner — ou non — la parole à sa femme, et à ses enfants. Alors comme s'il ne jugeait que plus rien ne devait être dit, il garda ses pensées pour lui, et mangeait sans aucun bruit. Pendant un moment, on ne perçut que le son des fourchettes tapant contre les assiettes. Lucilius lançait parfois quelques regards à Alessa, afin de juger ses manières ; il souriait parfois, toujours par politesse.


— Quelles sont les nouvelles à Ishtar, Lucilius ? Demanda soudain Lucie.

Sa mère ne supportait pas — sans doute — cette ambiance aussi lourde, et formelle. Lucilius haussa les sourcils, puis il réfléchit à ce qu'il pouvait dire. Il n'avait pas de véritables nouvelles à énoncer, aucun fait divers à raconter, mais peut-être qu'il y avait bien quelque chose qu'il pourrait leur apprendre, et qui pourrait l'aider à « plaire » à Alessa.


— Je suis devenu le professeur de Ludwig Walghren, il m'a demandé de lui enseigner comment se battre.

Son père s'arrêta de manger pendant une seconde, il le fixa sans aucune expression, mais il fit un signe de tête, comme s'il approuvait la situation. Lucie se contenta de laisser échapper un petit « oh », sans rien ajouter d'autre. Le silence revint, Lucilius songeait à la première entrevue qu'il avait eue avec le jeune homme. La naïveté de Ludwig, ainsi que sa douceur avait tendance à l'énerver. Il trouvait qu'il y avait trop de faiblesse dans son caractère, trop de gentillesse, il s'étonnait comment il pouvait encore vivre. Son rang, sans doute, l'avait protégé (trop protégé même) pendant des années. L'éducation de la famille impériale était mauvaise, avait-il jugé, comparé à la dureté à laquelle on l'avait « dressé ». Et puis, il s'était montré dans un état bien déplorable devant son élève, ce qui avait bien sûr altéré son humeur, et rendu cette rencontre désagréable.

Lucilius avala un morceau de pain, il but encore, en espérant que le temps passerait plus vite. Cette rencontre avec Alessa était d'une banalité écoeurante ! Elle aussi ne paraissait pas plus joyeuse que lui. Sa soeur aînée n'était pas revenue, son absence l'apaisait, et sa présence ne sembla manquer à personne. Il espérait que son petit tour ait calmé ses railleries, c'était un avertissement déclarant qu'il fallait cesser de le provoquer ouvertement. Toutefois, Lucilius craignait la réaction de son père, mais Octave toujours aussi fidèle aux règles de sa famille n'avait fait aucune remarque.


— Arrêtez ! Où croyez-vous aller ? Pauvre imbécile. Vous êtes chez les De l'Ombrage, sortez d'ici ! Criait un domestique.

Octave et Lucilius prirent la même expression ; ils levèrent tous les deux un sourcil étonné, alors que Lucie se levait déjà pour savoir ce qu'il se passait. Derrière la porte de la salle à manger, on pouvait entendre les éclats de voix des domestiques, puis les grognements offusqués d'un invité indésirable. Celui-ci grondait qu'il voulait « la » voir, qu'il était las de l'attendre, que l'avoir si loin de lui était un véritable déchirement, etc... Lucilius tourna la tête vers sa soeur, celle-ci était livide. Lucie finit par ouvrir la porte, et demanda ce qu'il se passait.

A cet instant précis, un jeune homme la poussa, et se précipita à l'intérieur de la pièce. Il portait une simple chemise de toile, il avait une chevelure blonde mal coiffée, et ses rouges témoignaient à la fois de sa course, et du froid qu'il faisait dehors. Il avait les yeux grands ouverts, cherchant encore et encore son amante tant désirée, mais il ne la trouva pas.


— Où est-elle ?
Cria-t-il alors. Vous me la cachez, c'est ça ? Mais elle a dit qu'elle m'aimait !

Autant dire que si le regard d'Octave pouvait tuer, l'importun serait mort dans d'atroces souffrances en une seule seconde. Il ne se leva pas tout de suite, faisant signe à Lucilius de le faire en premier. Sa mère était dans un coin de la pièce, choquée qu'un tel énergumène pu la pousser avec tant de violence. Lucilius obéit à l'ordre muet de son père, il s'avança vers le jeune homme, sa canne à la main. Il fit en souriant :

— Elle n'est pas là, rentrez chez vous, et nous oublierons cet incident.

Le jeune homme retourna toute son attention sur Lucilius, il le fusilla du regard, puis sans prévenir, il l'attrapa par le col. Lucilius se sentit tiré en avant, l'autre tremblait de colère, lui il tremblait d'envie de meurtre. Il posa fermement sa main sur son poignet, l'autre cracha :


— C'est toi qui veux me la voler ? C'est ça ?


Ses doigts se refermèrent violemment, Lucilius planta son regard vitreux dans le sien, et il fit sur un ton menaçant :


— Lachez moï, ou vous allez le regretter. Sortez.

À peine l'Inquisiteur termina sa phrase, que l'autre leva son poing, et l'écrasa sur sa face blême.
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MessageSujet: Re: Tout n'est qu'une question d'impression (PV : Alessa)   Jeu 28 Nov - 23:04

Il y avait beaucoup de choses qu'Alessa aurait pu dire... elle aurait pu par exemple parler un peu de Ludwig avec Lucilius, lui dire qu'elle l'avait rencontré quelques jours auparavant et qu'ils s'étaient plutôt bien entendus. Qu'ils n'avaient pas tout à fait la même vision des choses à propos de l'Ombre et de la magie du sang, mais qu'ils s'entaient tout de même plutôt bien et qu'ils avaient prévu de se revoir prochainement. Qu'elle avait même accepté son invitation à la soirée qu'il organisait en l'honneur de son frère... Elle aurait sans doutes pu dire aussi qu'elle l'avait invité dans sa chambre et qu'elle s'était changée à côté de lui, simplement cachée à sa vue par un paravent... mais elle aurait été tuée par son père avant même d'avoir terminé. Elle aurait aussi reproché gentiment à Lucilius l'étant dans lequel il avait mit Ludwig... mais en privé déjà, pas devant leurs pères respectifs, et sur un ton léger... il était son professeur après tout, il avait le droit de faire ce qu'il voulait, et étant donné l'adorable nature de Ludwig, Lucilius partait sans doutes du principe qu'il fallait l'endurcir... mais tout de même ! Laisser un Walghren saigner et ne pas s'occuper de ça ! C'était vraiment une négligence hors du commun. N'importe quel mage du sang mal intentionné aurait pu se servir de ça contre le jeune prince ! La jeune fille se promit intérieurement d'en parler avec l'inquisiteur la prochaine fois qu'ils se retrouveraient seuls... pour le reste, elle n'eut pas le temps d'en placer une avant qu'un intrus ne s'introduise (pratique pour un intrus, notez bien) dans la demeure malgré les hurlements des domestiques, braillant au sujet d'une femme qu'il aimait.

Un type débraillé (et ça n'était rien de le dire), fit irruption dans la pièce tel un chien dans un poulailler. Il propulsa la mère de Lucilius en arrière, choquant pour le coup profondément Alessa qui en hoqueta de stupeur. Quel genre de rustre était donc cet homme ? Un homme ? Certes non, un animal oui ! Comment pouvait-on décemment pousser de la sorte une dame ? De la haute société de plus... non mais vraiment !

Ne s'occupant pas du reste de la scène, la jeune fille se dirigea rapidement vers Lucie, inquiète, et lui prit le bras fébrilement en lui demandant comment elle se sentait. La pauvre femme devait être terriblement choquée !

Les frères d'Alessa s'étaient levés mais n'avaient pas fait l'affront à leurs hôtes d'aller s'occuper de l'homme dans leur propre demeure. Ils signifiaient simplement par cette action qu'ils étaient là et prêts à soutenir leurs amis en cas de problème majeur.

Quand Lucilius proposa à l'intrus de s'en aller tout simplement, Alessa tiqua. Elle ne prononça pas le moindre mot mais lui jeta un regard méprisant. Trop jeune et vivant cette situation désagréable pour la première fois de sa vie, elle ne comprenait pas qu'on puisse préférer laisser vivre un homme qui avait osé faire un tel affront à une femme telle que Lucie. La Truie-pintade soit... et encore, elle était de la haute société aussi, même si elle n'était qu'une vulgaire pétasse ! Elle faillit même crier "Non ! Tuez donc cet insecte enfin voyons... il a agressé votre mère Lucilius !" Mais elle se retint.

Au final, l'inquisiteur se prit un coup de poing en pleine figure, arrachant par la même occasion un cri de surprise à Alessa. La scène à laquelle elle avait assisté le jour de son arrivée sur la place des trois aurait pu la préparer... mais pas du tout. C'était une bataille, pas un simple manant en train de frapper ouvertement un héritier de grande et noble famille.

De plus, la jeune fille n'était pas du tout habituée à la violence, gratuite ou non. Elle avait déjà prit des corrections, sévères même parfois, mais c'était justifié par une quelconque raison... là, c'était un homme qui en frappait un autre... pour rien. Elle savait que Lucilius était inquisiteur et ne s'en faisait pas trop pour lui... mais enfin tout de même ! Le visage ? C'était à la fois tellement "peuple" et hors de propos...
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MessageSujet: Re: Tout n'est qu'une question d'impression (PV : Alessa)   Ven 29 Nov - 7:30

Lucilius sentit du sang dans sa bouche, alors qu'il s'écrasait sur le sol. À cet instant, la colère monta violemment dans son être. Il serra le poing, percevant le cri effrayé d'Alessa, et les pas de sa mère. Lucie fondit sur lui, pendant que sa respiration se faisait pénible. Ses ongles griffèrent le plancher, il se sentit humilié d'une telle chose ! Octave se leva, sans se diriger vers son fils, toujours par terre. S'il avait été seul avec ce manant, il l'aurait tué en lui enfonçant une fourchette dans l'oeil ! Les mains de Lucie se posèrent sur ses épaules, terriblement inquiètes, elle lui demanda comment il se sentait. Lucilius ne décrocha pas un mot, sa poitrine se soulevait avec souffrance.

Finalement, Lucie l'aida à se relever, tirant le corps maigre de son fils sans effort, et elle lui redonna sa canne. C'était foncièrement humiliant de ne pas pouvoir se remettre sur ses deux jambes, sans l'aide d'une femme ! Lucilius goûtait à ça encore une fois. Le jeune homme lui envoya un regard plein de haine, Lucilius était trop fier toutefois pour lui répondre ouvertement. Il serra la mâchoire, le sang coulait le long de sa bouche, puis Octave intervint quand même.

L'homme fonça sur l'autre, l'attrapant par les cheveux, mais il reçut un coup de genou dans le ventre. Octave poussa un grognement, Lucilius écarquilla les yeux, il murmura un « père » plein d'inquiétude. C'en était trop ! Il allait tuer ce petit connard de merde ! Il fit un pas maladroit vers l'intrus, puis il leva la main en l'air. Transcendé par la haine, Lucilius se concentra. Aussitôt, les ombres sur les murs bougèrent, soudaine saisie de volonté. Elles glissèrent jusqu'à lui, puis elles se dirigèrent sur le jeune homme. Cet imbécile avait osé toucher son père ! Il allait le lui payer ! Comme des tentacules, les Ombres s'enroulèrent autour de ses bras. Sa proie tenta tant bien que mal de se défendre, ses cris percèrent le silence, jusqu'au moment où son poignet se cassa. La main crispée sur la canne, le corps plié en deux, Lucilius avait perdu son sang-froid. Il désirait littéralement le tuer.

Son souffle était erratique, le sang continuait de couler, et sa hanche lui rappelait plus fortement encore son existence. La douleur l'aveugla un instant, si bien que sa proie poussa un nouveau hurlement de douleur. Les larmes aux yeux, le jeune homme le supplia d'arrêter. Et Lucilius s'arrêta, car Octave lui fit signe de se calmer.

Octave attrapa le gamin par le col, il pointa du doigt sa fille en grondant :


— Toi, tu vas venir avec moi. Puis, il se tourna vers Lucie : va chercher l'origine de ce désastre, je dois lui parler.

Lucie obéit aussitôt, de même que la soeur de Lucilius qui s'empressa de quitter la pièce, tremblante. Octave traîna l'intrus hors de la salle de la manger, ignorant froidement ses insultes, et ses injonctions. Il désigna du menton la blessure de son fils à un domestique. Lucilius avala un mélange de sang et de salive, puis il se laissa tomber sur la chaise. Sa vision était troublée, il avait mal au crâne, et son coeur battait trop fort dans sa poitrine, ça faisait horriblement mal. Il garda le silence, ne sachant pas trop ce qu'il devait dire.

Le domestique revint avec de la glace qu'il mit sur sa mâchoire, il n'arrivait toujours pas à reprendre son souffle. Malgré tout, Lucilius jubilait ! Il imaginait sans mal la fureur qui devait parcourir son père, et la punition sévère que subiraient ses soeurs pour ça ! Sa soeur aînée finirait sans doute dans la rue, déshéritée, bannie à jamais de la demeure familiale, quelle joie ! Cette soirée n'était pas si ennuyeuse que ça, finalement, sa soeur allait être frappée du courroux d'Octave, et ça... et ça... ça n'avait pas de prix ! Si Lucilius avait été seul, il aurait sans doute ri, tellement ça le rendait joyeux.

Sa hanche le tirait de souffrance, son coeur se déchirait, mais qu'importe ! Reprenant peu à peu ses esprits, mais sa respiration, il observa Alessa et sa famille. Il but le verre d'eau que son domestique lui tendait, puis il fit :


— Je suis navré que vous ayez assisté à cela.

Bien au contraire, la présence des Nocturnae durant cet incident ne ferait qu'accentuer la fureur d'Octave. Ses soeurs finiraient sans doute étranglées ou égorgées, le lendemain. Surtout qu'Octave était doté d'accès de rage plutôt violent, et impressionnant. Au point, où malgré tout l'amour que Lucie avait pour ses enfants, ne pourrait pas intervenir, terrifiée. Songeant à cela, savourant la tournure qu'avait prise cette soirée, Lucilius peinait toujours à respirer. Dès qu'il prenait une grande inspiration, il avait l'impression désagréable que son coeur explosait. Déjà blême, l'homme devint encore plus blanc, des gouttes de sueur glissaient sur son front, et dans sa nuque. Malgré tout, il faisait comme si cela n'avait pas la moindre importance.
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MessageSujet: Re: Tout n'est qu'une question d'impression (PV : Alessa)   Ven 29 Nov - 9:30

Alessa se retrouva subitement entourée de tous ses frères tandis que son père se tenait debout, raide comme un piquet. Il semblait furieux. Elle le connaissait assez pour savoir que la colère était en train de le ronger et qu'il luttait pour conserver son calme. D'un naturel plutôt patient et réservé, du moins en public, le chef de famille des Nocturnae pouvait se montrer d'une violence sans égale quand on s'en prenait à un membre de sa famille, où d'une famille d'un rang plus où moins égal au sien. C'était le pire affront possible pour lui. Voir ainsi Octave De l'Ombrage, sa précieuse femme et son fils se faire agresser de la sorte par un moins que rien devait probablement lui donner des envies de meurtre prodigieuses. Quand il constata qu'Octave avait la situation bien en main grâce à l'éclat de Lucilius, il se rassit et fit comme si cette scène avait été d'une banalité tout à fait normale.

La princesse se sentit brusquement secouée d'avant en arrière. Elle leva les yeux vers le visage inquiet de son frère et lui adressa un regard étonné.


- Tu vas bien ? Tu n'as rien ? Alessa... tu m'entends ?

- Attends... tu te moque de moi c'est ça ? Si moi je vais bien ? Mais il ne m'a même pas touchée espèce de...

Elle respira un bon coup pour ne pas se mettre à insulter ce crétin en publique et lui sourit.


- Vas t'occuper de Père tu veux ? Il a sans doutes soif.


Elle se tourna ensuite vers Lucilius qui avait finit par s'assoir pendant qu'un domestique appliquait de la glace sur son menton. Elle se débarrassa de ses frères d'un coup d'épaule et se dirigea vers l'inquisiteur. Son visage était fermé mais des petites larmes discrètes faisaient briller ses yeux sans couler. Elle prit la glace des mains du domestique sans lui demander son avis, et le congédia d'un geste désinvolte typique d'une véritable princesse, habituée à ce qu'on lui obéisse sur le champs, que l'on soit à son service où non. Le fait qu'une princesse de cet acabit n'est pas supposée s'occuper d'un homme blessé ne la gêna pas une seconde par contre... et ni ses frères ni son père ne prononcèrent le moindre mot. Ils ne lui jetèrent même pas de regards désapprobateurs, ça n'était pas le moment... Alessa était en colère. Et il savaient tous que l'approcher dans ces moments là, surtout pour la contrarier, n'était pas du tout une bonne idée...

Elle déposa la glace sur la table sans ménagement, s'empara d'une serviette qui n'avait pas été utilisée et épongea le sang qui coulait sur le visage de Lucilius avec une douceur inouïe... c'était comme si elle respectait énormément ce liquide rouge sombre et poisseux que beaucoup ne considérait que comme étant salissant et synonyme de souffrance physique. Elle n'était pas guérisseuse, mais à force de se couper elle même et de se signer toute seule pour ne pas alerter sa famille, elle avait apprit à s'occuper des blessures bénignes. Elle soigna son menton sans prononcer le moindre mot, légèrement tremblante. La scène lui avait vraiment fait peur... elle avait cru un instant que Lucilius allait mourir et que son père allait subir le même sort (Après tout, on ne sait jamais, les gens du petit peuple peuvent être de véritables animaux ! Bestiaux et tout !)... Heureusement que l'Inquisiteur avait mit un terme à cette mascarade avec un peu d'Ombre... Cela avait été très joli d'ailleurs, elle n'avait pas eu beaucoup d'occasions d'assister à une démonstration de magie des Ombres, et cela l'avait toujours fascinée. Elle s'était promis d'étudier ça un jour, quand elle aurait un peu plus avancé dans ses recherches à elle bien entendu.

Se munissant d'une autre serviette, elle épongea la sueur sur le front et dans la nuque de Lucilius. Elle avait toujours les larmes aux yeux, mais il semblait qu'elle accomplissait juste les gestes qu'il fallait, presque professionnellement, elle ne s'autorisa pas une seule seconde à montrer qu'elle était inquiète pour la santé de l'Inquisiteur. Il avait subit assez de choses désagréables dans la soirée pour ne pas avoir à rajouter là dessus une gamine qui s'inquiète pour un homme de sa carrure (pas physique hein, on s'est compris...).

Quand le sang de son menton sembla avoir définitivement fini d'essayer de reprendre son indépendance, elle reposa la glace, qui n'avait pas eu le temps de fondre, dessus, et en prit un peu pour la poser sur son front. Peut-être qu'en le rafraichissant un peu cela l'aiderait à se calmer, et à respirer... parce qu'il semblait avoir un peu de mal à le faire. Ce faisant, elle plia soigneusement la serviette pleine de sang et la glissa entre les mains de Lucilius. Il ne manquerait plus que ce sang là tombe entre de mauvaises mains...

Elle fit un geste en direction de ses frères, et deux d'entre eux partirent vers la porte, demandant à un domestique de les conduire jusqu'au maitre des lieux. Ils n'avaient pas particulièrement envie de déranger un chef de famille en train de rendre justice, mais ils savaient ce qu'Alessa voulait : du sang frais pour ses recherches, surtout s'il comptait tuer le jeune homme...

Toute son attention contrée sur Lucilius, la jeune fille ne regarda même pas dans leur direction, elle savait qu'ils allaient demander. Qu'Octave accepte ou non ne dépendait pas vraiment d'eux de toute façon.
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MessageSujet: Re: Tout n'est qu'une question d'impression (PV : Alessa)   Ven 29 Nov - 13:21

Lucilius se crispa devant les soins d'Alessa à son égard, son dos se raidit, mais il la laissa faire, sans savoir exactement comment refuser. Au fond, ça le dérangeait toujours qu'on s'occupât de lui. Il avait vingt-huit ans, il n'était plus un gosse. Malgré tout, il restait un homme à la santé fragile, vivant encore on ne savait pas comment, porté par le vent, et ses caprices. Octave lui avait enseigné qu'on s'occupait uniquement des faibles, lui rappelant l'amertume de son infirmité. Lucilius avait beau avoir grandi, il avait beau s'être fait un nom en arrachant à coup de dents la carotide de ses adversaires, il restait un être vulnérable. Le fait de ne pas pouvoir se relever seul, par exemple, ça le rendait furieux. À la fois contre sa mère, et contre lui-même.

C'était sa mère qui lui avait donné un corps si faible, c'était elle l'origine de l'aversion de ses soeurs pour lui, et pourquoi était-elle toujours aussi inquiète à son sujet ? Alessa lui prodiguait quelques soins, aucune trace du souci sur son visage, elle se contentait d'exécuter des gestes inattendus pour une demoiselle de son rang. Il ouvrait parfois la bouche dans l'intention de refuser son aide, puis il songeait qu'il valait mieux ne pas la contrarier.

Quand elle lui remit la serviette tâchée de sang, Lucilius haussa les sourcils de surprise, il garda le silence, mais se dit : « qu'est-ce que je vais faire de ça ? Le boire ? » Néanmoins, l'homme remarqua alors qu'Alessa avait quelque chose d'étrange. Il n'avait pas vu ses regards aigris quand il avait blessé sa soeur, alors qu'ici il « voyait » plus ou moins que l'adolescent avait une relation étrange avec le sang. Pourquoi lui aurait-elle rendu la serviette, dans ce cas ? Et pourquoi son père avait-il décidé qu'il devrait faire d'une originale son épouse ? De mieux en mieux.


— Je vous remercie, Princesse, fit Luilius.

Il tourna ensuite la tête vers le père et les frères d'Alessa, ils ne tardèrent pas à disparaître derrière la porte. Il se demanda bien pourquoi ils les quittaient d'une manière aussi abrupte, et surtout s'ils comptaient contrarier Octave dans ses plans. Lui-même ne savait pas ce que son père comptait faire du gamin, peut-être allait-il le confronter avec les instruments de distractions de sa famille.

S'il pouvait enfermer ses pétasses de soeurs dans une Vierge de Fer, Lucilius refuserait de ne manquer ça pour rien au monde, pas même pour les yeux d'une jolie fille. Toutefois, ils étaient maintenant seuls. Alessa paraissait s'être rapproché, mais il n'en connaissait pas la raison exacte. L'adolescente parue bien différente à ses yeux, au moins elle ne gardait pas longtemps son rôle de petite noble.


— Ainsi... vous étudiez à Libris Umbra ? Comment les choses se passent-elles là-bas ?

Engageons la conversation, n'éprouvons pas la demoiselle d'un silence pénible. Lucilius se comportait de nouveau comme le gentil fils à papa bien poli. Aucune trace de colère ne subsistait sur son visage, il jubilait encore de ce qu'allait subir sa soeur. Il avait failli tuer quelqu'un devant les yeux d'Alessa ; il l'aurait fait, si son père n'était pas intervenu. Qu'il agresse sa mère, mais qu'il ne touche jamais à son père ! Il fallait être con pour oser toucher un De l'Ombrage. Il poussa un soupir, le coeur toujours aussi douloureux. Il continuait de suer, il n'avait pourtant pas chaud. Il était chamboulé physiquement, et il ne pensait qu'à trouver son opium pour temporiser ses douleurs.

Lucilius mordilla ses lèvres, qu'ajouter ? Que devait-il faire pour séduire une adolescente ? Une femme plus âgée, il savait plus ou moins comment ; il suffisait d'offrir des fleurs, des robes, ponctuer chaque entrevue par des paroles mielleuses, et faire croire à la « proie » qu'elle était la plus belle merveille existant dans le monde. Les femmes étaient si simples... est-ce qu'il fallait qu'il charme Alessa de cette même manière ? S'il voulait bien faire — Lucilius était une nature pragmatique —, il devait d'abord la cerner. Ce n'était pas si simple, car à chaque fois, elle montrait une nouvelle facette de sa personnalité.


— Quand repartez-vous ? Demanda-t-il soudain. Si vous le désirez, nous pouvons faire le chemin ensemble.

Puis Lucilius regarda derrière Alessa, c'était encore ce tableau. Il l'obsédait. Dès qu'il était dans cette pièce, il avait la sensation désagréable de trahir sa famille. Les yeux bleus pleins de mélancolie de Marius De l'Ombrage le fixaient sans cesse, jugeant chacune de ses actions, comme s'il incarnait le mal ! Alors que c'était le Renégat le véritable mal. Ça le rendait malade, ça le rendait fou de rage que le même sang coulait dans leurs veines ! Marius De l'Ombrage était un terrible souvenir au sein de leur famille, il était la pomme pourrie, il était le regard funeste d'une époque révolue. Le meurtrier de l'Église. Et Lucilius n'avait qu'un seul désir, c'était de faire renaître cette Église, lui redonner son rang, et le mérite que le Renégat avait détruits avec tant de hargne.
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MessageSujet: Re: Tout n'est qu'une question d'impression (PV : Alessa)   Sam 30 Nov - 2:30

La jeune fille se contenta de hocher la tête quand il la remercia, occupée à essayer de calmer le tremblement de ses mains. Elle s'en voulait d'avoir eu aussi peur pour quelque chose d'aussi petit, mais elle n'arrivait pas à s'en empêcher. La brutalité imprévue, la violence gratuite... la violence tout court en fait, elle avait vraiment du mal. Et ça n'était pas du tout à cause des souffrances physiques que cela pouvait provoquer, elle avait déjà eu mal, même parfois très mal, et même si ça n'était pas agréable (forcément), c'était une réaction physique normale... Par contre, être incapable de se tenir en présence d'autres personnes, spécifiquement en face de la haute société, c'était tellement... tellement... elle ne trouvait même pas de mot pour décrire cela.

Elle le détailla encore un moment et décidé qu'elle ne pouvait plus lui apporter d'aide physique. Visiblement il avait besoin d'autre chose que de soins basiques... probablement un quelconque opiacé. Elle n'en avait pas et n'osa pas aborder le sujet. De plus, montrer que l'on remarque facilement la signification des signaux physiques envoyés par les gens, même quand ils essayent de le cacher, n'était pas du tout dans les habitude de ceux et celles qui le pouvaient... surtout pour les nobles. Elle même, en tant que princesse, aurait dû se contenter de faire de la broderie, de respecter son père et de passer sa vie à se préparer pour un mariage arrangé avant de pondre tranquillement des héritiers à son futur mari... malheureusement, sa mère ne l'avait pas élevée comme ça et l'avait poussée à satisfaire sa curiosité depuis son plus jeune âge. Et son père ayant été un mari aimant, il avait laissé toutes les libertés qu'elle voulait à sa femme, montrant donc à sa fille une voie où la pauvre femelle qui se tait était inexistence et inintéressante. Tant pis pour les convenances, il aimait sa fille comme ça et savait qu'elle était capable de se tenir en société... la plupart du temps. De toute façon, étant donné que personne à part la famille impériale n'avait de statut plus élevé que la jeune princesse, elle pouvait bien se permettre quelques originalités.

Alessa ne releva les yeux vers ceux de Lucilius que quand il lui adressa à nouveau la parole. Après un coup d'oeil circulaire rapide, elle se rendit compte que son père avait suivit ses frères, et qu'ils étaient à nouveaux seuls. Elle poussa un petit soupir discret.


- Oui, j'y étudie la magie du sang. On peut dire que ça se passe plutôt bien, même si on aurait pu s'attendre à ce que dans cet endroit précis, je puisse m'épargner les regards outrés de personnes dégoutées par mes études... mais tant pis. Quelques uns de mes professeurs restent au moins intéressés par mes recherches... l'un dans l'autre on me laisse tranquille et c'est tout aussi bien. Si un jour je trouve un professeur compétent dans ce domaine qui n'ai pas peur d'enseigner des choses "dérangeantes" à la Princesse Nocturnae je pourrais enfin m'estimer heureuse. En attendant j'essaie d'expérimenter le moins possible, je n'ai personne pour m'enseigner comment résister à la folie.

Elle passa sur le fait qu'elle avait de toute façon déjà commencé à faire quelques expériences... et s'était arrêtée d'elle même quand les cauchemars avaient commencé. La simple évocation mentale des nuits abominables qu'elle avait passé, et qu'elle passait encore de temps en temps lui arrache un frisson violent, mais elle se reprit rapidement et sourit.

- C'est bête n'est ce pas ? Au final, seul mon rang m'interdit d'étudier ce que je veux comme je veux, alors que pour n'importe quoi d'autre il pourrait satisfaire tous mes désirs.

Elle se mit à se masser les mains, toujours aussi tremblantes. Les larmes de ses yeux avaient plus où moins reflué même si elle les laissaient toujours aussi brillants pour le moment. Ah la sensibilité des jeunes filles de bonne famille...


- Et puis il faudrait sans doutes que le fasse comme Ludwig, que j'apprenne à endurer des choses différentes de d'habitude, et que j'en voie beaucoup plus surtout... je ne risque pas d'aller bien loin si une scène comme celle que nous venons de voir me paralyse pratiquement... c'est ridicule. Cela étant je pense repartir pour Libris Umbra le plus vite possible... ce soir si mon père l'autorise. Je serais ravie de rentrer avec vous seulement...

Elle grimaça, ignorant comment sa demande allait être prise. Elle était incapable de cerner l'homme qui se tenait en face d'elle. Finalement elle leva vers lui un visage sans masque de "noble petite princesse" et lui demanda sincèrement, presque suppliante.

- Vous ne voulez pas arrêter d'être si parfait ? Pas en publique si vous ne le souhaitez pas, mais étant donné qu'il faut qu'on apprenne à se connaitre et qu'on risque de finir par se marier... eh bien... si vous pouviez être juste vous et oublier les convenances et votre nom quand nous sommes seuls je vous en serais très reconnaissante.
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MessageSujet: Re: Tout n'est qu'une question d'impression (PV : Alessa)   Sam 30 Nov - 4:56

La Magie du Sang ? Lucilius baissa les yeux sur la serviette, il comprenait maintenant — plus ou moins — pourquoi elle la lui avait rendue, comme si c'était une chose précieuse qu'il devait ranger dans un coffre-fort. Puis elle lui parla, beaucoup. Il l'écouta avec ce mélange d'intérêt léger, et de politesse. Il ne dit rien sur le fait qu'elle se passionnait pour un sujet dangereux, il avait peu de choses à contester dans son raisonnement. Pour cela, Lucilius ne la jugerait pas, la Magie du Sang n'était pas son domaine. Il en connaissait les dangers, et encore ! Il avait conscience du pouvoir de l'Ombre, qu'elle était la source de tout, et que le sang était son essence. Néanmoins, il avait une approche plus matérialiste, comme il l'avait dit à Alessa.

Il mordilla ses lèvres, puis il se rappela quand Octave avait tenté de trouver un moyen d'en faire un homme capable de tenir seul sur ses deux jambes. Son père avait mis du temps à accepter son handicapé de fils, s'il avait pu le retravailler directement à la source, il l'aurait fait. Quand il était tombé, et que sa hanche était devenue un fardeau supplémentaire, son père l'avait méprisé encore plus. Mais il avait essayé de « réparer » ça, en faisant venir un bon nombre de Prêtres pour guérir. Il était hors de question de demander ça à un scientifique !

Malheureusement, si Lucilius savait user de l'Ombre, celle-ci ne lui avait apporté aucune guérison. Les Prêtres avaient expliqué à son père que le risque était trop grand pour lui, si jamais on faisait appelle à la Magie du Sang pour soigner son coeur, et sa hanche. L'un d'entre eux avait affirmé que la raison était « la pauvreté » de son sang. Voilà, aucune guérison possible, c'était tout ce qu'il avait retenu. Depuis cet instant, Lucilius avait cessé d'espérer de mener une vie normale, puis il avait constaté en grandissant qu'il ne pouvait même pas faire l'amour à une femme. Ça l'épuisait trop.


— Oh ? Vous avez rencontré Ludwig Walhgren ? Lança Lucilius, songeur, puis il soupira : ne vous en faites pas, il n'est pas plus apte que vous à faire face à ce genre de situation. Ce garçon est trop... naïf.

Lucilius ressentait beaucoup d'exaspération pour le jeune homme ; Ludwig lui paraissait trop faible, trop gentil, trop généreux. Toutes ces qualités apparaissaient à l'Inquisiteur comme des énormes défauts qu'il valait mieux faire disparaître. Ludwig avait écouté son enseignement, malgré l'acidité de Lucilius à son égard. Ce qui l'agaçait surtout, c'était qu'il avait la sensation que s'il écrasait et jetait Ludwig dans la boue, celui-ci se contenterait d'acquiescer en s'excusant de subir une punition injuste. Ça le mettait hors de lui, autant de... passivité. Lucilius alla soupirer, quand soudain, Alessa lui demanda d'arrêter « d'être parfait ».

Un instant, son masque de politesse et de douceur se brisa, l'émotion qui transparut fut simplement la surprise. Il fixa Alessa, comme si la jeune fille venait de l'insulter pour une raison inconnue, ou idiote. La question que se posa Lucilius fut « comment ? », mais il garda pour lui. Il haussa alors les épaules, il lui fallut quelques secondes pour se reprendre. Lui qui avait été perdu dans ses pensées remarqua alors qu'Alessa ne paraissait pas se remettre de ses émotions, elle le lui avait dit, pourtant.


— Eh bien... commença-t-il, hésitant. Je vous répondrais que je suis « moi-même », comme toujours. C'est juste une conception différente des choses.

Si Lucilius montrait son véritable caractère, Alessa allait s'enfuir en courant, implorant son père de l'emporter loin de cet être exécrable et méprisable. Si Lucilius se « laissait aller » une seule seconde, il piétinerait l'image du conseilleur placide et amical qu'il renvoyait sans cesse aux autres. Et à partir de cet instant, ses émotions briseraient son corps.

Sensible, il avait appris à tout cacher pour ne pas se faire bouffer par les autres. Et de quel droit lui disait-elle cela ? Hein ? Parce qu'une épouse était obligée de connaître son mari jusqu'à dans l'os pour vivre avec lui ? La bonne plaisanterie. Un mariage arrangé n'était pas un mariage d'amour, que voulait-elle ? Tomber amoureuse de lui ?


— Mais si vous voulez savoir quelque chose à propos de moi, je vous en prie, demandez-le-moi, et je vous répondrai. Ça sera plus simple que d'obéir aux « convenances », n'est-ce pas ?

Son ton avait été parfaitement tranquille, après tout il se contentait de discuter avec elle. Mais Lucilius faisait un effort ! Enfin, c'était ainsi qu'il le concevait, puisqu'il invitait la jeune fille à « mieux le connaître ».

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MessageSujet: Re: Tout n'est qu'une question d'impression (PV : Alessa)   Sam 30 Nov - 5:30

La princesse soupira et son visage se referma lentement. Ah il était "lui-même"... si être "lui-même" signifiait se cacher en permanence derrière un masque ridicule de fausse perfection, soit. Au moins la poussait-il vaguement à essayer de le connaitre. Mais Alessa était vexée. Elle considérait qu'il refusait d'être sincère avec elle... et cela l'énervait au plus haut point. Comme si qui que se soit avait le droit de lui refuser quelque chose... ridicule.

Elle se secoua mentalement. Elle savait qu'elle avait été élevée comme ça mais depuis qu'elle s'était rendue compte qu'elle n'était pas obligée d'être une princesse gâtée à qui tout sourit, elle s'entrainait à ne pas tout prendre pour acquis. Elle ne faisait pas ça parce que c'était détestable, non, pour elle c'était normal, mais parce que pour pratiquer la magie et pour espérer réussir un jour à ce qu'on la prenne au sérieux dans ce domaine, il faudrait qu'elle arrête de faire ça. Plutôt que de prendre un air outré et de se détourner vivement comme elle avait d'abord eut envie de le faire, elle le regarda longuement sans rien dire, semblant réfléchir avant de parler (pour une fois).


- Oui, j'ai rencontré Ludwig. Je ne l'ai pas trouvé naïf d'ailleurs... gentil oui, serviable et agréable aussi. Il est comme les autres en ce qui concerne le domaine d'études que j'ai choisi, mais il avance des arguments sans se détourner d'un air horrifié comment le font les autres alors je ne peux pas lui en vouloir du tout.

Elle sourit doucement en repensant au jeune homme qu'elle avait vu l'avant veille.

- Et puis il est pratiquement comme de ma famille, ça fait du bien de pouvoir discuter avec quelqu'un qui n'a peur ni de mon nom, ni de mon père... ça change. D'ailleurs vous pourriez faire attention quand vous l'entrainez... que vous essayiez de le rendre plus fort, résistant à la douleur où aux chocs c'est votre affaire, c'est vous son professeur je n'ai rien à vous dire... mais son sang est le plus précieux de tout l'Empire... évitez de le faire couler si possible, et sinon, ne le laissez pas à la portée de n'importe qui, des mages du sang mal intentionnés pourraient très bien s'en servir pour faire des choses atroces...

Elle était toujours en colère... il refusait de se dévoiler, il faisait couler le sang de la famille impériale, il se cachait derrière un masque suintant la douceur et la gentillesse alors qu'elle pouvait voir tellement de choses derrière... elle fronça les sourcils.

- Je peux poser des questions ? Très bien... je ne le ferais que quand nous serons seuls, et comme c'est le cas pour le moment je vais en profiter. Pourquoi l'opium ? Simplement à cause de la douleur où pour d'autres raisons ? Quelle quantité ? Quelle fréquence ? Là vous êtes en manque... il va vous en falloir quand avant que vous ne deveniez fou ?

Elle se retourna et contempla une seconde le tableau qui se trouvait derrière elle.

- Toute cette haine que vous cachez, qu'elle soit pour des morts où pour des vivants, est ce qu'elle vous aide à vivre où est ce qu'elle vous ronge ? Lucilius... je ne porte pas de jugement sur les gens et n'en porterais pas sur vos réponses, si vous acceptez de me les donner. Sachez simplement que si c'est le cas... j'en aurais beaucoup d'autres.
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MessageSujet: Re: Tout n'est qu'une question d'impression (PV : Alessa)   Sam 30 Nov - 12:20

Lucilius manqua de rire au nez de la jeune fille, elle lui en voulait parce qu'il avait fait couler le Précieux Sang impérial ? Et alors ? Il fallait que Ludwig s'endurcisse ! Et il était là pour cela. Lucilius ne l'interrogea pas sur leur « relation », ça ne l'intéressait pas plus que cela. Du moment que Ludwig ne couchait pas avec elle, ça allait, se disait-il. De plus, il préférait poser les questions à Ludwig, ses réactions seraient plus amusantes que celles d'Alessa.

Il posa son menton sur son poing, observant toujours ce tableau maudit ; les paroles de l'adolescente pénétraient ses oreilles. Il fronça les sourcils quand elle mentionna l'opium, comment l'avait-elle deviné ? Sans doute grâce à sa figure harassée, ses joues creuses, ses yeux injectés de sang, en partie à cause de la fatigue. C'était exaspérant, ce « don » à deviner ses pensées. Pourtant, il garda son masque, il semblait juste un peu plus blasé qu'à l'habitude. Il finit par soupirer :


— Je ne saurais vous dire la quantité et la fréquence, j'en prends quand j'ai beaucoup trop mal. Quand je reste trop longtemps debout, par exemple, ou quand je fais trop d'efforts. Ça permet de rendre la chose plus supportable.

Lucilius ne mentait pas — au moins — sur ce point. L'opium était avant tout un moyen de temporiser sa hanche, il ne respirait pas mieux après, cependant. Mais au moins, il pouvait avoir l'impression de ne plus ressentir la douleur, ce qui était déjà très bien.


— Je ne suis pas en « manque » dans le sens où je vais faire une crise si je n'en ai pas. Je suis surtout épuisé. Mais ça, je pense que tout le monde l'a remarqué.

Petite phrase sarcastique, pas réellement à l'égard d'Alessa. Lucilius frotta ses yeux, la lumière des chandeliers le dérangeait. La soirée avait pris une drôle de tournure, qu'il n'appréciait pas forcément. Ce n'était pas très agréable de se faire décortiquer de cette manière. C'était même très enrageant. Il refusait de reconnaître qu'Alessa avait raison sur ce point, que s'ils se retrouvaient marier l'un à l'autre, il faudrait qu'ils se connaissent, mais Lucilius n'en avait pas envie.

Comme déjà dit, il lui portait intérêt seulement par politesse, même si son père le « convainquait » de faire son possible pour la séduire. Lucilius passa une main dans sa chevelure blanche, il était censé faire comment ? Cette question revenait sans cesse, frappant son crâne sans aucune délicatesse. Parce qu'il fallait bien l'avouer, l'Inquisiteur avait trop peu d'atouts pour espérer la faire tomber amoureuse de lui. Il était maigre, ses membres étaient raides comme ceux d'un cadavre, son visage n'avait aucune trace de couleur, et il avait cette abominable cicatrice au coin de la bouche. Il mordit encore sa lèvre, persuadé que c'était déjà perdu d'avance. Mais son père...


— La haine ? Lucilius poussa un soupir.
Vous ne pouvez pas savoir ce que c'est ; dans mes veines coule le même sang que Marius De l'Ombrage, celui qui a violé le Saint-Ordre. C'est une véritable honte qu'un tel homme fasse partie de notre famille. Imaginez si l'un de vos ancêtres avait tué un Empereur ou un Haut-Prêtre, et vous aurez plus ou moins l'idée de mon ressentiment. Si votre nom est difficile à porter, mon cas est pire, car j'ai le sang d'un traître. Il ne s'est pas contenté de cracher sur notre famille, il a tout fait pour détruire l'Église. Un De l'Ombrage !

La voix de Lucilius était restée un murmure, seulement, elle était montée d'un cran par moment. Les deux mains posées sur la canne, il avait les doigts crispés, et des douleurs dans les épaules. Il tremblait aussi un peu, à la fois par la fatigue, et par la colère sourde qui était en train de gronder dans son être. Sa respiration redevint plus haletante, qu'allait faire son père de l'intrus ? Qu'allait-il faire à sa soeur ? Lucilius ne parvenait pas à le deviner, jamais il n'avait réussi à percer le mystère qu'était son père. Il avala un peu d'eau, puis il ajouta :

— Et vous Princesse, pourquoi vous acharnez-vous autant à faire des recherches sur la Magie du Sang ?

« Acharner », c'était le mot. Parfois, Alessa paraissait être sur le point de tuer pour comprendre comment fonctionnait cette « science ». Du moins, c'était l'impression qu'elle le lui avait donné.
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MessageSujet: Re: Tout n'est qu'une question d'impression (PV : Alessa)   Sam 30 Nov - 22:17

Après avoir pesé le pour et le contre, la jeune Princesse décida qu'elle était satisfaites des réponses de Lucilius, et qu'elle n'était presque plus en colère contre lui. Elle hocha la tête en guise de témoignage de son attention sans pour autant faire de commentaires sur ce qu'il lui disait à propos de l'opium. Après tout c'était lui que cela concernait, pas elle... même s'ils finissaient par se marier un jour, ce dont elle doutait férocement, cela ne serait pas son problème à elle. Et puis il faisait ça surtout pour la douleur visiblement, donc il avait une raison valable contrairement à la plupart des gens qu'on trouvait avachis sur des sortes de canapés en train de parler au néant pendant des heures...

Alessa l'avait écouté silencieusement pendant qu'il parlait de Marius. Elle ne montra pas le moindre signe de mécontentement, et elle ne voyait pas pourquoi elle l'aurait fait... après tout elle était d'accord avec lui. Elle connaissait l'Histoire et avait lu pas mal de choses au sujet de ce jeune homme qui, venant de la famille De l'Ombrage, avait finit par trahir l'Église, sa propre famille... et pour finir, l'Empire tout entier. Ce type avait été l'une des pires plaies de toute l'histoire de l'Empire, et en plus il n'avait même pas fait tout cela avec classe. La jeune fille comprenait très bien ce que devait ressentir Lucilius... surtout vu le lien particulier qu'entretenait cette famille avec l'Église depuis toujours, le même genre de lien que celui que sa famille à elle avait avec cette même institution. Ça n'était pas tout à fait la même chose mais on pouvait trouver des similitudes.


- Vous avez raison, je ne sais pas ce que c'est. Mais c'est quelque chose que je comprends tout à fait... d'autant plus que le sang d'une famille n'est pas quelque chose que l'on puisse "laver". Quand je parlais de haine je ne parlais pas simplement de ce tableau où de cette... personne... vous me donnez l'impression de détester beaucoup de personnes, beaucoup de choses... probablement vous-même également. Mais je m'avance peut-être un peu.


Le ton de sa voix, le choix des termes employés, le sujet évoqué... tous ces petits détails donnaient à Alessa des indications sur Lucilius. Elle savait par exemple qu'il était plus sincère et honnête là maintenant tout de suite qu'il ne l'avait été depuis le début de leur "rencontre"... Puis il aborda le sujet de ses études. Et le pourquoi de celles-ci surtout... elle n'avait pas vraiment l'habitude qu'on lui pose cette question. Ludwig l'avait fait, mais elle n'avait pas vraiment été précise avec lui. Elle dévisagea longuement l'inquisiteur pendant qu'elle cherchait comment expliquer ça clairement.


- Je m'acharne parce que je manque de temps... la vie est courte Lucilius, et ce domaine particulier en est à peine, et depuis tout ce temps, au stade de la découverte et de l'expérimentation. Je n'ai pas de temps à perdre si veux veux espérer réussir à faire aboutir mes recherches avant que la folie ne finisse par me ronger, et je sais qu'elle le fera.

Elle reprit doucement son souffle.

- Je veux réussir à écouter ce que les Ombres des défunts ont à dire après leur trépas. Ce qu'ils n'ont pas eu le temps de dire où de faire, ce que des ennemis de l'Empire essaie de cacher en mettant fin à leur jours quand ils se font arrêter, toutes ces choses que la mort de ceux qui savent nous arrachent alors que la connaissance est l'une des choses les plus importantes au monde. Je veux savoir si l'Ombre peut se mêler et se mélanger, si l'Ombre de quelqu'un peut traverser les générations de manière passive et ne se réveiller qu'à un moment précis, si elle peut influencer les gens d'une certaine manière... c'est compliqué à expliquer, j'ai déjà du mal à savoir clairement ce que je veux dans ce cas précis, mais il y a d'autres raisons. Je veux savoir s'il est possible de faire changer des choses en passant par le sang... un trait de caractère, une allégeance, une personnalité, une dépendance... pourquoi pas même un problème physique ou mental.

Elle s'appuya le dos contre la table, l'air pensive.

- Il y a tellement de choses à aborder, à voir et à essayer. Pour l'instant le pouvoir ne m'intéresse pas... mais ça viendra. Cela frappe toujours ceux qui s'absorbent dans l'expérimentation de la magie du sang. Et je veux avoir mes réponses avant que cela n'arrive, avant que la folie ne me fasse perdre toute lucidité et que je finisse par oublier les raisons qui m'auront poussée à me lancer sur cette voie là.

Elle sourit doucement.

- Et je sais qu'elle finira par me ronger. J'ai seulement fais une ou deux expériences toute seule et des cauchemars ont commencé à ronger mes nuits et à entamer mon repos. Moins maintenant, mais ils continuent de revenir régulièrement... quand j'aurais avancé dans mes recherches et que je commencerais à expérimenter sérieusement... ça ira surement très vite.
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MessageSujet: Re: Tout n'est qu'une question d'impression (PV : Alessa)   Dim 1 Déc - 3:37

Et Alessa s'étonnait qu'on l'empêchait d'étudier la Magie du Sang ? Lucilius eut un sourire, il manqua de rire ouvertement. Parce qu'en plus elle avait conscience que ça finirait par la rendre folle ? C'était sa curiosité sa véritable démence. Elle voulait tout perdre pour des recherches inutiles ? Se demanda-t-il, alors que son sourire disparaissait. Il pensa que la jeune fille était idiote pour se perdre dans de telles recherches, c'était plus que mettre son existence en danger, c'était mettre aussi la réputation de sa famille au bord du gouffre. Mais peut-être que pour elle, ce n'était pas « si grave ».

Néanmoins, ce qui la préoccupait n'était pas sans intérêt. Si l'essence de quelqu'un pouvait traverser les époques, par exemple, c'était amusant comme théorie. Lui pourtant, jamais il ne prendrait le risque de se lancer dans ces recherches-ci. Il ne l’empêcherait pas plus, Lucilius comptait en tirer profit, qu'importe que la folie ou le malheur ne touchât l'adolescente, ou non.


— Une ou deux expériences ? Lui demanda-t-il, curieux.

D'après ce qu'il savait, il y avait eu ce Prêtre, Zélig Faoiltiarna qui était parvenu à créer des... marionnettes, ou quelque chose du genre, à partie de l'Ombre. Mais il était devenu, comme bon nombre de Prêtres liés à la Magie du Sang, complètement taré. Malgré la relation étroite qu'entretenait sa famille avec l'Église, jamais ils ne s'étaient approchés de ce genre de Magie. Sa famille produisait la police de l'Église, pas des érudits.

C'était un devoir de servir l'Église, de mourir pour elle ; le reste n'avait pas — ou peu — d'importance. Et Lucilius avait accompli ce devoir, mettant sa vie en jeu, pariant avec la mort, et surmontant tous les obstacles possibles. Il frissonna, songeur. S'il parvenait à épouser Alessa, que ferait-il d'une épouse totalement désaxée ? Il l'enfermerait dans une cave en espérant que ses crises d'hystérie allaient passer ? Il souffla du nez. Pourquoi pas. Du moment qu'elle lui donnait des mômes, ça irait. L'épouser, la féconder au moins une ou deux fois, c'était ce que son père voulait probablement. Qu'elle devienne folle après, qu'importe !


— Et donc... vous vous entêtez dans ses recherches, en sachant tout cela ? Et votre famille ? Fit-il en frottant ses yeux.Je veux dire... vous êtes une Nocturnae, votre famille a besoin de vous.

« Allez... faisons un petit discours moralisateur ». Et puis, même si Lucilius donnait toute son énergie pour lui faire changer d'avis, il savait qu'il ne perdrait que son temps. Alessa ne paraissait pas écouter les autres sur ce sujet-là, en même temps à l'adolescence, refuser d'entendre la voix de la raison, c'était courant. Et puis, il fallait aller contre ce que voulait la famille, tout ça, la Magie du Sang n'était peut-être qu'un prétexte ? Alessa était assez gâtée par son père et ses frères, d'après ce que Lucilius avait pu voir. Ce ne serait pas si étonnant alors, si elle désirait se lancer dans des recherches dangereuses, et qu'on lui interdisait.

Il mordilla ses lèvres, puis il but une gorgée de vin. Il en servit ensuite un verre à Alessa, il étendit ensuite sa jambe gauche pour temporiser sa souffrance. S'il ne pouvait pas fumer de sa tendre opium, l'ivresse lui apporterait un autre réconfort. Alors il avala en une seule gorgée pour se servir encore du vin. Il lécha une goutte tombée sur sa lèvre, puis il reposa le verre en se tournant vers la porte. Ils n'étaient toujours pas revenus, le silence paraissait engloutir toute la demeure. Ça lui donnait l'impression d'être seul au monde, en compagnie d'Alessa.


— Je vais cependant vous donner un conseil, Princesse. Déclara-t-il soudain. Faites attention à ce que vous dîtes. Vous m'avez reproché d'avoir « gâché » le sang précieux du petit Ludwig, « petit » sonnait méprisant dans sa bouche, mais vos intentions sont bien plus graves. Ne criez pas sur tous les toits que vous voulez pratiquer la Magie du Sang. Même au saint de notre ordre, on ne sait jamais ce qui pourrait arriver si une personne mal intentionnée apprenait qu'Alessa Nocturnae se passionnait pour la Magie du Sang. Votre nom est important, on risquerait de vous utiliser contre votre gré. Confiez cela... aux personnes de confiance, et dissimulez-le, surtout.

Lucilius avait pensé ce qu'il venait de lui dire, son conseil était sincère — miracle. Il n'ajouta pas toutefois que cet intérêt pouvait salir la réputation de l'adolescente, qu'il valait mieux pour elle de faire croire qu'elle préférait la broderie aux cadavres égorgés. Ce point-ci lui paraissait trop évident pour qu'il le formule.
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Intellectuelle

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MessageSujet: Re: Tout n'est qu'une question d'impression (PV : Alessa)   Dim 1 Déc - 13:05

- Disons une ou deux expériences concluantes... les autres ne le furent pour ainsi dire pas. Où presque...

Elle se mordilla la lèvre, hésitant à lui en parler... mais après tout pourquoi pas. C'était elle qui lui demandait d'être sincère après tout, autant montrer l'exemple non ? D'autant plus que pour une fois, il ne faisait pas vraiment de remarques déplacées, ça la changeait...


- J'ai réussi à quelques reprises à animer un cadavre à partir de mon sang, de mon Ombre... ce n'était pas ce que je voulais faire à la base mais c'est cela que ça a donné. Une fois, une seule, j'ai cru entendre quelque chose, une sorte de voix dans ma tête, mais je ne peux pas en être sure, je n'ai pas compris les mots... et de toute façon c'était peut-être un écho de la folie qui finira par me ronger un jour. Une autre fois, l'ai laissé couler plus de sang que d'habitude en essayant de me "lier" avec les cadavres de terroristes lors de la bataille qui s'est déroulée sur la Place des Trois. Je voulais essayer d'entendre leurs plans, la position des chefs du mouvement... je n'ai rien entendu mais j'ai été prise de vertiges. Avec le recul je me dis que c'était peut-être trop d'un coup... où que ça a juste totalement échoué et que c'est la douleur, où la perte de sang qui ont causé ça... je ne le saurais jamais... en tout cas pas avant d'avoir réessayer mais il faut que j'apprenne à me protéger avant ça. Pour être efficace j'ai besoin de dormir. Si je passe mes nuits à me réveiller en hurlant et que je mets à chaque fois un temps monstre pour comprendre que ce qui me terrifiait n'était qu'un mauvais rêve, je n'y arriverais jamais...

Elle se racla la gorge, gênée de déballer tout ça à un parfait inconnu... parce qu'au final c'était ce qu'il était. Elle le regarda un instant puis se remit à contempler le sol...

- Je suis d'accord avec vous, ma famille a besoin de moi. Mais pas comme elle l'entend. J'ai également besoin de faire ces recherches pour...

Grande inspiration.


- Il faut que nous sachions, eux et moi, qui je suis. Si je ne suis qu'Alessa Nocturnae, descendante d'une famille aussi vieille que l'Empire, Princesse de sang originale mais "tout à fait charmante"... où si je suis quelque chose d'autre.

Elle sortit un médaillon de son corsage et le lui tendit. Il contenait un portrait miniature d'une jeune fille qui semblait être Alessa. Même yeux, même cheveux, même visage, même expression faciale... la même, exactement la même. La même mèche rebelle au niveau de la tempe droite... tout... sauf que ledit portrait semblait avoir plusieurs décennies, probablement plus encore.


- Il date de la période de l'Empereur Bâtisseur. C'est la princesse Azhran Nocturnae. Beaucoup de livres parlent d'elle, vous avez peut-être déjà vu son nom. Depuis qu'ils ont remarqué la ressemblance, la plupart des membres de ma famille considèrent que je suis Azhran, que son Ombre a attendu passivement tout ce temps pour réintégrer le corps qui lui convenait.

Elle sourit.


- En temps normal cela me ferait juste rire. Les superstitions ont la peau dure, et se serait sans doutes drôle de jouer de cette ressemblance mais...

Elle se crispa légèrement.


- Je rêve d'elle depuis des années, avant même que l'on commence à dire que je lui ressemblait elle était déjà dans ma tête, dans mes rêves... comme si j'étais elle parfois, comme si je la regardais pour les autres moments. Je n'avais jamais compris qui c'était ni pourquoi ces rêves avaient l'air si réels, si... proches. Je veux savoir ce que c'est. Et si ma famille ne m'empêche pas de faire tout ça, c'est à cause d'elle. Comment empêcher une Princesse de plusieurs siècles de faire ce qu'elle veut n'est ce pas ? Surtout si cela touche au domaine de l'Ombre... Je déteste ça...

Elle toussa histoire de reprendre une contenance. Révéler tout ça l'avait glacée jusqu'au plus profond de son être... ce sujet la glaçait toujours, c'était comme si toute la pièce était soudainement prise par les glaces... elle en grelottait réellement, physiquement. Elle croisa les bras pour cacher qu'elle avait la chair de poule, même si cela se voyait quand même, pour le principe...


- Je... oh...

Elle prit une expression de petite fille qui s'est faite attraper en train de voler un morceau de sucrerie...

- Je dois avouer que je n'avais jamais vu les choses sous cet angle... il me déplairait beaucoup de servir des gens douteux, où de porter préjudice au reste de ma famille disons... ouvertement, voir presque exprès, par simple négligence. Je suivrais vos conseils... je ferais attention à ne rien révéler.


Elle eut un sourire gêné.

- Et euh... merci.
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MessageSujet: Re: Tout n'est qu'une question d'impression (PV : Alessa)   Lun 2 Déc - 8:06

Lucilius peinait à croire tout ce que lui dévoilait Alessa, on la prenait pour la réincarnation de la Princesse Azhran ? Quelle belle plaisanterie. Il ne pouvait pas imaginer que l'Ombre put traverser les âges, se transmettre dans le sang pour revenir sous une forme, ou une autre. Il n'avait jamais vu un tableau d'Azhran, il ne pouvait donc pas saisir l'importance de cette ressemblance. Pour lui, il avait bêtement l'impression que sa famille débloquait.

Et puis encore ? Si elle s'était réincarnée en Alessa, alors c'était Marius qui s'était réincarné dans ses soeurs ? Ça lui donnait envie de rire, cette histoire. Pourtant, rien ne sortit de sa bouche, aucun son, aucun mot ; il resta passif, écoutant l'histoire de l'adolescente. Il trouvait ça de plus en plus... absurde. Mais soi ! Qu'elle s'abandonne à la folie pour un but stupide, ça ne le regardait pas. Et puis, quand bien même, il aurait tenté de la persuader d'arrêter, elle l'aurait rangé dans la catégorie de ces chieurs lui répétant toujours les mêmes discours. De plus, d'après ce que Lucilius voyait, Alessa était plutôt entêtée. Ils étaient deux, mais Lucilius détestait s'épuiser pour rien.

Enfin pour soutenir ses propos, elle lui présenta dans un médaillon le portrait en question. Lucilius fronça les sourcils, ses yeux allèrent d'Azhran à Alessa, une fois encore, il garda le silence. Il ne trouvait pas la ressemblance si frappante, elle lui paraissait surtout normale. Au moins, on pouvait affirmer que du sang Nocturnae coulait bien dans les veines de l'adolescente. Ses soeurs n'avaient pas les cheveux gris, comme son père, comme sa cousine ; lui, il avait fini par se les teindre durant l'adolescence afin de crier haut et fort qu'il appartenait à la famille De l'Ombrage.

Alors ce détail lui faisait remettre en doute l'origine véritable de ses soeurs, et parfois de lui-même. Il mordilla ses lèvres, repoussant cette idée en se persuadant que son père avait trop d'autorité pour que sa mère cherchât à le tromper. Malgré tout, c'était elle la responsable de son coeur malade, et de ses os fragiles. Et les rêves dont elle lui parlaient ? Que pensa Lucilius à ce sujet ? Oh... il se dit qu'elle avait dû voir quelques fois le visage de son ancêtre, et qu'il lui était apparu en rêve, voilà tout. Pourquoi les gens se prenaient-ils au jeu des superstitions ? Il n'y avait rien de plus ridicule que de s'avancer dans des théories de ce style.

Quand Alessa le remercia pour ses conseils, Lucilius haussa les épaules en souriant, comme s'il paraissait lancer : « de rien ». Il but du vin, puis il observa son assiette un moment. Il ne savait plus trop quoi penser exactement de ce mariage, même si épouser une gamine de seize ans lui posait toujours problème. Passer le reste de ses jours avec la même personne, ça l'effrayait. S'embourber dans les mêmes habitudes, subir encore et encore le même jour, sans changement, ou très peu. Cette vie-ci lui paraissait tellement merdique, et pourtant ! Il devrait s'y plier pour son père. Lucilius agissait toujours en fonction de son père, si celui-ci lui ordonnait de se couper un bras, il le ferait, car c'était son père.


— Faîtes juste attention à vous, fit-il.

Lucilius lécha ses lèvres, il jeta un regard au tableau, pensant encore à ce qu'Alessa venait de lui avouer. Bah... de toute façon, il était de ceux qui croyaient en ce qu'ils voyaient. Lucilius se laissa aller contre le dossier de la chaise, il joignit ses mains, puis il réfléchit pendant un moment.

— Avez-vous parlé de cela au petit Ludwig Whalgren ?

Que ferait ce jeune homme en sachant cela ? Lucilius l'imaginait mal s'en servir contre Alessa, sans doute l'avait-il « grondé ». De plus, ça l'ennuyait plutôt qu'il eut rencontré l'adolescente avant lui, c'était comme si on mettait sur la route de Lucilius un énorme barrage. Si pour une raison stupide Ludwig désirait épouser Alessa, ça contrarierait les plans de son père, et donc par extension lui-même. La situation s'annoncerait alors compliquer ! Devoir disputer Alessa avec son élève l'emmerderait, et l'épuiserait surtout.

Enfin... Ludwig montrait au final trop de passivité pour qu'il craignit de perdre Alessa, au pire il aurait juste à le prévenir de ne pas la mettre dans son lit. Ludwig acquiescerait probablement sans oser le contrarier, ce garçon lui paraissait vide, niais, gentil, docile... tout ce qui l'énervait. Paradoxalement, c'était le comportement que Lucilius adoptait en société ; la différence — importante — était qu'il ne donnait qu'une image de ça, il n'était pas viscéralement candide et doux. Bien au contraire. Le monde n'était qu'un jeu d'image et de reflets, qu'il fallait façonner à coup de griffes et de crocs. Que craignait-il alors d'un type aussi fade ?

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Tout n'est qu'une question d'impression (PV : Alessa)

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