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 People are strange, when you're a stranger. [PV Laurenz]

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Duchesse-Commandante

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MessageSujet: People are strange, when you're a stranger. [PV Laurenz]   Ven 23 Nov - 0:56

Laurenz m'a fait appeler au Palais. Oui je nomme mon supérieur par son prénom, mais depuis le temps qu'on se connaît au sens biblique du terme, je peux bien me permettre. Bien sûr je lui donne du titre en public, mais on ne trompe personne. De toute façon, globalement les gens s'en foutent. La seule chose qui pourrait les intéresser, les gens, c'est de savoir si cette liaison a eu un fruit. Un bâtard Walhgren. Histoire de le faire mourir prématurément ou de comploter en le prenant en compte. De belles et nobles affaires de ce genre là, où on aime voir traîner son enfant de dix ans quoi.
Je n'ai jamais dit à Laurenz qu'il était père.

J'avais mes raisons, à l'époque, des raisons qui me semblaient parfaitement valables. Déjà, à l'époque, j'étais toujours liée à ma famille et le mariage avec des enfants légitimes et tout ça aurait trop bouleversé les lignes de succession et les héritages. Il m'était vivement recommander de m'abstenir. Un bâtard par contre... tant qu'il était élevé sur mes deniers et ne prétendait à rien d'officiel, ça ne dérangeait personne. Connaissant Laurenz, il n'aurait peut être pas compris la nécessité de ce non-héritage.
Ensuite, il y avait l'âge de Laurenz à l'époque et le mien. Nous nous « fréquentions » depuis peu et à l'époque il avait... dix huit ans. Moi j'en avais vingt neuf. Il y a des choses qu'on envisage plus facilement à vingt neuf qu'à dix huit, tu comprends. Quand je me suis aperçu que j'étais enceinte, j'ai pas eu le cœur de me refuser cette expérience là, malgré le sens du devoir et tout ça. Et comment expliquer à un si jeune homme que si lui avait toute la vie devant lui pour ce genre de chose, moi il ne me restais qu'une poignée d'année où j'aurais encore la capacité de concevoir ? Je ne fais pas parti de cette catégorie de femme aux hanches larges qui tombent enceinte de triplés à chaque fois qu'elles baisent, voilà. C'est triste à dire mais c'est comme ça. Je n'ai pas eu le courage de lui demander son avis de peur qu'il refuse. Qu'aurais je fait face à un refus direct de mon supérieur hiérarchique ? Et puis je n'étais pas encore Duchesse-Commandante à l'époque, si il avait voulu « officialiser » tout ça je serais probablement devenue épouse d'un membre de la famille impériale, à faire de la broderie et ce genre de connerie là. Hors de question.
Mais les choses ont changés, et mon point de vue aussi. Il a vingt huit ans maintenant et l'enfant en a dix, ce ne sont pas mes petits jouets et mes plaisirs secrets, mais des personnes avec leurs vies et leurs aspirations à eux. Et je ne suis pas immortelle. J'ai pris conscience de ça avec l'attentat de l'autre jour. Néanmoins, je ne suis pas naïve, je ne pense pas que Laurenz accueillera la nouvelle avec plaisir et comprendra directement les raisons qui m'ont poussé à cacher sa paternité, alors j'ai caché l'enfant. On ne sait jamais. C'est un enfant Walhgren, enjeu de pas mal de chose. Le seul neveux de la future impératrice, qui n'a pas encore d'enfant, déjà. Autant lui accrocher une cible au dessus de la tête, et hors de question qu'on me l'enlève. J'espère que Laurenz ne lui voudra pas de mal, je comprendrais qu'il m'en veuille, mais je ne veux pas qu'il souhaite la mort de l'enfant. Bordel de merde.
Je suis introduite dans ses appartements, et une fois les serviteurs partis je peux le prendre dans mes bras. Le sommet de mon crâne lui arrive au niveau de la clavicule. Laurenz était parti en voyage longtemps et le voilà de retour, je suis heureuse malgré tout de l'avoir près de moi. A chaque fois que je le revois j'ai la satisfaction de toujours le trouver beau et fort. Après il a d'autres attraits mais hum... je garde ça pour plus tard. Ou pour plus jamais, si ça se trouve. Ça me manquerait.
Je mène pas large, et Laurenz doit le sentir, mais il est naturel de pas se sentir bien avec sa conscience quand on va avouer qu'on a fait un enfant dans le dos à quelqu'un. Je me décolle à regret de mon amant.

- Laurenz... je dois vous parler de quelque chose. Je vous ai... menti par omission, pendant longtemps. L'attentat m'a fait réaliser qu'il fallait que je vous dise la vérité. Laissez moi expliquer jusqu'à la fin sans m'interrompre s'il vous plaît, sinon j'ai peur de manquer de courage.

Je rassemble mon courage et un peu d'air avant de me lancer dans le vif du sujet. Tourner autour du pot des heures n'a jamais été mon truc. Je recours au protocole, comme tout le monde, mais aucun point de l'étiquette ne précise comment avouer à quelqu'un qu'il est père pendant dix ans sans le savoir. J'opte pour la méthode « ça passe ou ça casse ». Laurenz n'a jamais aimé l'hypocrisie et les manières détournées de toute façon. J'aime ça. C'est son caractère complexe et ses émotions brutales qui m'ont plu à la base – enfin à la base de base, avant même de connaître son nom, c'est le galbe de ses fesses qui m'a fait tout chaud en bas, pour être honnête, mais ça commence toujours sur ce genre de bêtises pas vrai ? Enfin bref. Je commence par quel bout ? Le début de l'histoire sans doute, pour avoir un contexte et pas lui balancer dans le museau « coucou t'es papa ».

- Vous... vous souvenez de quand on s'est rencontré ? Vous aviez dix huit ans et... j'étais disons un peu plus âgée et quand on vieillit on a différentes aspirations qu'avant, d'autres craintes aussi et... enfin je ne raconte pas dans l'ordre là, attendez. J'essaye de constituer à l'avance des phrases qui sonneraient bien, comme pour un discours aux gardes, mais tout ce que mon cerveau arrive à me communiquer c'est « tu es dans la merde ma grande ». Je continue donc de parler en improvisation, donc, d'une voix de gamine qui a fait une bêtise – je m'horrifie de m'entendre parler d'ailleurs – et avec un tempo de plus en plus rapide. Enfin quelques mois plus tard nos rencontres ont... donné un fruit, à ma plus grande surprise, et je n'ai pas eu le courage de solutionner le problème de la façon la plus raisonnable, voilà. Et le-dit problème a maintenant neuf ans, vos yeux, et demande à connaître son père. Je n'espère pas que vous me pardonniez un mensonge pareil, mais à l'époque je... j'avais ce qui me semblait de bonnes raisons pour ne pas vous en parlez. Peut être que j'aurais pu le faire plus tôt mais... c'est dur. Ne lui nuisez pas s'il vous plaît !
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MessageSujet: Re: People are strange, when you're a stranger. [PV Laurenz]   Dim 25 Nov - 4:31

Laurenz venait à peine de regagner la Capitale qu'il devait déjà en considérer la plus sombre vermine. Que celle-ci croie possible d'apparaître en armes au beau milieu du District de la Place des Trois montrait bien qu'ici, des mises à mort se perdaient. Qu'elle ait de surcroît attenté contre l'autorité même de la ville – et plus que cela : attenté à la vie de celle qu'il avait pour amante depuis dix ans – achevait de le rendre furieux et déterminé à faire sentir qu'il était maintenant revenu.

Dès qu'il en eut terminé avec les gardes impériaux chargés de lui rapporter l'événement – il avait dû insister avec humeur pour connaître la source de leur embarras, à savoir les charmantes paroles qui avaient accompagné le premier tir – Laurenz manda la Duchesse-Commandante au Palais et profita de l’entre-temps pour faire appeler trois inquisiteurs dans ses appartements. La main au côté, sur la garde de son épée, il leur donna ses ordres en les regardant tour à tour au fond des yeux :

« L'attaque anti-Géno dont son Excellence a publiquement été victime est inadmissible et ne doit pas rester impunie. De ce fait, y voir une offense personnelle pour justifier la nécessité de votre intervention est un confort dont je ne me priverai pas. » La colère durcissait perceptiblement sa voix et ses traits. Il prit un ton plus vindicatif. « Je veux d'abord que vous enquêtiez. Tâchez de déterminer qui, de près ou de loin, a été impliqué dans cet attentat. Respectez cependant la politique de mon oncle : si des noms importants devaient surgir, contentez-vous de les lui communiquer. Quant aux autres... Traquez-les jusqu'au dernier. N'épargnez personne. Ensuite seulement, engagez-vous dans une purge plus étendue. Supprimez ceux qui peuvent être supprimés. Du moins, faites en sorte d'entretenir parmi eux un sentiment permanent d'insécurité ; que la peur prenne progressivement le pas sur leur hardiesse ; qu'ils sachent et sentent au plus profond de leur être que rien ni personne au sein de notre Empire ne saura les protéger durablement. Je me fie à votre efficacité et à votre discrétion. À présent, allez ! »

Imprégnés de son aura de pouvoir, les inquisiteurs s'inclinèrent et disparurent sans un mot. En vérité, il semblait à Laurenz que rien de tout cela ne suffirait. Il s'agissait encore d'une action où les apparences devraient être ménagées ; une action qui, selon lui, n'était toujours pas à la hauteur des crimes que ces charognes avaient commis. Mais retrouver son oncle et son frère tempérerait sans doute l'ardeur de son caractère et de son comportement ; et la présence de Shéhérazade, la satisfaction qu'il aurait de la voir saine et sauve – il n'ignorait pas les risques auxquels sa nature de Géno exposait son entourage et se savait en partie responsable de l'attentat – promettaient déjà de décrisper peu ou prou les tensions physiques et psychologiques qui le constituaient.
… S'il avait su. S'il avait ne serait-ce que soupçonné ce qui était sur le point de lui tomber dessus.

Laurenz finit par recevoir Shéhérazade dans son bureau. La première chose qu'il fit, alors que les serviteurs se retiraient, fut de laisser couler sur tout son corps l'insistance inquiète et sévère de son regard, comme pour vérifier l'intégrité physique de ce qu'il estimait lui appartenir. Il demeura silencieux ; mais, content de la retrouver telle qu'il l'avait laissée après de nombreux mois, son humeur s'adoucit un peu. Il la désira. Lorsqu'elle vint contre lui néanmoins, il ne prit pas conscience qu'il avait malgré tout oublié de lui sourire ; et avec une lenteur qui aspirait peut-être à cacher son soulagement, il se contenta de refermer puissamment ses bras autour d'elle. Son étreinte n'avait rien de tendre, ni d'amoureux ; elle était ferme et protectrice, comme hermétique aux dangers et aux craintes. Il avait trop vécu dans la violence pour être vraiment capable de douceur ; c'était sa force qui, à la place, se chargeait de rassurer ; et si l'on disait « caresser d'une main, frapper de l'autre », lui frappait ordinairement des deux : son amour ne se mesurait qu'à la rage qu'il déployait à le défendre. La réserve de Shéhérazade, à cet égard, lui était salutaire ; au temps de leur rencontre surtout, il avait trouvé en elle une partie de l'équilibre qui lui manquait alors. Et pourtant.

Comme il envisageait de donner une couleur un peu plus franche à leurs retrouvailles avant d'en arriver aux sujets moins réjouissants – il n'avait aucune espèce de subtilité lorsqu'il s'agissait de rapprochements charnels, et ne cherchait nullement à en avoir par ailleurs – il perçut qu'elle ne s'était pas tout à fait abandonnée à lui. Tandis qu'elle s'écartait, l'impatience lui froissa la bouche, et l'aveu qu'elle annonça aussitôt lui fit arquer un sourcil.

« Je vous écoute... » dit-il avec une suspicion qui grandissait déjà.

Comme par instinct, il s'était éloigné à son tour et avait lentement contourné le bureau pour se retrancher derrière, sans cesser de la regarder. À quel sujet avait-elle bien pu lui mentir ? Plusieurs raisons le tenaient éloigné de la vérité. Ce qui avait fait de lui l'amant régulier de Shéhérazade, c'était aussi leur condition de militaire à tous deux. Il lui avait toujours supposé assez de jugement pour admettre elle-même que, dans le cadre de son ascension professionnelle et de l'exercice de ses fonctions, elle n'était pas la mieux placée pour assumer un enfant – et surtout pas le sien, quand il était plus susceptible qu'un autre de faire une veuve et un orphelin. Elle lui avait toujours semblé si indépendante – au point de l'exaspérer parfois – qu'il ne lui avait jamais imaginé d'autre ambition que d'être celle qu'elle était aujourd'hui, la Duchesse-Commandante au service de l'Empire, satisfaite de son pouvoir, qui avait rompu avec les siens et n'aspirait à aucun autre enchaînement familial.
Laurenz n'ignorait pas la mésaventure amoureuse de son oncle.

De toute évidence, ce n'était pas une farce. La situation, pourtant, lui parut absolument irréaliste. Durant dix ans, progressivement, sournoisement, profitant de ses absences, elle s'était arrogé un droit sur lui. Il était du genre à réagir au quart de tour. Et à mesure que Shéhérazade lui avouait son mensonge, à mesure qu'il comprenait – qu'il était obligé d'admettre ! – sa méprisable trahison, il sentait refluer en lui toute la colère qu'il avait espéré atténuer à son contact. Être contraint de se méfier d'elle, devoir la considérer par prudence comme n'importe quelle femme noble avide de pouvoir lui fit horreur au point qu'il s'empourpra d'abord, puis pâlit, de rancune aussi bien que d'humiliation. Ce qui l'empêcha de renverser le bureau sur elle ou d'aller la saisir à la gorge pour la fouler aux pieds et lui imprimer à même le corps la marque de sa fureur ? Outre qu'elle était la Duchesse-Commandante – ce dont tout déferlement de colère digne de ce nom se foutait en réalité... Ce fut ces dix années-là. Ces dix années d'entente sincère, professionnelle comme intime. Sans en être tout à fait conscient, il lui accordait le bénéfice du doute qu'elle méritait ; toutefois, la durée de ce sursis ne dépendrait pas de lui, et la fixité reptilienne de son œil gauche, qui semblait ne plus voir qu'elle, contenait toute la menace qu'il pouvait d'une seconde à l'autre mettre à exécution. Elle l'avait jeté dans l'inconfort insupportable du doute, il faudrait l'en sortir ; or, la vulnérabilité qu'elle affichait ne jouait pas en sa faveur. Croyait-elle l'attendrir ? Bien au contraire : elle l'irritait plus encore.

Plusieurs secondes s'égrenèrent dans le silence, durant lesquelles il dut se faire violence pour ne pas extérioriser sa fureur. Un enfant de neuf ans. Était-il seulement possible d'en envisager froidement l'assassinat quand lui-même se souvenait si précisément de l'enfance de son propre frère ? Ludwig, qu'il chérissait au-delà de toute limite, avait-il pu le rendre si sensible à la pureté ? Ce fut à la lumière de ce constat qu'il mesura véritablement toute la précarité de sa situation. Il se sentit acculé. Il n'avait nul besoin d'un être cher supplémentaire à protéger.

« Oh ! Non... Non, n'espérez pas que je vous pardonne... » Enfin. Il y avait eu comme un crépitement de braises incandescentes dans sa voix, un grondement orageux, une furie de bête sauvage péniblement contenue. Il s'inclina et s'appuya de ses bras tendus sur le bureau, nimbé d'animosité, la mâchoire crispée par une rancœur aiguë :

« Ce que je comprends là, c'est que vous prétendez, par égoïsme principalement, me mentir et m'écarter durant neuf ans de cet enfant ; en d'autres termes, vous prenez le parti de ne pas me considérer comme un père, et aujourd'hui, vous avez le culot d'exiger de moi que je me comporte en tant que tel parce que vous avez finalement découvert n'être pas en mesure de le protéger seule... ? » Son œil gauche se fronça d'inimitié. Alors qu'il fixait durement Shéhérazade, qu'il cherchait continuellement son regard, ses lèvres frémirent et brusquement, sa main s'éleva pour s'abattre avec force et fracas sur le bureau. « Mais À QUOI pensiez-vous ? » Il fulminait, et ne se sentant plus capable de se contenir désormais, il se mit à parler avec acrimonie et distilla l'oppression autour de lui. « J'étais jeune, mais par votre IRRESPONSABILITÉ vous l'étiez bien plus encore ! Et à présent, c'est AINSI que vous assumez votre trahison ? Avec des accents de pucelle, de SOMBRE IDIOTE qui contemple sa propre SOTTISE en espérant candidement qu'un autre se chargera de l'assumer avec elle ?! Vous avez raison, Shéhérazade... Ce genre de sottise se fait toujours à deux. ENCORE aurait-il fallu, pour votre crédibilité, que vous considériez les choses ainsi depuis le début. » Sa voix venait de mourir dans l'étau rageur de ses dents. Il la provoquait, parce que sans le reconnaître, il espérait qu'elle trouverait les mots justes. Sa colère ingrate lui imputait une perfidie qu'il avait du mal à concevoir en réalité. Mais il était aveuglé. Sans doute vexé également, car toutes ses idées noires contredisaient l'image, la belle image qu'il s'était faite d'elle, et qu'il aspirait inconsciemment à retrouver. Alors, qu'elle se défende, bon sang ! Surtout, qu'elle se défende. Il ne supportait pas de la voir si peu assurée. Ce fut pourquoi il déclara, après avoir longuement inspiré :

« Maintenant, J'EXIGE que vous vous adressiez à moi CONFORMÉMENT à votre rang de Duchesse-Commandante et à votre condition de femme PRÉTENDUMENT responsable. La faiblesse dont vous venez de faire preuve ne défendra pas votre enfant ! Et vous encore moins. Elle ne contribue qu'à vous rendre INDIGNE, de l'Empire, de cet enfant, comme de moi ! Alors j'attends vos explications, qu'espériez-vous VÉRITABLEMENT ? Pensez-vous réellement que j'aie besoin d'une autre source d'inquiétude parmi toutes celles qui existent déjà ? Regardez-moi. Regardez-nous. Considérez également le soupçon qui vient de tomber sur vous. Croyez-vous que dix années aient suffi à me donner entière confiance en vous ? À balayer l'idée que vous puissiez, comme tant d'autres femmes, vouloir usurper le pouvoir en m'imposant une paternité au moment que vous aurez jugé le plus opportun ? Après tout, une fois morte, qu'auriez-vous pu revendiquer ? PARLEZ ! »
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Duchesse-Commandante

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MessageSujet: Re: People are strange, when you're a stranger. [PV Laurenz]   Mar 27 Nov - 7:01

Évidemment, je me doutais que se découvrir une paternité sur le tard ne réjouirait pas Laurenz. Mais je ne pensais pas qu'il irait jusqu'à me traiter de pute et d'hystérique inconséquente, ça j'avoue. De mon point de vue, il allait de soi que mon seul but en ayant un enfant, c'était d'avoir un enfant et point barre. Connaître la joie de voir grandir un mini-soi et de s'en occuper – avec le secours d'une légion de nourrice, parce qu'il faut pas déconner non plus -, ce genre de chose. Ma voix tremblante et ma posture vulnérable venait d'une peur toute bête : celle de perdre Laurenz. Voilà, c'est fait, il me balance à la figure les pires horreurs comme si dix ans d'intimité n'avaient été que jeux de dupes. Maintenant que le pire est arrivé, je sens un grand calme m'envahir, suivi d'une grande colère.
Il vient de me traiter de pute là. Il vient de balayer dix ans d'amour comme si ça ne comptait pas. Je sais qu'il a son caractère, mais ça ne justifie pas tout. Ça ne m'oblige pas à lui pardonner n'importe quoi de savoir ça. Il me parle comme si j'étais dans la merde sans son soutien pour élever l'enfant, alors que je suis quand même Duchesse-Commandante, avec l'armée de serviteurs, le pognon et le statut qui vont avec. Comme si j'étais qu'une fille-mère lambda sans revenu. Je lui ai avoué parce que la culpabilité de lui mentir devenait plus forte que la peur de le perdre, parce que je risque de mourir et que l'enfant se retrouverait seul. Peut être qu'il aurait mon pognon, ma maison et tout ça, mais seul quand même. Mais je n'ai rien demandé à Laurenz, je ne lui ai pas demandé de le reconnaître, rien, je lui ai juste demandé de ne pas lui faire du mal. Et que m'a-t-il répondu ? « la faiblesse dont vous venez de faire preuve ne défendra pas votre enfant. » Il le menace. En vieillissant, je pense que la véritable assurance ce n'est pas d'être sans faiblesse, mais d'admettre en avoir et vivre avec. Avoir la voix qui tremble parce que j'ai peur qu'il me haïsse n'est pas pour moi une preuve que je suis une gourdasse, mais plutôt l'assurance que je suis normalement constitué. Ça ne m'empêchera pas de dormir.
Me faire traiter de pute et d'hystérique inconséquente, par contre...

Je lui mets un pain. Je met un putain de pain – excusez mon langage – dans sa putain de bouche parce que ma putain de colère me le dicte. Je mets un pain dans la bouche du commandant des armées impériales, voilà. Pour qu'il arrête de dire des horreurs. Je n'ai pas frappé aussi fort que j'aurais pu, mais pourtant sa bouche saigne. Je lui a fendu la lèvre. Au moins, ça lui fait fermer son clape-merde. Qu'il arrête de partir en freestyle et de me traiter de n'importe quoi. Il y a une seconde ou ni lui ni moi ne parlons, lui parce qu'il vient de se prendre un coup, et moi parce que la fureur m'étouffe. Je fini pourtant par secouer ma main parce que je me suis fait mal aux phalanges avec ces bêtises. Puis je hurle.

- COMMENT POUVEZ VOUS ME DIRE DES CHOSES PAREILLES !

Je songe même pas à expliquer en quoi ce qu'il a dit m'a profondément insulté, tellement ça me paraît évident. Mais pourtant on se regarde en chien de faïence quelques secondes. Seigneur... il pense ce qu'il dit. Bordel bordel bordel. Faut que je lui explique donc, et des années à traîner dans la garde impériale m'ont donné un vocabulaire plutôt fleuri. J'ai l'habitude de m'adresser à des gens qui ne comprennent pas la subtilité, d'un autre coté.

- COMMENT POUVEZ VOUS ME TRAITER DE PUTE ! COMME SI JE N'AVAIS PAS SU ME DEBROUILLER SANS VOTRE RANG ! Bon là j'arrête de hurler parce que ça fait mal à la gorge à la longue, mais y a bien que le ton qui diminue. Ma colère, pas. Vous balayez dix ans de mes sentiments d'un revers de la main et traitez ma peur de vous perdre comme... comme de la connerie ! Je vous ai dit que j'ai fait cet enfant uniquement par... ce que vous avez l'air de considérer comme de l'hystérie inconséquente. Certes, je vous ai menti, et je n'ai pas eu le courage de vous mentir jusqu'au bout, j'accepte de vous perdre pour ce tort, mais ne menacez pas l'enfant.

Je n'ai pas les moyens de mes déclarations. Si il veut envoyer une légion d'inquisiteurs le tuer, je n'y pourrais rien, mais j'avais pensé... j'avais pensé que dix ans ensemble aurait retenu sa main. Ça n'a pas l'air, il a sombré dans la paranoïa la plus absurde.
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MessageSujet: Re: People are strange, when you're a stranger. [PV Laurenz]   Jeu 29 Nov - 7:40

La réaction de Shéhérazade fut... au-delà de ses espérances. Bien au-delà. Trop au-delà.

La morsure fulgurante de son poing le fit reculer et se redresser vivement. Sentir la chair de sa bouche s'écraser contre le rempart incisif de ses dents lui avait donné des picotements dans tout le corps. Une chaleur douloureuse marbra bientôt son visage de rouge et un goût de fer qu'il connaissait tristement bien lui aigrit la langue.

Stupéfait par l'acte plus que par la douleur, il eut pour Shéhérazade un regard où la colère s'était cristallisée. Les lèvres souillées, il ne prit pas la peine d'en essuyer le sang d'un revers de main – il y avait longtemps qu'il ne le contemplait plus ; non, tandis qu'elle hurlait, il ne fit que considérer l'ironie de la situation : quand lui s'était fait violence pour ne pas lui administrer la correction qu'elle méritait pourtant, elle avait eu l'audace de lever la main sur lui. Sa grossièreté ne l'émut pas. Et ses propres motifs lui semblèrent toujours meilleurs que les siens. Ils avaient, de fait, une façon complètement différente de voir les choses. Elle ne semblait pas comprendre que les sentiments, chez lui, n'étaient pas vecteurs d'acquis telle que la confiance, et qu'ils ne devaient surtout pas le devenir par ailleurs – simple question de survie ; rien pour lui n'était acquis, et ce monde, aussi noir que sanguin, légitimait la spontanéité des soupçons, aussi absurdes et douloureux soient-ils. Ils figuraient en quelque sorte une formalité nécessaire – « bêtise » prétendait-on ; lui rétorquait : « bêtise prudente » – qui valait toujours mieux que de se complaire dans un sentiment – souvent – illusoire de sûreté. Considérer le gouffre entre eux, entre ce cœur de femme – pire, ce cœur de mère – et son âme âpre de guerrier venait de figer sa rage ; elle n'était plus volcanique, mais glacée ; elle se transformait en colère d'arrière-plan, désenchantée. C'était heureux pour Shéhérazade. Sans la fureur qui émanait de son petit corps et qui parut à Laurenz bien plus éloquente que ses mots, le simple fait de l'avoir frappé lui aurait probablement donné à voir non plus rouge, mais noir.

Il fut raisonnable, naturellement. Cependant, s'il voulut bien admettre à part lui l'indélicatesse de sa conduite, la couleuvre n'en demeurait pas moins pénible à avaler : des problèmes autrement importants, en ce qu'ils touchaient directement à la responsabilité, se devaient d'être abordés et éclaircis ; or sur ce plan-là, il n'avait pas l'intention de lui céder quoi que ce soit.

Il pensait encore qu'elle était inconséquente.

Et le lui expliquer appelait pour commencer un juste retour des choses. Il avait demandé la Duchesse-Commandante en tant que supérieur hiérarchique, la femme et mère responsable en tant qu'homme et « père » lésé. Lorsqu'il contourna le bureau pour à nouveau s'approcher d'elle, sa lenteur, si elle ne cacha nullement son irritation, put du moins supposer une absence d'hostilité, une envie de réengager sagement la conversation, que ses paroles eurent d'ailleurs l'air d'illustrer. Ce ne fut pas volontaire.

« Mettez-vous à ma place... » dit-il d'une voix gonflée de ressentiment. Mais s'il s'immobilisa face à elle, s'il fixa son visage durant quelques secondes, ce fut seulement pour dicter à son poing de n'en pas trop abîmer l'harmonie. Sa frappe, qui visait la correction et non le défoulement, fut plus sèche que rageuse ; et ses derniers mots, empreints d'une cassante sévérité : « … Sans pour autant oublier la vôtre. »

Laurenz estimait que, rage aveugle ou non, lorsque l'on avait le courage et la force de lui asséner un coup, l'on se supposait également le courage et la force d'encaisser sa riposte. Ceux qui pouvaient échapper à cette loi implicite se comptaient sur les doigts d'une main – en coupant plusieurs doigts. À ce moment de la dispute néanmoins, il avait récupéré assez de son jugement pour reconnaître que la place de Shéhérazade n'était pas non plus au sol ; pourtant son poing venait de l'y jeter. Quelque chose, qui devait tenir à la fois de l'amour et de l'orgueil, remua désagréablement en lui. Il fronça le nez de contrariété et ses lèvres remuèrent dans un juron silencieux. Oh, il ne regretta pas de l'avoir frappée. Il regretta en revanche de l'avoir frappée trop fort. La colère ne se maîtrisait pas aisément, et il s'était surestimé.

Sans attendre, il vint l'aider à se remettre debout, mais profita de son emprise sur elle pour la mener aussitôt vers un fauteuil et l'y faire asseoir impérieusement. Comme il la surplombait, il lui prit la mâchoire entre le pouce et l'index afin de maintenir son visage levé vers lui : la beauté de ses traits et la tache qu'y représentait désormais sa pommette violentée furent pour lui des garde-fous. Il soutint sans faillir l'indignation de ses yeux et lui ordonna froidement :

« Restez tranquille. Ne me contrariez pas davantage. » Ou il ne répondait plus de rien. C'était assez de se sentir insultée sans comprendre combien elle-même s'était montrée insultante envers lui. « Libre à vous d'invoquer vos sentiments. Je m'en moque. Qu'avez-vous fait des miens en me déconsidérant pendant tout ce temps ? Qu'avez-vous fait de mes valeurs ? Et qu'en est-il des sentiments de votre enfant ? Vous dites qu'il souhaite connaître son père, et vous savez que son père met un point d'honneur à ne négliger aucun de ses devoirs. À supposer que je ne le reconnaisse pas, il grandira, et n'en sera pas moins tout à fait en droit de me demander compte de mon absence. Il se questionne déjà. Vous ne pourrez pas tout lui cacher. Quant à moi, et vous ne semblez pas l'ignorer... Je tuerai cet enfant s'il devient un problème pour les Walhgren. Dès lors, que reste-t-il à faire ? » Il était absolument hors de question, pour lui, de laisser l'enfant de côté alors qu'il était susceptible d'apporter un soutien supplémentaire à la famille impériale ; or on n'élevait pas un atout potentiel loin des siens, exposé aux nuisibles. Mais surtout, il n'envisageait pas d'être simple géniteur. « Il reste à faire en sorte qu'il n'en devienne jamais un. Et quoi que vous disiez, vous seule n'y suffirez pas. Dois-je vous rappeler l'attaque dont vous avez été l'objet ? Vous êtes chaque jour un peu plus exposée, non seulement du fait de votre rang, mais aussi parce que vous m'êtes attachée, militairement et intimement. » La pression de ses doigts, un instant, se fit plus forte. Il approcha un peu plus son visage du sien. « Il m'est déjà assez pénible de vous savoir en plus grand danger par ma faute. Et je vous en veux, je vous en veux terriblement de m'avoir mis dans une situation plus délicate encore. » Enfin il la lâcha et s'éloigna. Il était assez clair qu'il n'avait pas renoncé à elle. Il se sentait simplement désabusé. Toujours furieux, mais avec sécheresse et, a priori, sans plus de danger – comme un homme impétueux qui avait tragiquement touché du doigt la stérilité de sa colère. Il déclara pour finir, sur un ton qui n'admettait aucune discussion :

« Cet enfant sera placé sous la tutelle des Walhgren. Attendez-vous à devoir rencontrer mon oncle dans les prochains jours. » Il fit de nouveau face à Shéhérazade, et eut une hésitation très perceptible, parce qu'il ne savait comment s'engager là où il n'avait jamais vraiment mis les pieds – son frère n'avait pas fait de lui un père. Il demanda finalement : « Quelle éducation lui avez-vous donnée ? » Une façon martiale – tout plutôt qu'une curiosité sentimentale songea-t-il – de dire « Parlez-moi de lui. » Chercher à savoir s'il était question d'un garçon ou d'une fille aurait été plus pertinent ; mais pour lui c'était égal.
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MessageSujet: Re: People are strange, when you're a stranger. [PV Laurenz]   Ven 30 Nov - 6:42

Je ne m'attendais pas à ce qu'il me frappe en retour. J'avoue. Je présume toujours que mon mètre soixante les bras levés dissuade la fierté masculine moyenne de me frapper. Y a pas de mérite à me mettre à terre – du moins quand je suis désarmé et pas en uniforme, sinon gare à tes fesses. Et je m'entraîne plutôt pour des coups rapides – mange ça dans ta trachée - ou de l'autodéfense – comment réagir quand on me prend par le bras et comment retourner ça en grande douleur pour l'ennemi, ce genre de chose. Je m'entraîne parfois avec Laurenz, mais pas aux prises de lutte ou au judo, car c'est sûr que malgré tout ce qu'on peut dire ma petite taille et ma petite constitution n'aident pas. Bref, quand je frappe un homme d'un coup de poing, soit c'est pour le mettre hors d'état de nuire directement – on peut tuer avec ses mains - soit je suis sûr qu'il se fiera à l'adage « à combattre sans péril on triomphe sans gloire » et qu'il n'aura pas l'outrecuidance de rendre les coups. Des fois, on présume à tort. Le coup qui me cueille la pommette me surprend totalement et sous le choc je tombe par terre. Oh, je vais pas en faire une maladie, moi je l'ai bien frappé ça lui donne l'autorisation implicite de rendre le coup. Et Laurenz est de l'armée, si il avait vraiment voulu me faire mal il aurait pu y aller bien plus fort que ça. Néanmoins je suis un vexée, surtout quand il me relève et m'assois d'autorité sur une chaise avant que j'ai le temps de le faire moi même. Et maintenant qu'il m'a mis en position assise il est encore plus en position dominante par rapport à moi, puisque je suis carrément obligé de lever la tête pour le voir. Je suis sûr qu'il se sait très bien. Je ne peux rien dire ou faire, surtout qu'il m'a saisit le visage entre deux doigts et que j'ai peur que mes vertèbres cèdent avant sa pogne si je me débat, mais je le fixe les lèvres pincées et l'air mi-outrée mi-furieuse. Ma fierté supporte difficilement qu'on la malmène comme ça, et face à cette situation sans recours j'ai vaguement envie de pleurer.

Le pire, le pire du pire, c'est que je sais que j'ai fondamentalement tort. C'est pour ça que je suis arrivé directement repentante. J'ai tort, je le sais. J'ai cédé à des sentiments déplacées en trahissant l'Empire. Mais j'ai du mal à voir neuf ans de bonheur familial comme une erreur. Je ne peux pas regarder Asad dans les yeux en me disant « j'ai foiré ». Si on ne peut pas céder à des pulsions aussi fondamentales, à quoi bon vivre ? Oh, je ne me plains pas, j'aurais pu naître les deux pieds dans la bouse et avoir six enfants et un mari qui me bat à vingt cinq ans, ça aurait pu arriver et je n'ai pas à me plaindre d'avoir eu du mal à en concevoir seulement un, mais quand même. Je peux payer très cher d'avoir cédé à ça.

Néanmoins, je ne cède pas à la tentation de lui expliquer que j'ai des difficultés à concevoir, que le fréquenter me fermait les portes d'un mariage honnête et qu'une femme ça a des besoins ma brave dame blah blah blah, ça serait trop facile. Ça le ferait culpabiliser inutilement et me placerait dans un rôle de victime des circonstances. Trop bas. Peut être plus tard, si il n'y a plus de rancoeur entre nous – peut être jamais. Il projette que je rencontre son frère, ce qui ne m'enchante pas. Mais il fallait s'y attendre, il n'y a pas qu'une histoire d'enfant dans le dos. C'est la famille impériale tout de même. Je me doute que même si Asad est mis sous tutelle impériale, je pourrais le voir tout de même. J'ai un peu mal à tête à cause du coup et du mal à réfléchir à tout ce que ça implique, la question d'après est plus facile. Des années de traduction Laurenz-ishtarien me permettent de vaguement deviner que la question cache de la curiosité envers ce fils qu'il ne connaît pas. Ah ! Plus que je ne l'espérais. Je réponds d'une voix un peu atone – conséquence du coup de poing :

- Militaire, évidemment. Stratégie, maniement des armes, histoire de l'Empire, ce genre de chose. Mais il est encore petit, il a commencé il n'y a que trois ans.

Je n'en rajoute pas plus. C'est pas le moment de jouer la mère attendrie, puis je lance un appât là. Reste à savoir si le poisson va mordre. Si il va poser d'autres questions. Va-t-il demander son nom ? Si il lui ressemble ? Pour la dernière question, j'ai peur que réponse soit non. Sauf pour les yeux. Je suis très fière de ça, j'ai l'impression de voir Laurenz intact quand je le regarde droit dans les yeux et pas très bien réveillée. Évidemment, je n'ai rien contre les Génos, mais les yeux ça va mieux par deux.
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MessageSujet: Re: People are strange, when you're a stranger. [PV Laurenz]   Dim 2 Déc - 7:14

Laurenz fut heureux d'apprendre que le chapitre de l'éducation n’occasionnerait aucun litige. La vie de militaire était on-ne-peut-plus difficile à assumer et supposait des renoncements auxquels un parent, éprouvé par son expérience, ne voulait pas forcément livrer son enfant – cela en dépit de toute tradition. Il ignorait ce qui, exactement, avait motivé le choix de Shéhérazade, mais il s'en trouvait satisfait et, bien évidemment, plus curieux – un enfant né pour les armes se rendait inévitablement digne de son intérêt.

« Parfait. » dit-il en hochant la tête. « Il aura tout le temps. »

Il ne s'était pas arrêté sur le fait qu'il s'agissait d'un garçon. Il avait assez observé ce que pouvait être l'efficacité d'une femme dans l'armée pour demeurer étranger à la misogynie proprement dite – le revers de la médaille, c'était qu'il ne ressentait aucune espèce de remords à leur casser la figure le cas échéant. Le sexe lui importait donc peu ; il finirait nécessairement par voir dans cet enfant la relève militaire des Walhgren.

Puis son silence, encore une fois, fut éloquent. Il aurait pu, sans la moindre délicatesse, exiger de Shéhérazade qu'elle établisse méthodiquement la fiche anthropométrique de son fils ; mais il ne pouvait s'y résoudre. C'est qu'il trouvait franchement inconfortable ce conflit entre sa colère, qui refroidissait, et son intérêt, qui grandissait. Il lui semblait que toute curiosité restait pour l'heure déplacée. Par conséquent, l’œil investigateur, un peu froncé, il regarda fixement Shéhérazade comme pour lui signifier qu'il aurait apprécié l'entendre s'épancher spontanément au sujet de l'enfant. Pourtant il n'insista pas. Il avait entendu l'inflexion indolente de sa voix, et voyait encore la marque de sa brutalité sur sa joue.

Il se détourna et, par l'intermédiaire du Vox – le Palais, s'il n'avait bénéficié des progrès technologiques qu'il affectionnait tant, aurait rendu ses séjours à la Capitale invivables – ordonna qu'on lui apporte des rafraîchissements et une poche de glace. Quelques minutes plus tard, le serviteur qui s'acquitta de la commission eut l'indiscrétion de comprendre, en jetant sur eux de furtifs regards, qu'ils n'avaient pas consommé leurs retrouvailles par de brûlantes embrassades. Laurenz, un pli menaçant au coin de la bouche, avait arqué un sourcil avec mépris pour lui intimer de ne pas alimenter les ragots de cuisine – on le savait dénué de tout scrupule lorsqu'il s'agissait de démolir les indiscrets.

Dès qu'ils furent à nouveau seuls, il tira le plateau roulant et l'immobilisa d'un geste sec près du siège de Shéhérazade – les boissons qui s'y trouvaient, par bonheur, ne se renversèrent pas. Il lui enjoignit de lever le visage et, avec plus de douceur cette fois – même si cela n'eut rien d'une caresse – repoussa ses cheveux pour appliquer la poche de glace sur sa pommette endolorie. S'il n'était pas désolé, il admettait du moins sans mal préférer embrasser ce visage plutôt que de le violenter. Il ne s'était jamais lassé de sa physionomie – sans doute, attiré par les contraires, avait-il un goût pour tout ce qui suggérait une force tranquille.

« A-t-il le même tempérament que moi ? » osa-t-il tout de même demander. « Je ne vous le souhaite pas. » Il ne souriait pas, mais il y avait bel et bien là un semblant d'auto-dérision. C'était rarissime, et marquait peut-être le consentement d'un retour progressif à leur intimité. Il se savait difficile à vivre. Il n'avait d'ailleurs pas manqué de raconter à Shéhérazade combien il avait plus tenu du monstre que de l'enfant dans sa jeunesse. Mais il n'entendait pas se corriger pour autant. La puissance était et resterait à jamais son seul mode d'expression et d'action.

Enfin, il eut un long battement de paupière et balaya un peu plus sa réserve de père en devenir :

« Dites-moi son nom. »
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MessageSujet: Re: People are strange, when you're a stranger. [PV Laurenz]   Jeu 6 Déc - 9:14

Un serviteur entra, porteur de boissons et d'une poche de glace. Je suppose que le deuxième objet m'est destiné. Connaissant Laurenz, il me la ferait bouffer à coup de pied si il estimait cela nécessaire. Il est comme ça. Au début je n'aimais pas ça du tout chez lui, j'y voyais une espèce de perpétuelle agression envers ma fierté. Puis toute cette violence en lui... j'estimais avoir passé l'âge de gérer les problèmes existentielles de mes partenaires. Donc, je pensais qu'entre le Walhgren et moi il n'y aurait que du sexe. C'était la seule chose envisageable de toute façon. Une liaison plus sérieuse m'aurait placé dans le rôle détestable d'épouse de Walhgren, et adieu les choses intéressantes. Bonjour grossesse à répétition et rôle purement protocolaire. « Oui je vous salue messieur dames, je suis l'utérus en chef de Laurenz et voici celui de Ludwig, et là on vient de voir passer l'ex-utérus de Maximilien... sale histoire, cette infection vaginale ». Oh, il aurait eu de la broderie, aussi. Ma fonction au sein de la Garde n'était pas assez importante à l'époque pour qu'elle puisse survivre à un mariage d'aussi haut rang. Mais maintenant... je suis Duchesse-Commandante avant d'être autre chose, même mariée je suppose que je garderai cette place. Puis vu mon âge, c'est pas comme si j'avais toute une descendance à fournir. J'ai déjà eu du mal avec Asad, la nichée de huit Walhgren d'un seul coup c'est pas moi qui la ferait. Encore heureux. Ça fait vraiment chier la maternité, le gamin devient intéressant quand il se met à parler, à jouer, tout ça, mais en attendant c'est une énorme larve qui ne fait que bouffer et chier – et je te parle pas de la grossesse. Je suis désolée, mais je trouve ça vraiment pas fascinant. Bref, être liée officiellement à la famille Walhgren n'est pas mon plus cher désir, et au début je n'étais même pas attiré sentimentalement par Laurenz. Trop violent. Trop inamical. Mais une paire de fesses ravissantes, de beaux yeux et des talents indiscutables au pieu. Ce genre de bêtises. D'habitude je préfère les gens qui me ressemblent, qui sont posés dans leur tête et facile à vivre. Je ne connais pas les détails du processus qui m'a conduit à éprouver une solide affection pour Laurenz au court des années, à considérer ses défaut comme des parties d'un adorable tout qu'il serait criminel d'amputer. Une affection assez solide pour que je prenne le risque de le perdre et de perdre mon fils juste pour lui dire la vérité.

Il me tapote le visage avec sa poche de glace, sans tendresse. J'ai l'habitude et je ne m'en offusque pas. Il fait de l'humour, pourtant. C'est bon signe. Je n'arrive pas à l'imaginer en train de fantasmer sur une éventuelle paternité. Il part souvent loin, j'ai ma vie... nous n'avons jamais parlé de ça. Et pourtant. Je lui aurais peut être avoué plus tôt si il avait abordé le sujet en premier. Puis il était tellement jeune ! Il l'est un peu moins maintenant, mais tout juste. Ça fait long, onze ans d'écart. Je tente de répondre à sa question, même si je ne suis pas très douée pour analyser les caractères :

- Oh... je suis désolée, j'ai peur qu'il ne vous ressemble pas au niveau du caractère. Il est très... Je cherche les mots les plus adaptés, pas évident. Serein. Et joyeux. Mais surtout serein. Je l'ai déjà vu à cinq ans proposer d'escorter une servante dans les couloirs la nuit parce que l'obscurité l'angoissait. Ce n'est pas réellement du courage... il est plutôt pragmatique. Il ne s'inquiète pas de ce qui n'est pas réellement inquiétant. Très facile à vivre. Et toujours joyeux.

Je ne sais pas si cette description plaira à Laurenz, même après toutes ces années je le devine très mal. Il me demande son nom. J'ai la décence de rougir. Je l'ai nommé Asad, comme le nom d'une ville où Laurenz a remporté une victoire militaire, à l'époque. Je le trouve joli moi ce nom, mais ça m'empêche pas de rougir. Peut on faire plus bêtement romantique que ça ? Laurenz s'en souvient sans doute, de cette ville là. Une victoire. Il y a remporté une putain de victoire. Faut avoir en tête que quand j'ai accouché, je le connaissais depuis assez longtemps pour être dingue de ce jeune homme, mais pas assez quand même pour éviter la niaiserie quand elle se présente. Bref. Une victoire militaire. Dans mon utérus.

- Il s'appelle Asad.

Je rougis tellement que j'ai l'impression que mon visage a prit feu, mais pourtant je tente de garder un visage impassible. Je prends des doigts de Laurenz la poche de glace et je lui tapote le visage à mon tour, avec un sentiment de culpabilité diffus concernant ce joli visage que j'ai eu l'outrecuidance d'exploser d'un coup de poing. Enfin il saignote de la bouche en vérité mais mon inquiétude de lui avoir fait mal provoque une illusion concernant la taille de la plaie.

- Vous voudriez le rencontrer ? Enfin... vous n'êtes pas obligé de vous présenter comme son père mais... oh je ne sais pas. Que voulez vous, en fait ?
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MessageSujet: Re: People are strange, when you're a stranger. [PV Laurenz]   Mar 18 Déc - 7:39

Cet enfant, par son caractère, devait probablement s'attirer toutes les sympathies du monde. Il ignorait encore que son père, différent de lui à maints égards, comptait parmi les hommes les plus atrabilaires de l'Empire, et que là où d'autres auraient assurément éprouvé un début de fierté paternelle, lui n'était absolument pas disposé à s'attendrir. Laurenz, à la vérité, ne ressentait aucune déception. Mais reconnaître qu'il n'aurait sans doute pu espérer mieux ne lui supposait nullement la naïveté de s'en réjouir. C'est que, fort d'une expérience fraternelle où l'amour, désormais, se vivait le plus souvent dans la douleur, il se méfiait de ces personnalités trop belles, trop attachantes, qu'il savait n'être pas faites pour durer. Toutes finissaient par s'écraser contre le mur abject de la réalité. Laurenz n'aurait pas l'hypocrisie de ne voir en ce garçon qu'un être de plus à protéger ; sa conscience guerrière lui dictait d'envisager aussi la somme des espoirs et des illusions à briser. C'était cela, un enfant ; de l'innocence, qu'il avait échoué et échouerait encore à préserver.

En conséquence, il ne perdit rien de sa gravité. La rougeur soudaine de Shéhérazade, qu'il remarqua immédiatement sans toutefois la comprendre, l'impatienta d'abord ; puis le surprit franchement, dès qu'il l'entendit prononcer ce nom. Sa force évocatoire le projeta plusieurs années en arrière. L'inflexion autoritaire de ses sourcils se détendit un peu. Laurenz attachait une grande importance à ses premières victoires. Il n'y avait là aucune vanité, seulement de fortes sensations auxquelles l'habitude le soustrayait aujourd'hui, et qu'il estimait par conséquent ne pas devoir oublier. Elles l'empêchaient de se sentir infaillible, de sous-estimer les enjeux d'un affrontement, même mineur. À ce moment dépourvu d'influence militaire véritable, n'ayant pour lui « que » son talent, son audace et le rayonnement de son lignage, c'était lors de ces petites batailles, pour la plupart menées sous le commandement de Klemens, qu'il avait commencé de renouer avec la gloire de ses ancêtres et appris à se méfier des hasards de la guerre. Ironiquement, cet enfant portait le nom de ce qui constituait maintenant pour lui un garde-fou.

Il le trouva bien choisi, mais se tut. Shéhérazade ne cessait de s'empourprer. Il la laissa s'emparer de la poche de glace et suivit dubitativement sa main du regard, jusqu'à ce qu'elle eut atteint la hauteur de son visage. L'inutilité de son geste lui fit comprendre qu'elle s'était tout simplement laissée attendrir. Ses sentiments, après tout, venaient de surgir à travers le nom qu'elle avait osé donner à son fils. En fait d'amour et de tendresse, elle s'était toujours montrée plus expressive et plus délicate que lui – dont la sentimentalité approchait tristement du néant ; aussi n'eut-il pas la goujaterie de lui en tenir rigueur. Et finalement, songea-t-il, n'y avait-il pas dans sa pudeur quelque chose de touchant ? À mesure qu'il la regardait brûler dans son embarras, lui, exclusivement physique, se sentait la vague envie de mettre un terme à ces âneries sentimentales qui ne l'émouvaient jamais assez ; en jetant la poche de glace par-dessus son épaule et en violant impérieusement la jolie bouche de Shéhérazade, par exemple.

Une vague envie, au-delà de toute colère – ou en plein dedans si l'on considérait que chez certains spécimens, la colère finissait quelquefois par exciter ce genre de pulsion. Néanmoins, si d'ordinaire il assumait pleinement le fait de n'être qu'un homme, il n'avait pas l'intention, pour aujourd'hui, de penser autrement qu'en chef militaire. Les mots de Shéhérazade, à cet égard, vinrent à propos. Il se déroba au contact de la glace en repoussant lentement sa main. La question était on-ne-peut-plus épineuse.

« Il me faudra nécessairement le rencontrer. » déclara-t-il. « J'ignore encore quand. Et comment. » Il pouvait bien l'admettre. Ce garçon venait brutalement d'entrer dans sa vie. La proposition de Shéhérazade était judicieuse si l'on voulait ménager le père et l'enfant, mais Laurenz ne s'y reconnaissait pas. Pensif, il croisa les bras. « Pour l'heure, je veux que vous continuiez de le cacher. Je dois apprendre la nouvelle à mon oncle, et vous n'êtes pas sans savoir que l'existence de cet enfant nous amènera peut-être, vous et moi, à reconsidérer certaines choses. » Il ne s'agissait pas encore d'une demande en mariage, mais c'était de toute évidence ce à quoi il faisait allusion – entre autres aspects de leur relation actuelle. « Ce qui sera décidé, au fond, m'importe peu. » poursuivit-il en la regardant attentivement. « L'important pour moi est de soutenir l'effort militaire jusqu'au bout, et je veux qu'il en soit de même pour vous. » Car d'une certaine façon, elle était son alliée avant d'être son amante, et il tenait à ce que cela ne change pas. « Cet enfant ne devra jamais vous perturber dans l'exercice de votre fonction. Sommes-nous d'accord ? »


Dernière édition par Laurenz Walhgren le Mar 18 Déc - 12:49, édité 1 fois (Raison : Il manquait un "s" quelque part ! *Se coince la main dans le four*)
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MessageSujet: Re: People are strange, when you're a stranger. [PV Laurenz]   Mar 18 Déc - 9:28

Laurenz avec la romance. Euh... c'est comme Laurenz et l'art du jardinage, Laurenz dans l'espace, Laurenz fait de la physique quantique, Laurenz passe un bon moment entre amis. Ça n'existe pas. Et ça ne le rend pas meilleur à mes yeux, ni plus mauvais en fait – mais là il faut y voir l'aveuglement indispensable à l'amour. Je n'ai jamais pris les gens qui n'expriment pas leurs émotions pour des divinités du pragmatisme qu'il faut s'empresser de copier. Les sentiments sont hélas montés en série sur tout le monde, et il faut tâcher au mieux de vivre avec. Pour moi, c'est de là que vient la réelle sérénité. Néanmoins, peut être qu'une part de l'attrait de Laurenz à la base était qu'il y avait vraiment du challenge à deviner ce qu'il pense et ressent. Et finalement t'es jamais vraiment sûr que ton affection soit réciproque, ce qui constitue un danger très charmant. Les jeunes inexpérimentées espèrent transformer les ours renfermés en Bisounours à la guimauve grâce à leur dévotion inaltérable envers l'épanchement sentimental. Ce n'est pas mon cas. Ça fait un bail que je ne suis plus là dedans. L'amour ne change pas les défauts des gens, si ils sont inacceptables dès le début ils le resteront, et ça fera des vallées de larme pour tout le monde. Je n'ai jamais été extrêmement démonstrative dans mes relations, éducation oblige, mais c'est encore trop pour Laurenz. Ce n'est pas grave. J'ai pas besoin qu'il vienne chanter sous ma fenêtre au luth pour savoir l'important. Déjà, qu'il me revienne depuis toutes ces années, c'est bien une preuve non ? Quand il agit, ce n'est pas symbolique, ce n'est pas pour montrer quelque chose, c'est pour faire la chose. Quand il me prend dans ses bras avec fermeté, c'est parce qu'il a envie qu'on soit collé ensemble, point.

Mais revenons en à la scène, après ces précisions dispensables. Donc nous nous regardons en chien de faïence, je lui tapote vaguement la bouche avec la glace – je ne suis pas très infirmière dans l'âme, j'en ai peur. Je me lasse vite de ce genre d'attention, j'aime bien que les choses se fassent vite, et tapoter avec patience les blessures des gens avec des mouchoirs ou je sais pas quoi de médical c'est pas ma tasse de thé. Je m'acharne juste parce que je suis la cause de la blessure, et lorsque Laurenz commence à parler, je repose la poche de glace sur la petite table avec une pointe de soulagement. Il a l'air assez dépourvu, en traduction Laurenz-Ishtarien, ce qui est normal. On le serait à moins. Je ne peux pas imaginer parfaitement évidemment, on ne peut pas me faire d'enfant dans le dos, mais en venant je savais parfaitement que j'allais lui infliger un grand choc. Il m'annonce qu'il va le dire à son oncle. Soit. C'était prévisible. Après l'avoir appris au père, pour moi, l'annoncer au Régent c'est de la petite bière. Pas de soucis. Par contre, c'est le « reconsidérer certaines choses » qui m'inquiète un peu. Non, l'idée de me marier avec Laurenz ne m'apparaît pas comme une évidence. J'ai passé tellement d'années à essayer de gagner sa confiance sur le fait que j'en voulais pas à son nom de famille que l'idée ne me vient même pas. Ça, ça serait un grand choc pour moi. Je me demande vaguement si il veut me quitter, mais ça a pas l'air de partir dans cette voie là. Il me l'aurait dit plus franchement.

- Comment ça, « certaines choses »?

Ensuite il m'invite à considérer ma fonction avant le reste. Euh... comme avant tu veux dire ? Je ne peux pas m'empêcher de sourire, vaguement amusée après toute cette tension. Je ne viens pas de lui annoncer ma grossesse, ça fait neuf ans que je gère avec cet enfant.

- Oh... vous voulez dire... comme quand je ne viens pas travailler des jours durant sans aucune discrétion pour materner ? Quand je rapporte de la broderie en retard ici ? Quel terrible fléau, cet instinct maternel totalement incontrôlable... enfin ne vous inquiétez pas, le monde est bien fait, il existe des nourrices pour gérer tout ça à ma place. Elles continueront comme elles l'ont fait pendant neuf ans.

Laurenz connaît ma phobie de la broderie, je suppose. Je ne sais pas en faire, mais l'idée de me tuer les yeux sur un travail minutieux et chiant comme la pluie m'épouvante. Je n'aurais pas dû devenir militaire, mais l'être est une véritable bénédiction. Je ne m'ennuie jamais. Je voulais un enfant, mais je voulais avant tout continuer ma vie professionnelle palpitante. Enfin... entre diriger des troupes, combattre pour l'Empire, défendre ses habitants et torcher un cul de bébé, le choix est vite fait.
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MessageSujet: Re: People are strange, when you're a stranger. [PV Laurenz]   Jeu 27 Déc - 9:11

Laurenz ne s'était pas bien fait comprendre. L'imprévu l'avait d'abord forcé à réagir au quart de tour, puis obligé à considérer sans plus tarder les enjeux de sa paternité. Il ne pouvait pas tout prévoir, mais son besoin de contrôler la situation, après s'être laissé surprendre, l'avait rapidement fait se projeter dans l'avenir, plus loin, semblait-il, que Shéhérazade ne se l'était elle-même permis. Ce décalage l'étonna un peu et affermit par conséquent son sérieux : le moment de se détendre, finalement, n'était peut-être pas tout à fait venu. Ce fut avec froideur qu'il la regarda se dérider.

En homme qui méprisait les afféteries et papillotements de cour, il savait ordinairement apprécier ses railleries ; elles l'avaient séduit à de nombreuses reprises, excité quelquefois le pli moqueur de son trop rare sourire ; mais à cet instant, il n'était tout simplement pas prêt à en être la cible. Il manifesta son agacement dès qu'elle eut cessé de parler.

« Avez-vous terminé de me prendre pour un imbécile ? Je vous rappelle être désormais le mieux placé pour savoir combien vous avez su exceller au sein de la Garde tout en cachant au monde l'existence de cet enfant. »

L'amertume persistait un peu, cependant il y avait dans ses mots plus de sévérité que de colère. C'est qu'il entendait surtout lui éclaircir les idées : qu'elle se prétende peu sujette à l'attendrissement maternel ne lui garantissait nullement que ce serait toujours le cas, et contrairement à ce qu'elle semblait croire, il n'y avait pour lui aucune évidence à ce que tout demeure comme avant. Elle s'était légitimement préoccupée du sort de son fils en lui enjoignant de l'épargner ; l'avenir lui donnerait assurément d'autres raisons de s'en préoccuper encore.

« Même si votre dévouement militaire reste entier, les années à venir ne seront pas pour autant le simple prolongement de ces neuf années passées. Y avez-vous réfléchi avant de paraître devant moi ? » Selon toute apparence, non, ou pas assez, songea-t-il en l'observant pensivement. Sans doute n'en avait-elle pas eu le temps. Le visage incliné vers elle, les bras toujours croisés, il poursuivit catégoriquement. « À supposer que votre fils puisse servir les intérêts des Walhgren, dès lors qu'il franchira les portes de ce Palais, vous n'aurez plus toute autorité sur lui. Et en effet, je n'aimerais pas que vous vous découvriez en fin de compte un instinct maternel plus prononcé, qui vous ferait croire, par exemple, que vous savez mieux ce qui est bien pour lui. Je ne veux pas que vous vous tourmentiez trop de cet enfant, ni de ce qu'il deviendra. En cas de désaccord complet entre nous, sachez d'avance qu'il sera inutile de vous épuiser : vous aurez votre mot à dire sous réserve qu'il ne contrarie pas le mien. »

Salopard ? Il n'y pensait pas. Il explicitait seulement ce qu'il avait souhaité signifier avant qu'elle ne se moque de lui, et en profitait pour établir, du moins rappeler la primauté de l'autorité paternelle – plutôt évidente en ce qui le concernait. Enfin il lui était impossible de n'être qu'un père. Il aimait Shéhérazade. En d'autres circonstances, il lui aurait immanquablement permis de garder son enfant, de l'assumer en toute sécurité sans n'en rien attendre de particulier ; uniquement pour exaucer son désir d'être mère. Mais, de même qu'il cherchait à tirer avantage des spécificités d'un champ de bataille, il avait bien l'intention de tourner la situation actuelle en faveur des Walhgren. C'était stratégique, et très naturel chez lui. Au reste, il croyait déjà voir le bon côté des choses : la femme qu'il avait en face de lui restait à ses yeux la plus légitime, celle qu'il aurait de bonne grâce acceptée pour épouse, et à qui il faisait assidûment l'amour depuis dix ans chaque fois qu'il la retrouvait au terme de ses absences. Elle ne comptait pas parmi ces autres dont il s'était sèchement servi comme de vidoirs, et qu'il aurait sur-le-champ assassinées, leur enfant avec, si elles avaient eu l'audace de lui imposer une paternité. Tuer le fils de Shéhérazade lui paraissait autrement difficile, synonyme, au fond, d'une peur strictement masculine – inadmissible – qu'il n'éprouvait de toute façon pas et, surtout, peu judicieux. Il le reconnaissait intimement : ses projets militaires, leur relation et le respect qu'il avait pour elle, malgré sa maladresse et son ingratitude sentimentales, lui commandaient tout simplement d'assumer ce qu'il avait dans le pantalon.

« Il se peut que ce garçon devienne un véritable Walhgren. » reprit-il pour finir. « Vous savez ce que cela signifie : l'exposer à un plus grand danger, le préparer à de lourdes responsabilités. Mais avant tout, nous marier. Si cela devait arriver, il ne s'agirait que d'une formalité. Une légitimation : le fonctionnement de notre famille l'impose. Je vous ferai grâce de la broderie. » Un lent battement de paupière vint appuyer l'ironie de ses derniers mots. « Avez-vous des questions ? »
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Duchesse-Commandante

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MessageSujet: Re: People are strange, when you're a stranger. [PV Laurenz]   Ven 28 Déc - 5:35

Laurenz me disputa, encore. Enfin du moins je le pris comme ça. Mais... nous ne sommes pas à une époque où tout le monde est libre et égal en matière d'ouvrage de gueule. Il y a ce déséquilibre de pouvoir dans notre relation : c'est un Walhgren et c'est le chef des armées. Nous nous sommes déjà retrouvés opposés dans nos opinions, mais sur des sujets plus mineurs. Là j'apprends entre la poire et le fromage que les décisions le concernant ne m'appartiennent plus. Et mon éducation, l'époque dans laquelle nous vivons et les traditions me poussent à ne pas contredire Laurenz. Mais je ne m'en fais pas une joie pour autant. Est ce que je ne viens pas de déclarer que materner, c'est pas mon truc ? Ouais, si materner c'est faire de la broderie et se conduire comme la dernière des hystériques, effectivement je n'aime pas ça. Mais j'aime voir grandir ce petit garçon. Ce qui m'empêche de vraiment angoisser pour l'avenir, c'est qu'Asad est assez grand pour se souvenir de moi, quoiqu'il arrive. Il ne va pas magiquement devenir le fils de Laurenz. Ce n'est pas un objet qu'on me vole.
Et oui, je n'avais pas imaginé cette situation, parce que je n'ai pas réfléchi avec ma tête – je me pardonne bien volontiers ça, vu le contexte. J'avais imaginé que Laurenz voudrait le tuer, ou l'ignorer, tout bêtement – nous n'avons pas réellement de « vie commune » après tout. J'ai imaginé les choses qui m'angoissaient le plus, pas celles qui risquaient bêtement de se produire. Ça arrive. Et c'est là qu'un truc me fait tiquer : il deviendrait un Walhgren?

C'est donc là que Laurenz aborde la partie qui me concerne, avec sa délicatesse coutumière : c'est à dire celle d'un coup de poing dans la gueule. La simple formalité, histoire que tout cela fasse plus propre, consiste à nous marier. Oui, bien sûr, cela apporterait une forte légitimité à Asad en tant que fils d'un Walhgren, ce qui le mettrait en dehors de pas mal de complot. Mais... ça représente un bouleversement dans ma vie, quand même. Puis « se marier », y a rien à faire, tu peux être aussi rationnel que tu veux, ça sonne quand même pas pareil aux oreilles et au cœur que « remplir le formulaire A52 bis ». Si cela se produisait, Asad et moi devrions emménager dans le Palais Impérial, je suppose. Je suis forcée de supposer, hein, puisque bien que mon éducation fut excellente, elle n'incluait pas la possibilité que je me marie avec une membre de la famille impériale. Pauvre petit Asad surtout. Moi encore j'avais cherché la merde, mais lui n'avait pas choisi son ascendance. Ça fait beaucoup de changement pour lui, d'un coup. Et à ce qu'en dit Laurenz ça va pas être une promenade dans le parc. Enfin... il aura la possibilité d'avoir des responsabilités, de vivre dans le faste, mais je suis sûr qu'être le fils de la Duchesse-Commandante aurait largement suffit de ce coté là.
Mais il ne faut plus que je me tourmente de ce qui lui adviendra.

Et c'est vrai, c'est le fils d'un Walhgren. C'est vrai que j'ai fait cet enfant sans demander l'avis de personne, pour des motifs défiant la raison. Du coup, le-dit enfant va trinquer pour mes péchés, on va se retrouver propulsés va savoir où et Laurenz s'est découvert une paternité précoce, puisque père sans le savoir à dix neuf ans. Je me retrouve à expliquer une décision vieille d'une décennie. Je me raisonne. Les choses se sont déroulées comme elles se sont déroulées, je n'ai pas tué quelqu'un j'ai eu un gosse. Maintenant faut faire au mieux je suppose. Mais ça fait quand même beaucoup d'un coup et mes neurones doivent encaisser le choc. C'est pour ça que je répète stupidement :

- … nous marier ?

Je sais pas pourquoi mon cerveau a accroché là dessus alors que c'est le truc le plus tolérable plus lot. Et encore, faut que je mesure toute l'ampleur du changement, et ça va pas se faire en cinq minutes.

- Enfin... oui, certes. Mais qu'est ce qui va arriver à Asad ? Concrètement?
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Chef des Armées

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MessageSujet: Re: People are strange, when you're a stranger. [PV Laurenz]   Lun 31 Déc - 4:17

La réaction de Shéhérazade lui fit bien saisir qu'il y était une fois de plus allé trop fort. Son visage se rembrunit davantage. Il la contempla sans un mot, comme lui-même soudainement épuisé par sa propre sévérité. Oui, l'espace d'une seconde, il se sentit étrangement las. Las de lui ouvrir les yeux. Las de l'ébranler. Las d'avoir à compter avec sa sensibilité. Fulgurante et maline, l'idée lui traversa l'esprit qu'il aurait tout le temps de céder à la facilité d'une gorge tranchée pour s'épargner les complications imprévues que cet enfant représentait ; qu'il guérirait d'avoir fait souffrir la femme qu'il aimait. Cette perspective avait quelque chose de terriblement attirant. Pourtant, elle fut très vite balayée, et il ne voulut y voir qu'un moment d'égarement. Son caractère pouvait le rendre sujet aux pulsions insanes ; il n'en méprisait pas moins la simplicité lorsqu'elle était synonyme de lâcheté.

Il eut une profonde inspiration. Lui-même, à cet instant, n'y voyait pas assez clair pour réconforter Shéhérazade. Pour l'inviter à ne pas dramatiser ses propos. Ce qu'il aurait pu lui dire n'en était encore qu'à l'état de spectre et ne devait se transformer en conscience qu'après coup.
Elle ne cesserait jamais de voir son enfant – il n'en avait jamais été question par ailleurs. Lui, en revanche, serait souvent absent et son influence se limiterait la plupart du temps à ses instructions.
De plus, qu'ils soient tous deux militaires au service de l'Empire les disposait a priori à tomber d'accord sur de nombreux points – excepté, peut-être, sur la rigueur de l'éducation et ses risques : le péril était formateur selon Laurenz, et il n'excluait pas l'extrême.
Mais surtout, il n'avait présenté qu'un seul cas de figure. Rien, au fond, n'était véritablement arrêté. Cet enfant pouvait tout aussi bien grandir sous la protection des Walhgren sans jamais en devenir un officiellement – c'était, d'un point de vue stratégique, à la fois de la prudence et une bêtise monumentale – et dès lors resté ordinaire, être éduqué conformément à leurs principes politiques et militaires, indépendamment toutefois des grands projets de son géniteur. Il s'agirait de toute façon d'un conditionnement destiné à assurer leurs arrières. De la diplomatie, quand ils pouvaient avoir recours à la barbarie.

Mais non, il n'était pas en mesure de lui dire tout cela. Ni de lui répondre avec exactitude. Ce garçon n'aurait peut-être aucun intérêt à ses yeux. Pour l'heure, il ne pouvait que spéculer.

« Rien, concrètement, n'a été décidé. » rappela-t-il en se détournant pour marcher lentement au centre de la pièce. « Un bâtard et un enfant légitime n'ont pas les mêmes prétentions et ne sont pas dignes, il est vrai, du même intérêt. Mais soumettre votre fils à la discipline des Walhgren répond d'abord au souci de contrôler directement ses actions et, dans une certaine mesure, ses idées. » C'était probablement le meilleur moyen de garantir qu'il n'y aurait jamais à se débarrasser de lui – pourvu que l'intégration soit réussie. « Il n'est pas question d'en faire un monstre, ni de changer sa vie en cauchemar. Vous aurez tout le loisir d'en juger. » Il s'immobilisa et, de nouveau, la regarda attentivement. « Quant aux formalités, il n'y a pas d'urgence à proprement parler. » Qui souffrirait de quelques mois de plus après neuf longues années ? Lui, peut-être, mais seulement en ce que cela retarderait son retour à l'Archipel Nord. « Prenez le temps, avec votre fils, de vous y préparer. Nous en reparlerons à tête reposée. » Puis, désignant son épaule du regard et d'un mouvement du menton : « Et tâchez de rester prudente. »

Il la congédiait, si elle n'avait rien à ajouter. Il ne la quitta pas des yeux lorsqu'elle se leva et, dès qu'elle eut disparu, mesura d'autant mieux qu'il était maintenant seul la somme des bouleversements et des attentes déçues.

[Clos ♥]
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People are strange, when you're a stranger. [PV Laurenz]

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