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 L'action est l'action, et non la justice.

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Chef des Armées

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MessageSujet: L'action est l'action, et non la justice.   Ven 30 Nov - 8:49

Laurenz aurait à demeurer en ville plus longtemps que prévu. Les troupes établies à l'Archipel Nord l'apprendraient sous peu par une missive adressée à Klemens, à qui il déléguait ordinairement son autorité. Une nuit solitaire, au préjudice de son sommeil, lui avait permis de prendre un peu de recul et de regarder en face l'horizon nouveau qui se présentait à lui. Shéhérazade ne le savait pas encore, mais plutôt que de le perdre, elle se l'était probablement attaché à vie.

Bien sûr, parce qu'il n'était ni sentimental, ni cérébral, Laurenz n'avait pas cherché à pousser trop avant l'introspection. Une fois les tâches administratives expédiées, il avait préféré rejoindre le maître d'armes et se jeter corps et âme dans l'effort physique afin d'épancher sa bile. Le défoulement, de façon très naturelle, n'avait pas tardé à mettre au jour un désir plus latent – inavouable et inavoué – d'apaisement, qui coïncida sans surprise avec la curiosité immortelle, toujours inquiète qu'il manifestait en permanence à l'égard de son frère.

Il faudrait encore enjamber le fossé abyssal qui les séparait depuis maintenant plusieurs années. Mais pour lui, et quoiqu'il n'en ait jamais rien montré, c'était au fond bien peu de chose en regard du plaisir, indicible et pur, qu'il éprouvait invariablement à le voir. Même là-bas, dans la fange des miséreux, loin de l'aile protectrice qu'il avait largement déployée avec l'espoir vain de le soustraire éternellement aux horreurs, de tomber à sa place à chacun de ses faux pas. Autrefois, le danger que Ludwig s'était obstiné – et s'obstinait encore – à courir avait manqué le rendre fou ; aujourd'hui, en tant qu'homme d'action – mais moins en tant que frère, fatalement – il avait accepté la singularité de ses choix, les sacrifices qu'ils impliquaient.

Et pourtant. En dépit de la tolérance et de la maturité qu'il avait gagnées vis-à-vis de Ludwig, Laurenz ne cesserait assurément jamais de craindre que sa bonté ne se retourne un jour contre lui. Le simple fait de considérer, comme à cet instant, l'austérité du Temple Saint Dietrich, dépourvu de politique sécuritaire, l'y faisait penser irrémédiablement. Il ne s'attarda pas davantage cependant et entra, laissant derrière lui les Génos qui constituaient sa garde. Il ne leur avait pas remis ses armes, malgré tout l'amour et le respect qu'il avait pour son frère et pour sa cause. Son cœur n'était pas assez sensible et ne le disposait nullement à la délicatesse – surtout si elle devait être imprudente.

À l'intérieur, une Sœur lui apprit que Ludwig l'attendait dans sa cellule – c'est qu'avant de se rafraîchir, Laurenz avait naturellement fait parvenir à son frère un billet lui annonçant sa venue. Il la remercia sans cérémonie et s'enfonça d'un pas énergique dans l'un des étroits couloirs qui desservaient les chambrettes. Il n'eut pas un regard pour l'humilité environnante ; elle ne l'attendrissait pas et le concernait encore moins. Son rôle, à lui, était plutôt de faire en sorte que tout ce beau petit monde puisse continuer son commerce en paix. La bonté de son frère – et de son oncle – le rendait sensible au sens où il sentait la nécessité d'en protéger l'exercice, sans pour autant qu'il soit question de la partager ou d'y participer directement, avec conviction. À cet égard, il y avait indiscutablement chez Ludwig une grâce inégalée.

Une grâce qu'il perçut rapidement, et par laquelle il se laissa volontiers écraser. Ah ! Ses ennemis ne soupçonnaient pas tout ce qu'ils devaient à cette aura bienveillante, au baume qu'elle avait si longtemps distillé sur ses blessures et ses haines. Elle avait tant de fois retenu sa main...

En songeant froidement qu'il ignorait pour combien de temps encore, Laurenz frappa à la porte. Aussitôt que Ludwig apparut, il le poussa doucement à l'intérieur en appuyant du bout des doigts contre son torse. Il s'imposait, comme toujours.

« Je vais devoir te retenir un moment. » dit-il en guise de salut. Sa voix, immuablement grave, ne trahissait pas le bonheur qu'il avait de le voir. « Tu ne m'en voudras pas, bien sûr. » Il le dévisageait, étrangement détendu, considérait la belle détermination de ses traits que la folie, il l'espérait, n’altérerait jamais. Un joyau dans un écrin de rouille. Laurenz n'ignorait pas les risques. Seulement, il les avait acceptés. Comme tout le reste. Il referma sèchement la porte derrière lui, et le sérieux de sa bouche, enfin, daigna s'ourler d'un sourire discret, qui parut du même coup adoucir la sévérité de son œil gauche – sans excès toutefois. Sa lèvre était toujours blessée. « Je constate avec plaisir que tu te portes bien... Même si tu me répondras sans doute encore une fois que ce n'est pas le cas du peuple. Abstiens-toi encore un peu. Dis-moi plutôt : as-tu eu un quelconque problème durant mon absence ? Quelqu'un t'a-t-il importuné ? »

S'assurer de son bien-être avant tout. Préserver leurs retrouvailles aussi longtemps que possible. Bien sûr, il omettait à dessein le sujet de la lettre. Ludwig avait parfaitement bien anticipé sa réaction. Mais Laurenz n'allait pas avouer d'emblée combien il aurait aimé la jeter dans l'un des « feux de joie » qui animaient parfois le champ de bataille de l'Archipel Nord, où crépitait et fondait la chair des rares géants belliqueux, dont les yeux avaient sordidement été crevés, dont les bras et les jambes avaient salement été sectionnés... Il avait dû se contenter d'un simple feu d'intérieur.
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MessageSujet: Re: L'action est l'action, et non la justice.   Ven 30 Nov - 10:19

Au sein de l'Ordre, on faisait de son mieux pour oublier ses origines. Bien sûr, un Walhgren ne pouvait renoncer à son nom ou à son pouvoir, mais Ludwig vivait comme ses frères et soeurs. Modeste, il se contentait de peu et donnait toujours autant que possible. Il n'aimait pas qu'on le traite comme un supérieur qu'il n'était pas. Certains le considéraient avec plus de respect qu'il n'en méritaient, beaucoup voulaient le suivre, là où il ne faisait qu'obéir à la règle de l'Ordre et ne donnait aucune consigne particulière. C'est donc avec un souvenir bienveillant qu'il secoua la tête lorsqu'on lui apporta un billet portant le sceau familial. Le jeune frère qui le fit le lui tendit comme s'il s'agissait d'une relique.

Que donc son oncle pouvait-il lui vouloir... ? Rien. Ludwig se figea, alors que ses yeux bleus dévorèrent les quelques lignes. Elles étaient écrites et signées de la main de son frère et non de celle du Grand-Duc Maximilien. Laurenz voulait le voir, lui parler... Ce billet était-il nécessaire ? Vraiment, entre frères, ne pouvait-il pas venir directement ? Ludwig sourit, s'imaginant son frère s'attendant à un tapis rouge et un orchestre, prêt à l'accueillir. S'il désirait quelque chose de semblable, il se mettait le doigt dans son oeil artificiel. Et tant mieux.

* * * * *

Pour une fois, ses attentes, à propos de Laurenz, ne l'ont pas déçues. Ludwig ne travailla que durant les premières heures de la journée, après quoi il se retira pour méditer et se préparer son aîné. Le Commandant en chef des armées de l'Empire arriva chez lui... égal à lui-même. Ludwig n'aimait pas les politesses des salons et de l'aristocratie. Laurenz semblait incapable de se montrer aimable. Pourtant, son cadet savait à merveille qu'il n'était pas comme ça. Il pouvait être doux, attentionné et aimant. Tout n'était pas que violence chez lui. Au moins, il fut un temps où cela n'était pas le cas. Depuis... Difficile à dire.

- Je suis heureux de te voir, mon frère.

Ludwig lui sourit et se laissa pousser vers l'intérieur de sa modeste petite chambre. Il serait peut-être plus délicat qu'ils restent entre eux, dans l'intimité familiale. Rien ne devait sortir de là. Pas alors qu'ils se retrouvaient après tout ce temps. Personne n'en saurait rien, ils le savaient tous les deux. Au nom d'une réconciliation, même précaire, Ludwig encaissa les sarcasmes de son aîné et l'écouta jusqu'au bout, la tête baissée, un sourire délicat, preuve de son bonheur de se retrouver auprès de quelqu'un... Comme lui. D'un Walhgren, d'un jeune Walhgren, de son frère bien-aimé.

Il rit franchement aux questions de Laurenz. Avaient-ils encore dix ans ?

- Les seuls qui ne me laissent pas tranquille sont ceux qui ont besoin d'être aidés. Ils sont trop nombreux, comme Tu t'en doutes. Mais si Tu voulais savoir si Tu pourrais décharger tes pulsions sur quelqu'un en mon nom, j'ai bien peur de te décevoir, Laurenz.

Ils se fixèrent dans les yeux durant quelques instants, l'un dominé par la carrure et posture militaires de l'autre. Enfin... Ludwig ne pouvait se résoudre qu'à regarder un seul des yeux de son frère. Le vrai, le sien. L'autre ne sera jamais l'oeil de son parent le plus proche. Que voulait-il ? Juste voir s'il allait bien ? Laurenz ne ferait pas le premier pas pour qu'ils débattent de leurs différends. Il était là pour un problème bien précis. Peut-être bien justement s'assurer que son cadet allait bien ? Le mage du Sang ne doutait pas que le militaire mettrait la ville à feu et à sang pour retrouver la personne qui aurait levé la main sur lui. Il pouvait dire des choses terribles et sombrer dans une colère que seul Ludwig était capable d'endurer sans faillir. Une colère qui aurait balayé tout mortel sur son passage. Mais malheur à quiconque tenterait de regarder de travers le conservateur des deux frères.

Maintenant qu'il était en face de lui, Ludwig n'était pas pressé pour parler des agissements d'Exodum... Laurenz était là et ça, c'était plus important que tout le reste. Qu'ils profitent. D'abord,la famille. L'Empire après. La Science allait patienter, elle aussi. D'abord, il était indispensable d'apprendre ce que l'aîné manigançait. Que voulait-il ? Cherchait-il à renouer des liens ? Ou avait-il un autre projet ? La voix douce et apaisante de Ludwig retentit une fois de plus, dans le silence et le calme de la cellule du frère qui décida de vivre dans la pauvreté. La chemise de Laurenz valait plus cher que tous les meubles présents dans la pièce.

- Dis-moi, mon frère... Que puis-je faire pour Toi ?

Il semblait dire qu'il ferait tout, lui rendrait n'importe quel service, à moins qu'il ne s'agisse de l'une de ses folies furieuses, liées à la génétique. Sinon... Que ne ferait-on pas pour son frère le plus proche ? Ludwig, lui, ferait tout, même s'il pouvait blâmer les agissements de Laurenz pendant des heures, sans s'arrêter.
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MessageSujet: Re: L'action est l'action, et non la justice.   Dim 2 Déc - 7:37

Son frère avait un ascendant prodigieux sur lui. Laurenz ne concevait pas que l'on puisse un jour le priver définitivement de ce rire-là, de l'inflexion tendre de son regard et de sa voix. C'était au-delà de ce qu'il pouvait imaginer, au-delà du seuil de la raison, de la sanité d'esprit. Cela s'était depuis longtemps traduit par un amour qui courait trop vite, au point de se rattraper lui-même, et qui, dans son impulsion, plutôt que de le retenir là, apaisé auprès de Ludwig, le propulsait loin de lui, furieux d'angoisse, possédé par l'agressivité que lui dictait son tempérament de chien de garde. Tout le reste l'avait poussé en ce sens. Il avait en effet de bonnes raisons de croire qu'anéantir la menace extérieure permettrait de mieux endiguer les tensions intérieures. Et ses silences à ce propos relevaient moins de l'hésitation que de la stratégie.

Il ne répondit rien. Son frère le connaissait par cœur, si l'on excluait – et il avait bien l'intention de l'exclure jusqu'au bout – le détail de son mode opératoire. Il n'avait nul besoin de tout savoir. Laurenz n'y aurait vu qu'une atteinte de plus à son innocence, à sa pureté. Endurer la misère du peuple et renoncer aux prérogatives de sa condition, tout cela était déjà bien assez selon lui ; en témoignait le fait qu'il s'arrangeait habituellement pour ne pas le surprendre dans l'exercice salissant de ses fonctions. Il l'aimait, le voulait et aspirait chaque fois à le trouver ainsi : immaculé. Même s'il était infiniment fier de sa détermination, il préférait souvent ne l'être que de loin.

Il finit par se rendre compte qu'il s'était inconsciemment abîmé dans la contemplation. Il lui avait toujours été difficile de se soustraire au magnétisme de son frère ; s'y abandonner comme il avait pu le faire autrefois, par contre, ne lui était plus vraiment possible. Ludwig, en ignorant obstinément l'implant qui le dénaturait, lui rappelait systématiquement qu'il n'avait plus de regard. Qu'il avait tiré un trait sur l'intimité de leurs yeux, sur les innombrables fois où, complice et tendre encore, Laurenz s'était rapproché de lui pour lui parler front contre front. Il comprenait son amertume. Plus généralement, il comprenait la déception, le sentiment de gâchis éprouvés par ceux qui s'étaient habitués à l'expressivité et à la profondeur de ses yeux noirs, à la fougue adolescente qui les avait animés, puis à l'arrogance mâle qui les avait affermis – et que seuls ses gestes conservaient désormais. Il comprenait... mais se trouvait encore à mille lieues des regrets.

En somme, tous deux étaient probablement destinés à alterner entre fragiles ententes et violents conflits d'opinions – qui finissaient fréquemment, du côté de Laurenz, par des variations plus ou moins ardentes de : « Sois beau, sois sage, et tais-toi. » Fort heureusement, pour l'heure, les circonstances ne s'y prêtaient pas.

De fait, il n'était pas venu pour faire souffrir son frère. Il avait acquiescé tardivement, satisfait quoiqu'un peu déçu de le savoir à l'abri des intentions malveillantes, puis l'avait contourné pour mieux réfléchir à la façon dont il allait conduire leur tête-à-tête. Mieux valait éviter de lui dire qu'il n'appréciait pas particulièrement le dénuement dans lequel il vivait. Il vint donc directement à l'essentiel.

« J'ai appris hier que j'étais père d'un garçon de neuf ans. » S'il manquait encore un peu de flegme – et éternellement de tact, il avait du moins dépassé sa première colère. Il n'y eut, dans son aveu, qu'un peu de doute et d'appréhension. « La bonne nouvelle, c'est que sa mère est certainement la femme que j'aurais prise pour épouse si les circonstances ne m'avaient pas appelé ailleurs. » Cela n'avait rien d'un secret. Il était tombé amoureux de Shéhérazade à dix-huit ans et n'avait plus cessé de la fréquenter depuis ; avec l'idée, cependant, qu'il ne fonderait probablement jamais de famille avec elle. En l'évoquant, même de façon très allusive, il signifiait qu'a priori, les intérêts de la famille impériale ne couraient aucun danger. « La mauvaise, c'est que je n'ai absolument pas l'intention de négliger mon devoir militaire pour autant, or cet enfant risque fortement de contrarier mon... audace habituelle. » Exactement comme toi, s'abstint-il d'ajouter. « Je ne serai pas toujours là pour lui. Sa mère est elle aussi très occupée. J'aimerais qu'en compensation, toi et notre oncle l'entouriez au mieux. En regard de l'éducation qu'il recevra, je compte tout particulièrement sur toi pour lui offrir la douceur qui me fait défaut. » Et la douceur seulement, se retint-il encore de préciser en songeant au malheureux conservatisme de ses idées. Enfin. Il était peut-être indélicat de présenter les choses sans le moindre détour, mais son frère avait toujours su réagir sagement aux maladresses de sa conversation, n'est-ce pas. Laurenz s'arrêta de nouveau face à lui, le considéra pour déterminer son sentiment. « Je ne m'attendais pas à devoir t'annoncer cela un jour. Aurai-je ton soutien, Ludwig ? »
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MessageSujet: Re: L'action est l'action, et non la justice.   Dim 2 Déc - 8:47

Laurenz est un guerrier, l'énergie pure et destructrice, indomptée. Il n'a que peu de délicatesse et reste plus sensible aux coups qu'aux caresses. Il incarne la force de l'Empire, il est le commandant rêvé pour la super-puissance humaine. Un combattant hors du commun, doté d'une fougue et d'un pouvoir difficiles à contenir dans un seul corps.

Le voilà pourtant perdu dans le regard doux de son frère qui n'a jamais eu à lever la main sur une mouche, qui a consacré sa vie et son temps aux faibles et aux malades. Ludwig savait tout de lui, même après toutes ces années de séparation et d'entrevues peu... intimes. Ils n'étaient plus des enfants, mais des hommes, fils du souverain du Continent impérial. L'air hébété du militaire fait encore sourire son cadet. Le benjamin de la famille ne pourrait jamais se lasser de la vulnérabilité dont son frère faisait preuve devant lui. Cela lui rendait l'espoir que sa folie pourrait être stoppée. Un jour, peut-être, Laurenz verrait-il qu'il avait quitté le droit chemin, celui du bien commun. Ludwig le laissa se contourner, baissant à nouveau la tête.

Il écouta, avec une attention particulière. Ce n'est pas tous les jours qu'on venait lui annoncer qu'il était oncle. Jusque là, c'était un titre réservé à un seul membre de leur famille. Mais, manifestement, il fallait toujours changer quelque chose. Le monde devait évoluer. Un jour, Laurenz et lui seraient oncles. Le frère aux yeux bleus se dit qu'il allait juste ouvrir la marche. Le nom de la mère de l'enfant ne devait pas être prononcé pour être connu du cadet. Il savait qui avait... Le corps, sinon le coeur, de son frère. Elle seule lui faisait assez d'effet depuis toutes ces années pour qu'il revienne la voir, malgré son caractère.

Et si elle voulait toujours de lui, c'est qu'elle devait vraiment l'aimer.

Une union officielle n'aurait pas été un déshonneur, bien sûr. Une grande famille, une femme d'action, riche et influente... Mais Laurenz voulait d'abord accomplir son devoir. Un vrai Walhgren, il fallait croire. La question de l'Inquisition ne se posait pas. Plus d'un membre de leur famille se servait de leur guilde personnelle comme un moyen sûr pour avorter, même bien après la naissance de l'enfant. Leur sang ne devait pas se diluer... Personne n'allait en savoir quoique ce soit, à une seule condition.

- Je ne vois pas pourquoi mon soutien pourrait-il t'être refusé, mon frère. Je veillerai sur cet enfant. Tu sais bien que notre Père et notre soeur ne doivent jamais le rencontrer, n'est-ce pas ?

Seul le contact avec le chef de la famille faisait d'un Walhgren un saint vivant, canal entre l'Ombre et le monde matériel. Si l'enfant venait un jour à rencontrer Ezhekiel IV ou son héritière légitime, il réveillerait sans doute son don. Et là... Soit il entrerait dans la famille, soit il devrait le quitter par la porte qui menait à la mort. Ludwig trouvait cela assez abominable, mais il n'était pas dupe au point de ne pas saisir la portée protectrice de ces mesures. Il était assez versé dans les arts magiques pour comprendre l'importance de tout cela... Si Laurenz avait besoin de lui, il allait l'aider. De tout son coeur. Puisque l'enfant devait vivre, il allait apporter son soutien.

- Cependant, je suis curieux. A ton avis, lequel de mes crimes m'a-t-il valu d'être condamné à un second Toi ?

Le cadet se retourna vers son frère, un large sourire aux lèvres. Ils pouvaient plaisanter. S'il n'y avait que cela entre eux pour aujourd'hui, ils n'allaient pas se disputer. En aucun cas. Ludwig sentit que ce n'était pas le bon moment et espéra que son frère allait prolonger son séjour à la Capitale pour cette occasion. Ils allaient débattre de la misère du peuple un autre jour... La famille d'abord.

- As-Tu déjà parlé à notre oncle ? - Il sut que non. Maximilien n'était pas la première personne avec laquelle Laurenz irait parler. Un bref silence. - Veux-Tu que je le fasses à ta place ?

Il souriait encore à son aîné. Le beau et fort Laurenz, bien que défiguré par son oeil qui ne clignait jamais, demeurait un plaisir pour l'âme de Ludwig. Un plaisir si rare, un plaisir d'enfance. Il lui confiait son enfant, lui demandait de lui offrir de la douceur. Il était vrai que le commandant des armées impériales n'en avait pas beaucoup. S'il devait en distribuer en plus, il ne resterait pas avec grand-chose. Tout cela était flatteur. Ludwig baissa la tête, détournant son regard. Il fallait le reconnaître.

- Tu m'as manqué, Laurenz.
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MessageSujet: Re: L'action est l'action, et non la justice.   Lun 3 Déc - 7:55

La grâce encore, la grâce toujours, la grâce à jamais. Ludwig, en lui offrant la sérénité de son front, dévorait avec élégance le vestige de sa colère volcanique. Lui n'avait pas été capable de patience en apprenant l'existence de ce fils : il n'aimait l'imprévu qu'à condition de pouvoir l'écraser ; devoir compter avec, par contre, lui demandait d'effectuer un travail autrement pénible sur lui-même. Il sut donc gré à son frère de lui être apparu – comme il l'avait intimement espéré, tel qu'il l'avait toujours connu – pondéré, indulgent et généreux. Même si leur conversation mettait sérieusement au jour les enjeux qu'impliquait cet enfant, il acheva de se détendre et, charmé par le sourire éclatant de Ludwig, consentit à y opposer la ligne moqueuse de sa bouche.

«  Ton crime... Eh bien, je crois qu'il ne devrait pas être permis d'être aussi bon. » Il ne plaisantait qu'à moitié. Sa trop grande bonté l'inquiétait parce qu'elle pouvait faire le jeu des personnes malintentionnées ; toutefois elle lui plaisait aussi : c'était une vertu qu'il admirait plus qu'il n'enviait, que seules son « intelligence militaire » et ses angoisses d'aîné le forçaient quelquefois à condamner. Pensif, il poursuivit sans cesser de considérer les lèvres souriantes de son frère. « Je n'ai pas encore rencontré l'enfant. Sa mère continue de le cacher, à ma demande. Et... » Naturellement, sa proposition l'avait un peu vexé. Il se sentit une brève crispation dans la mâchoire. « Je ne veux surtout pas que tu en informes notre oncle à ma place. Je m'entretiendrai avec lui dès que j'aurai les idées assez claires. Ce soir, peut-être. Il me faut encore réfléchir... » Il ferma un instant son œil gauche, les sourcils froncés par la réflexion et la bouche sévère à nouveau. Il connaissait la procédure familiale. « Cet enfant sera de toute façon un militaire. Il me reste encore à déterminer si je ferai de lui le prochain défenseur des Walhgren, et si, pour cela, je suis véritablement prêt à me considérer comme un homme marié. » Ce n'était pas tout. Shéhérazade, malgré la constance de leur relation, avait toujours tenu plus que lui à son indépendance ; et même s'il avait une lourde propension à s'imposer, la question de leur union ne s'était jusqu'à présent jamais vraiment posée.

Mais enfin, Ludwig ne laissait aucun répit à ses humeurs. Il cherchait encore à le subjuguer par l'agrément de sa figure, par la splendeur de son âme. Laurenz, à la lumière de sa propre expérience, se surprit à penser qu'il ne lui connaissait aucune véritable liaison amoureuse, et songea aux regards – aux mains ? il n'eut pas ce vice-là ! – que l'on avait pu poser sur lui. Il oubliait volontiers combien son petit-frère avait grandi. L'index qu'il fit glisser contre la courbe de son menton fut sans doute un peu possessif ; et plutôt que de lui relever le visage comme il en avait d'abord eu l'intention, peut-être touché par un aveu qu'il aurait lui-même évité de formuler – étrange pudeur guerrière, sa main – non : sa patte d'ours – vint fraternellement trouver sa nuque ; il l'attira contre lui. Son bras retombé autour de ses épaules, son souffle un instant égaré sur sa tempe puis sur ses cheveux, il fit enfin couler dans son oreille un murmure rauque :

«  Je sais. » La réciprocité se trouvait dans son étreinte. Il n'avoua pas qu'il s'agissait pour lui d'une sorte de malédiction. Que s'il regrettait douloureusement leur enfance, il savait pertinemment, au fond, que l'âge et les convictions ne cesseraient jamais de les séparer. Laurenz ne changeait pas. Ne changerait pas. « Je serai bien entendu contraint de rester à la Capitale plus longtemps. Tu me verras, si tu le souhaites. » Il se tut un moment, voulut encore une fois s'imposer. C'était plus fort que lui. « N'en profiterais-tu pas ? Reviens vivre au Palais pendant que je suis là – seulement pendant que je suis là. Tu me ferais plaisir. Peu m'importe que tu viennes ici faire ton office, je serais rassuré de te savoir chez nous. Au moins pour la nuit. Reviens-moi. » Il aurait certainement été prêt à lui servir d'escorte en personne. Après avoir activement milité en faveur des Génos.
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MessageSujet: Re: L'action est l'action, et non la justice.   Lun 3 Déc - 8:49

Si bon ? Ah... Ludwig faisait preuve d'une générosité et d'une naïveté sans bornes. Probablement trop souvent pour un Walhgren. Ses ancêtres étaient des conquérants, des guerriers, des génies de la science, de la magie et de la domination. La Règle du Plus Fort était, et reste, leur loi principale. Le benjamin de l'actuelle famille... Même s'il venait d'apprendre qu'il n'était plus le plus jeune Walhgren... ne collait pas vraiment à ce tableau. Talentueux, très influent en confrontation directe, il inspirait des dizaines de personnes pour porter secours à leur prochain. Il hocha la tête. Oui... Laurenz pourrait aussi bien serrer l'enfant dans ses bras dans un déferlement d'amour paternel, comme lui briser le cou dans un moment d'égarement. Autant prendre le temps de méditer la question.

- Je ne ferais rien concernant cet enfant sans ton accord, mon frère. Tu as ma parole.

Même si Ludwig allait faire de son mieux pour faire du gamin "un homme bien" selon son système de valeurs, il ne doutait pas que Laurenz avait déjà des plans, multiples et détaillés, le concernant. Dans le domaine familial, le benjamin n'allait pas faire d'histoires. Ses aînés avaient le droit de décider, lui, il allait prendre soin du petit, comme de son neveu. L'autorité paternelle était ailleurs. Elle allait être loin. Ludwig en connaissait un rayon en Père absent, même si le sien n'était en permanence qu'à quelques kilomètres de là, tout au plus. Voir son oncle au quotidien, voilà une tradition dont ils pourraient se passer... Il espérait que Lysandre n'allait pas leur mettre ce genre de tâches sur le dos. Elle pourrait se consacrer à la Cour et au peuple... Rêves, toujours des rêves...

La tristesse perça le sourire de Ludwig, lorsqu'il plaisanta avec amertume.

- Ton mariage serait-il peut-être une raison suffisante pour que Père passe une journée entière avec nous...

L'Empereur-inventeur Ezhekiel IV était en effet très souvent absent des salles communes du Palais. Seule sa fille et ses serviteurs ayant consacré leurs existences sur l'autel du Progrès pouvaient accéder à ses laboratoires. Même eux deux devaient attendre qu'il vienne à eux... Ludwig secoua la tête, comme pour chasser ses pensées sombres. Son frère vint lui toucher le visage, comme pour y trouver quelque problème à chasser. Avant, il vérifiait ainsi si Ludwig ne pleurait pas ou n'avait pas mal quelque part. Ce contact lui avait manqué... Il y avait une puissance protectrice rassurante chez Laurenz. Son frère aîné lui faisait presque oublier qu'en dehors de ces murs il était un monstre assoiffé de sang ennemi, ne cherchant que des cibles à abattre... A moins qu'il ne lui restent vraiment encore des sentiments d'humain ? Sûrement. Mais il étaient enfouis très profondément, voilà tout.

- Je sais que cela t'importe peu...

Il regretta immédiatement ses paroles. Douceur ou amour, Ludwig ne cessait d'être lui-même... Un frère de l'Ordre, bien engagé dans la cause du peuple. Et le désintéressement ouvert de son frère bien-aimé le touchait droit au fond de lui. Il se mordit la lèvre, gêné par sa propre maladresse. Leur rencontre lui tenait tant à coeur... Pourtant Laurenz le voulait auprès de lui... Ce n'était pas pour rien. Ils s'aiment tant... Peut-être pourraient-ils passer du bon temps ensemble, comme avant ? Non, cela était impossible. Il serait difficile de laisser leurs convictions de côté pour rire autour du feu dans un salon du Palais impérial. Plus jamais ne feraient-ils pas de batailles de coussins. Plus jamais Laurenz ne casserait de nez à un enfant de noble pour avoir lancé une pique à son cadet... Quoique. Ce dernier point restait sans doute le seul d'actualité.

Le souffle chaud de son frère provoqua chez lui un soupir. Le parfum, reconnaissable entre mille, de Laurenz venait à ses narines... Ludwig voulut croire en leur enfance perdue, il voulait qu'elle revienne avec leur insouciance et leur ignorance des grandes affaires de ce monde. Il ne pouvait pas refuser la requête de son frère. Il crut bien, en cet instant, ne pas pouvoir lui refuser grand-chose. Il laissa échapper l'air de ses poumons dans un grand soupir de résignation et capitula, avant même le début de l'argumentation. Le drapeau blanc, déjà mêlé à l'amusement, se vit dans son regard bleu qu'il plongea encore dans l'oeil unique de son frère.

- Je compte sur Toi pour faire dépoussiérer mes appartements avant ce soir, Laurenz.

A sa connaissance, on fit un véritable musée de ses chambres privées. Rien n'y était changé ou déplacé. Le palais était largement assez vaste pour se passer de ces quelques pièces. Ni Laurenz, ni Maximilien ne voudraient y voir quelqu'un d'autre que leur frère et neveu. Ludwig tapota la joue, celle du côté de l'oeil sain, de Laurenz tout en secouant la tête.

- Ne crois pas que je le fais pour ma sécurité, Laurenz. J'abandonne temporairement le peuple que j'aime pour Toi. J'espère que ce n'est pas une erreur...

Encore une indélicatesse de commise... Enfin... Il ne fallait pas être dupe. Ce n'était que la vérité et Ludwig espérait vraiment qu'il n'allait pas regretter d'avoir donné son accord. Ici, au sein de l'Ordre, tout le monde allait comprendre... Et quand bien même non, cela n'avait pas d'importance. Une fois au Palais, Laurenz allait sans doute lui demander de bien s'habiller... Ou de rester au lit jusqu'à des heures dignes de la noblesse. Il fallait avouer que le rythme de la vie de Ludwig était celui du misérable paysan qui doit travailler sous peine de ne pas pouvoir nourrir sa famille. Le guérisseur se tut, posant sa tête contre l'épaule de son aîné. Il n'avait rien à dire. Il voulait profiter de la présence de son frère, voilà tout. Rien d'autre ne comptait que ce retour illusoire à l'enfance perdue.
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Chef des Armées

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MessageSujet: Re: L'action est l'action, et non la justice.   Jeu 6 Déc - 1:12

S'il y eut en lui un nouveau soubresaut d'humeur, Laurenz feignit tout de même – au prix d'un effort surhumain – de ne pas avoir relevé les propos contrariants de son frère. Il s'était docilement livré à son espièglerie, l’œil mi-grave, mi-moqueur, et avait fini par emprisonner dans la sienne la main délicate qui lui avait tapoté la joue. Peut-être la serra-t-il plus fort lorsque Ludwig commit son deuxième impair, mais il la libéra aussitôt, en déclarant orgueilleusement :

« Pour moi, oui, tu m'as parfaitement compris. Je ne te demandais pas autre chose. » Laurenz était satisfait d'avoir obtenu ce qu'il voulait et ne le cachait pas. Il fut plus heureux encore de ne pas avoir à interrompre lui-même les considérations de son frère. Ludwig avait spontanément pris la sage – très sage – décision de se taire, et il lui en fut intimement reconnaissant. Il suffisait souvent d'un mot pour opérer le glissement vers leurs querelles idéologiques ; de véritables catastrophes émotionnelles où l'aura noire de Laurenz ne se laissait plus domestiquer et qui, par conséquent, appelaient un lieu plus approprié – comprenez : privé.

Bien sûr, il n'avait aucune illusion au sujet de leur cohabitation. Il ne la redoutait pas, cependant. Elle exciterait des disputes, et Laurenz y trouverait son compte, parce qu'il vivait en permanence dans la colère et la violence ; parce que son impulsivité n'avait jamais altéré ses sentiments : même enragé – surtout enragé – il aimait ; c'était le problème, c'était le danger. Que Ludwig ait de fâcheuses opinions, du reste, ne balayait aucunement son désir de l'avoir auprès de lui.
Laurenz avait une façon très radicale de faire la part des choses.

Il demeura silencieux également, tout aussi sensible à la singularité du moment et à la nécessité de le faire durer. Son second bras vint enlacer Ludwig pour l'inviter à s'abandonner totalement à son étreinte ; lui-même consentait à la tendresse sans réserve, comme autrefois, afin de le soustraire provisoirement à la mélancolie. Plus gardien qu'assassin. Cela ne durerait pas, mais il pouvait bien faire semblant et accepter, ne serait-ce qu'un instant, de ne plus regarder les choses en face ; au nom de son amour pour lui.

Leur paix dut bien finir pourtant. La perspective de rester à jamais dans le rayonnement pacificateur de Ludwig lui avait souvent semblé charmante – voire terriblement attirante par moments ; hélas, ni l'amour, ni le devoir n'admettaient la veulerie. Laurenz, après s'être péniblement arraché de sa torpeur sereine, s'éclaircit la gorge et repoussa doucement son frère.

« Je viendrai te chercher avant la tombée de la nuit. » l'informa-t-il en s'éloignant un peu de lui – à reculons, comme pour ne pas céder une fois de plus à son influence, tout en le souhaitant encore néanmoins. « Sois prêt. » Il mettrait bien entendu un point d'honneur à ce que ses appartements soient impeccables. Son frère serait enfin traité avec tous les égards qui lui étaient dus. Il eut un dernier regard pour lui, afin de puiser une énième fois dans ses yeux bleus tout ce qu'il pouvait de force et de consolation. « Merci pour tout, Ludwig. »

Pas davantage. Ils se verraient bientôt. Laurenz se détourna et sortit de la cellule, fermant la porte derrière lui sans se retourner. Le souffle froid des tensions extérieures se répandit rapidement sur son cœur, que Ludwig venait si facilement de réconforter. Quand il fut dehors et qu'il eut rejoint sa garde, il était déjà redevenu le chef intransigeant des armées, un pied dans la raison, un pied dans la folie. Sur son épaule, sa conscience guerrière, immatérielle et malicieuse, avait désormais repris ses litanies inhumaines.

[Clos de mon côté. Merci beaucoup <3]
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Frère de l'Ordre

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MessageSujet: Re: L'action est l'action, et non la justice.   Jeu 6 Déc - 10:21

Un grand frère en restera un, quoi qu'il arrive. Le monde pourrait s'effondrer autour de lui, Ludwig saurait exactement ce que serait le comportement de Laurenz. Autoritaire, chaleureux, dompté par l'aura écrasante de sérénité et de tendresse de son cadet. "Je sais tout mieux que Toi, mais c'est Toi le plus mignon." Laurenz Walhgren dans toute sa splendeur.

Aucun doute quant au fait que les mots allaient leur faire encore mal... Ils allaient se confronter et, maintenant que Ludwig devait rentrer au Palais impérial, ce n'était qu'une question de temps... Ce soir ? Peut-être pas. Entre dernières nouvelles racontées au coin du feu, un concours de boisson ou autre sottise de deux jeunes hommes, ils n'auraient probablement pas le temps d'attaquer (c'est le bon mot) les sujets les plus délicats, comme les génos, les expériences d'Exodum ou la situation socio-économique du peuple... Des sujets qui allaient faire trembler la demeure familiale des caves les plus profondes aux tourelles les plus élancées. Deux frères, deux auras puissantes, deux points de vue opposés. Une catastrophe.

En attendant, un observateur neutre pourrait dire que ces deux hommes s'aimaient d'un amour fraternel sans bornes et que rien ne pourrait les séparer ou créer la discorde entre eux. Hélas, ce n'était qu'une brève interruption d'un combat qui ne connaîtrait jamais de gagnant.

Un grand frère... Un ordre, plus qu'une affirmation. Il allait venir le chercher, comme s'il n'était qu'un enfant qui aurait besoin qu'on lui tienne la main. Ludwig allait être prêt, bien sûr. Cela faisait une éternité qu'ils ne sont pas rentrés au Palais dans la nuit, rien qu'à deux, comme deux fugitifs, souvent ivres ou avec des vêtements déchirés. Peut-être Laurenz voulait-il revivre cela ? Ce serait probablement fort agréable, même si cela ne serait rien d'autre qu'une pâle imitation d'un passé exceptionnel et joyeux.

- De rien, Laurenz. Lorsque Tu auras besoin d'aide, Tu me trouveras toujours à tes côtés, mon frère.

Il lui fit encore signe de la main, histoire de le saluer davantage. Laurenz n'avait rien d'un grand orateur, il se limitait au stricte minimum. Une caractéristique de soldat. La porte fut fermée, Ludwig se retrouva seul dans le silence. Un silence d'attente, comme si son petit univers privé retenait son souffle. Allait-il se réjouir ? Pleurer ? Sortir à son tour en claquant la porte pour courir vers ses multiples occupations ? Ludwig hésitait... Un neveu ? Retourner ce soir au Palais ? Oui, il le devait. En plus, il était certain qu'en plus de vouloir retrouver leur enfance, Laurenz allait avoir besoin de lui pour affronter cette paternité qui lui tombait dessus sans crier gare. Et il devait l'aider. Il voulait l'aider.

Les yeux bleus se posèrent sur ce modeste lit, où il souffrait souvent le froid. Il ne dormirait plus dedans pendant quelques temps. Des jours, sans doute. Semaines ? Probablement. Laurenz allait avoir une longue liste de tâches à accomplir, avant de répartir. Puis, il serait sans doute bon qu'il se montre un peu en société. Il allait un jour devoir assumer le poste de Régent Impérial... Soigner sa réputation, voilà ce dont il avait besoin.

Finalement, Ludwig tomba à genoux, ses jambes formant un angle droit. Il inspira et ferma les yeux, baissa la tête. Il entendit distinctement des centaines de coeurs battre dans ses alentours immédiats. Nombre de gens sont devenus fous, avant même d'atteindre son degré de maîtrise de la magie du Sang. Mais il suivait la Règle de l'Ordre et rien ne pouvait lui faire perdre son équilibre. Il était temps de se vider l'esprit et de s'éloigner de ce monde qui n'était que dilemmes et souffrances. Un murmure brisa le silence, le déchargeant de son attente. Une vieille prière, toujours utilisée comme mantra de méditation au sein de Libris Umbra.

- Tout ce qui est, l'est à travers l'Ombre. Toute existence est équilibre et l'Ombre en est la forme la plus parfaite. Ceux qui servent l'Ombre, servent le bien de toute l'existence...
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L'action est l'action, et non la justice.

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