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 Les hommes les plus humains ne font rien d'autre que les bibliothèques et les cimetières.

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Chef des Armées

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MessageSujet: Les hommes les plus humains ne font rien d'autre que les bibliothèques et les cimetières.   Mer 12 Déc - 9:04

Laurenz fut rapidement de retour au Palais. N'être attendu à aucune des mondanités parasites qui animaient la Capitale lui permettait de conserver une grande liberté dans la gestion de son emploi du temps, et il s'en félicitait. Il demeurait foncièrement indifférent aux stratégies ordurières de l'apparence. Les rares aristocrates qu'il avait admis dans son entourage, sans surprise, possédaient une vocation militaire ou une probité – idéalement les deux – qui les rendaient supportables ; quant aux autres, parce qu'il ne prenait jamais la peine de se donner l'air intéressé quand il ne l'était pas, ni d'adoucir la dureté de son regard incrédule, il ne les avait jamais encouragés à s'enfoncer plus avant dans les vanités – sans compter sa propension à faire pleuvoir des tuiles rabrouer dès qu'il estimait avoir entendu le mot de trop. Il refusait sèchement les subtilités de la conversation. S'il les comprenait du fait de son éducation, il n'en usait sous aucun prétexte et tâchait seulement de ne pas en être la dupe. Il préférait être l'homme du laconisme et de la clarté ; de fait, il ordonnait plus qu'il ne discutait.

Il se surprenait à y songer précisément à cause de son frère, qu'il lui semblait maintenant avoir quitté trop vite : comme il ne s'embarrassait guère de tergiversations, ses entretiens, même intimes, étaient pour la plupart tristement brefs. Il n'avait pas été question de parler davantage de l'enfant, dont lui-même ignorait encore presque tout. Laurenz ne sut s'il avait en fait « craint » l'imminence d'une dispute – prématurée – ou s'il s'était simplement senti impatient d'accueillir Ludwig là où il aurait vraiment dû vivre. Avec le peu de recul dont il disposait désormais, il pouvait du moins mesurer l'étendue de son contentement intérieur – malgré toute la hargne qui le constituait – si bien que le moment lui parut opportun pour enfin voir son oncle et l'entretenir des dernières nouvelles.

Le majordome, qui avait accueilli son retour, l'informa que son Altesse Impériale s'était rendue en cortège à l'Orphelinat des ombres égarées pour y faire de nombreux dons ; sa voix trahissait une admiration respectueuse qui fit ciller Laurenz plus lentement qu'à l'accoutumée.

« Mon oncle est allé à l'Orphelinat pour y faire acte de bienfaisance en personne. » répéta-t-il, un sourcil arqué de scepticisme. Le majordome acquiesça en feignant de ne pas avoir remarqué son insensibilité à la générosité du Régent. Laurenz aimait et respectait beaucoup son oncle – l'une des seules figures d'autorité qui, autrefois, avaient su contenir sa trop grande fougue et endiguer son indépendance – de même qu'il appréciait à leur juste valeur – du moins trouvait légitime – les nuances indispensables de sa politique. En l'occurrence cependant, il jugeait l'initiative un peu excessive. Trop ostentatoire, en vérité. Mais enfin, il avait plus intelligent à faire que d'épiloguer là-dessus – d'autant que le petit personnel n'avait pas à en savoir davantage sur les dissensions qui divisaient la famille impériale. « Mon frère regagnera le Palais avant ce soir. » reprit-il en se dirigeant vers l'escalier d'honneur. Il s'arrêta au pied des marches et fit face au majordome, pour lui ordonner froidement. « Je veux que ses appartements soient parfaits. Veillez-y. »

Ludwig, lui, n'était pas du genre à se formaliser d'une condition de vie inférieure à celle qu'appelait l'éminence de son lignage, songea-t-il avec agacement ; enfin il s'engagea dans l'immensité de l'escalier, insoucieux du majordome et de sa longue révérence, entièrement tourné vers l'attente qu'il avait maintenant à combler.

À l'Archipel Nord, la vie en garnison d'un demi-million de soldats faisait qu'on y tournait en rond, mais dans l'effort, dans l'entraînement et le dépassement de soi permanents. Laurenz était un chef très présent qui accompagnait ses troupes au maximum ; ici, il se sentait isolé, arraché de l'atmosphère combative qui lui convenait si bien. Défini en grande partie par le besoin qu'il avait sans cesse de s'épuiser, il n'avait tout simplement jamais appris à s'ennuyer – et très peu à se divertir en société. Or, il avait à cet instant une humeur relativement bonne à ménager.

Il ne fit que consulter certains dossiers militaires laissés de côté, des profils qui méritaient d'être remarqués du fait de leurs performances aux toutes nouvelles recrues jugées prometteuses par ses officiers. Il s'intéressa aussi de près aux relais. Ses hommes, bien qu'accoutumés aux extrêmes, n'en avaient pas moins droit au répit – la situation militaire actuelle le permettait : il s'agissait d'éviter que les soldats en permission ne rouillent dans leur retraite, et que ceux en service ne deviennent fous à force de combats et d'éloignement ; cela, dans le sens d'une efficacité toujours plus grande. Même si l'on aimait la guerre, la discipline exigeait une armée équilibrée. Laurenz exaltait la force et l'audace ; il sanctionnait l'inconséquence et la démence.

Enfin, l'aura de son oncle le surprit. Il ne l'avait pas attendu si tôt mais, las déjà de rester assis derrière un bureau, lui sut gré d'être rapidement revenu. Il mit de l'ordre dans ses affaires et redescendit sans tarder pour venir à lui.

« J'ai faim. » indiqua-t-il au passage à l'un des domestiques ; puis, alors qu'il s'apprêtait à saluer son oncle et lui proposer de déjeuner avec lui, qu'il allait lui annoncer, avec une certaine fierté, le retour de Ludwig au Palais, il sentit. Il sentit que quelque chose n'allait pas et, fronçant aussitôt les sourcils, demanda sans plus se soucier de civilités : « … Qu'avez-vous ? »
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Régent impérial

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MessageSujet: Re: Les hommes les plus humains ne font rien d'autre que les bibliothèques et les cimetières.   Jeu 13 Déc - 8:25

Pas un mot, pas un son, ne résonne des lèvres du cortège comme si toute la scène qui vient de se passer les avait mis à cran. Pourtant, de la tempête houleuse qui s'annonçait, le visage du Régent Impérial a retrouvé toute sa fermeté. Bon signe ou presque. L'aura de pouvoir envoie encore des ondes électriques sur l'épiderme réminiscence de l'échange entre l'Oncle et le Neveux. Pas un de la garde n'avait ouïe les paroles entre les hommes contre nature, source de pouvoir. En outre mesure, cela ne les regardait pas. La vie intimiste de leur supérieur restait secrète...

Seul importait la sécurité de l’Émissaire de l'Empereur. Et là où sa venue à l'Orphelinat des ombres égarées s'était répandu comme du feu aux poudres sur le Peuple, le danger pouvait devenir omniprésent. N'importe qui voulant attenter à sa vie et assez intelligent se faufilerait au plus profond de la foule amassée. Là, protégé par les nombreuses têtes curieuses sorties entretemps pour le voir, il serait invisibles aux prunelles des gardiens. Cette occasion ne se présentait que rarement. Il ne restait qu'à le tuer et partir.

Loin de remarquer la tension de la Garde pour sa propre sécurité, Maximilien scrute la masse vivante des âmes proches. Beaucoup de bruit et de mouvement. De joie et de peur. De colère et de haine. Une cacophonie assourdissante de notes et d'émotions qui ne prendra fin qu'à l'arrivée au Palais. Légère crispation et les mers ombrageuses expriment un ordre muet. Le cortège impérial resserre l'étau. Prisonnier du carcan de chair et d'armure, le Walhgren crispe la mâchoire.

Le froid baiser du vent ne l'apaise pas. Le temps semble presque arrêté pour lui qui ne désire que paix, quiétude et solitude. Les rouages de son intellect ne cessent de lui exprimer son incapacité à pouvoir protéger éternellement son précieux neveux. L'entrevue s'est arrêtée sur une triste note. Sévérité et Douceur. Amertume et Aveuglement. L'échancrure du bonheur timorée s'est à peine montrée dans leurs cocon filial. La Cause du Peuple à chaque fois corrode la joie des retrouvailles. Dureté de la vie qui les sépare.... Ce soir, il ne dormira que peu à moins que le sommeil arrive à l'assommer.

La marche s'accélère et bientôt le cortège silencieux se présente au Palais Impérial. Aux portes de la demeure des Walhgren, tous se retirent laissant seul Maximilien dans ses pensées obscures. Une silhouette connue... Des voix qui souffle son nom. Ses gemmes bleues grises couvrent le Chef des armées d'une lueur lasse. Laurenz.. Toujours aussi efficace. Une force pure.. Un guerrier indéfectible... Sa présence demeure en cet instant bénéfique et surtout appréciée... Il ne lui offre qu'une unique question en guise de salut. Sa perspicacité lui arrache un sourire chaleureux... Mais qui ne pourra le tromper. Ce soupçon d'état d'âme sonne faux en l'instant présent pour tout œil mal entraîné.

« Bon retour parmi nous, Laurenz. Silence. Échappée. Mouvement de la tête. Suis-moi. Nous pourrons discuter plus amplement dans nos salons privés. »

Par quelques mots soufflés, Maximilien informait à son neveux qu'il vaudrait mieux parler en tête à tête, loin des oreilles curieuses. Les échanges de famille n'avaient pas à attiser les médisances. Avant de partir accompagné du fils aîné de son frère, il dicte aux serviteurs l'unique ordre : leur apporter à manger dans l'heure suivante. Puis, se retournant, il se dirige dans le lieu de réunion. Arrivé à destination, la porte fermée, les mains croisées, son regard se porte sur l'extérieur.

Il ferme ses paupières et profite du calme ambiant. Mais l'heure n'est pas au moment de se perdre dans les pensées. Faisant face à Laurenz, il lui présente de la main le canapé d'onyx. Il serait plus bénéfique de parler installer confortablement. Le bien-être avant de lui répondre enfin... Assit, son regard plonge dans celui du Chef des Armées.

« Ludwig... Le nom teinte de manière mélancolique. Il est dur de faire passer la notion de famille dans son cœur meurtri. Ses idéaux un jour le mèneront à sa perte et la notre. Il en vient à traiter ton père comme un simple homme et nous tous comme des monstres hypocrites. »

Les mains croisées sur les jambes, le visage de Maximilien montre une certaine lassitude. Un soupir s'échappe. Malgré sa force de caractère et sa Sagesse, il y a des choses qui lui paraissent impossibles à corriger. Le cas de Ludwig en fait partie. Un temps coule et sur ses traits, le calme puissant et impérieux s'affiche.

Les prunelles de Maximilien couvrent de chaleur Laurenz. Sa présence lui a vraiment manqué. Pas un instant, l’Émissaire de l'Empereur ne le voit défiguré... Cet œil métallique ne le gêne aucunement et cela se voit. Il l'accepte tout entier et sans concession.

« Mangeons ensemble. Cela fait longtemps que nous n'en avons eu l’occasion. Nous pourrons parler en étant à l'aise et l'estomac plein.»
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Chef des Armées

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MessageSujet: Re: Les hommes les plus humains ne font rien d'autre que les bibliothèques et les cimetières.   Sam 22 Déc - 8:15

Laurenz avait préféré s'installer en face de son oncle, sur un siège indépendant, afin de pouvoir le considérer à son aise. La nervosité l'empêchait de se détendre néanmoins ; les coudes contre les bras du fauteuil et le buste légèrement incliné, sa posture montrait qu'il n'aimait pas rester assis et qu'il saisirait probablement la première occasion de se lever. Les silences et les lenteurs de son oncle, s'ils participaient de son formidable charisme, lui semblèrent à cet instant une éternité ; tout au plus une maigre poignée de secondes en réalité, mais son naturel impatient déformait souvent à l'excès sa perception du temps. Qu'allait-il lui apprendre ? Qu'un complot de grande ampleur s'était tramé contre la famille impériale ? Que...

Il n'apprécia pas du tout ce qu'il entendit. Le prénom de son frère, qu'il n'avait pas prévu si tôt dans la conversation, lui bouleversa l'esprit. Paradoxalement, ce prénom-là, dans son oreille, pouvait s'apparenter à un chant apaisant... ou avoir sur lui l'effet d'un cor de guerre : il retenait quelquefois sa main, mais en motivait plus souvent la frappe. Laurenz ne comptait plus les coups qu'il avait assénés pour le venger des offenses faites à son adorable personne. Or, il lui fut très inconfortable d'apprendre que Ludwig n'avait cette fois subi aucun affront ; qu'il venait tout au contraire lui-même d'en infliger un.

Ses lèvres frémirent et ses mains se crispèrent sur les accoudoirs ; son regard, jusque-là attentif, devint presque agressif. Comme autrefois bien sûr, la majesté et la bienveillance de son oncle le calmèrent un peu. Mais elles ne lui firent pas oublier combien ses mots lui avaient déplu. C'était viscéral. Certes, Ludwig avait une fois de plus manqué une belle occasion de se taire – Laurenz était par ailleurs le premier à lui reprocher, sans la moindre délicatesse, d'être à ce point imprudent et borné. Cependant il n'en restait pas moins son inestimable cadet ; quand il le protégeait, c'était aussi avec tout l'orgueil et la mauvaise foi que son amour fraternel supposait. Du reste, que faire d'autre, lorsque son oncle, qui avait été l'un des piliers de sa jeunesse difficile, qui avait à jamais gagné son respect, s'exprimait au sujet de Ludwig avec des accents insupportables de fatalité ? Il lui répondit avec une franchise à la hauteur de son estime pour lui :

« Ne parlez pas de lui ainsi. » La froideur incisive de sa voix n'était pas spécialement tournée contre son oncle. Elle trahissait plutôt l'anxiété qu'avivait en lui son pessimisme malvenu. « Ludwig n'a pas à être associé, de près ou de loin, au concept de perte. Cela n'est pas envisageable. Et même si vos craintes à son égard sont aussi les miennes, elles n'admettent pas pour autant la passivité. » Incapable de tenir en place, agité par sa propre pensée, il se leva et contourna lentement le fauteuil pour s'accouder au bord de son haut dossier. Dans cet entre-temps, il avait continué de parler. « Ses petites révoltes l'occupent. Elles seules ne feront jamais le jeu de vos véritables ennemis. À moins, bien sûr, que vous-même ne vous rendiez vulnérable à cause d'elles. »

L'entrelacement de ses doigts cacha un instant la crispation de sa bouche comme il observait attentivement son oncle. Lui dire les choses franchement, alors qu'il baignait au beau milieu des rapaces et des requins de la politique, lui semblait encore le meilleur moyen de l'épauler dans ses rares – très rares – moments de faiblesse.

« Vous savez que seule sa sécurité importe. » poursuivit-il après avoir relevé le menton. Sa voix grave venait de retrouver sa fermeté habituelle. « Avons-nous besoin qu'il le comprenne pour agir ? Notre tâche, il me semble, est de veiller à ce qu'il vive son souci du peuple sans danger ; tant pis s'il éprouve lui-même les limites de son action. Cela ne fait pas de lui un obstacle. Il ne le deviendra en aucun cas par ailleurs : je m'en porte garant. Ses opinions secondaires sont peut-être répréhensibles, il reste qu'elles ne dépasseront jamais le stade des mots. Et vous n'ignorez pas qu'à cet égard, Ludwig m'exaspère, mais ne m'affaiblit pas. » Son oncle occupait une place trop importante pour se laisser distraire ou attendrir par la douleur de son neveu. Il n'était pas question de compromettre ses affaires. « Vous pouvez compter sur moi, comme toujours. Et sur lui également : j'ai su le convaincre de revenir vivre au Palais le temps de ma présence à la Capitale. »

Il se tut, espérant l'avoir tout de même un peu réconforté, malgré la rigueur de ses paroles. Laurenz ne savait pas faire autrement, et il ne craignait pas les disputes. C'était son grand problème.
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Régent impérial

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MessageSujet: Re: Les hommes les plus humains ne font rien d'autre que les bibliothèques et les cimetières.   Lun 24 Déc - 6:36

Les lacs polaires dardés sur le Chef des Armées impériales, Maximilien pu, à loisir, repérer les stigmates de la nervosité sur le visage de Laurenz. Des réactions évidentes sous l'impatience d'ouïr ses explications sur le trouble qui pique son âme d'une douce rancœur. Et ses paroles, pailletées de fataliste, coulent en une chaîne continue. Une crue tumultueuse qui provoquèrent sur le visage voisin un enchaînement de stimuli presque immédiat.

La crispation des lèvres, le frémissement des mains, la lourdeur du regard presque agressif, posé sur l'Oncle venant juste d'afficher la sévérité sur les traits du faciès, présagèrent bien des mots qui surviendront aussi secs que cassants. Ce qui en fut le cas. A la première note tombante, l’Émissaire de l'Empereur se couvrit de la traîne du Silence. Un habit de gris et de blanc qui le destinait à se taire jusqu'à ce qu'il puisse boire jusqu'à la lie les syllabes franches du Neveu. Et qui ne souffriront d'aucune cassure car il ne tenait en rien à briser le fil de la pensée, par respect et amour pour l'être aussi explosif que du florigène.

Enfoncé profondément dans le moelleux sombre du canapé, l'Ainé affiche un air concentré, le regard attentif, les mains croisées l'une sur l'autre, les lèvres légèrement pincées. Il perdure figé dans l'immobilisme impérieux durant toute les premières minutes où des mots coulèrent sur lui la triste réalité des choses et sur l’égoïste d'oublier, séance tenante, le partage des ressentis. Ses craintes humainement fatalistes à l'égard de Ludwig offraient une crevasse où pourrait s'infiltrer les véritables ennemis proches des Walhgrens : Les libres penseurs qui souhaitaient à la place de la famille, les générateurs Solmarites ou les rapaces de la Politique.

Sa vulnérabilité propre à son inquiétude durant la rencontre avec le frère de l'Ordre n'avait guère sa place sur les tables d’Échecs du Pouvoir. Et le Chef des Armées vint le lui rappeler aussi abruptement qu'une gifle bien placée. Cette claque aussi vivace que dure crée un brusque changement dans les tréfonds voisins. Les paupières nouvellement closes, Maximilien déverse sans pudeur une aura puissante, redoutable. Une puissance sans conteste.. L'esprit de l'Oncle reprend la dureté implacable de son intellect. Ce psyché écrasant qu'on ne lui connait que trop bien et qui fait de lui, un adversaire tant redouté que respecté.

D'un calme Polaire, le Pilier de la Famille rempli d'un charisme magnétique, déporte ses prunelles orageuses sur le Chef des Armées, dorénavant placé derrière le fauteuil. Muré toujours dans son mutisme voulu, Maximilien déverse sur lui sa présence magnanime - et surtout - attentive. Toute son attention offerte à Laurenz, l’Émissaire de l'Empereur s'imprègne des paroles du neveux et du soutien dont il fait preuve à sa manière. Le visage de l'Oncle, si démuni de réaction durant toute l'entrelacement de syllabe, affiche une gravité effrayante. Tant et si bien qu'avec un minimum de connaissance sur lui, il en est difficile de deviner un centième de ses pensées.

Le temps coule dans ce salon où ne demeure qu'un échange de regard. Le Régent Impérial se contente - sur l'instant - de poser l'orage de ses gemmes sur le visage de l'être au tempérament explosif, une personnalité ayant la capacité d'avoir balayé abruptement les nuages sombres qui l'avait écorché. Puis, vint le premier mouvement : les mains se décroisent. La figure de Proue qu'il représente ouvre enfin ses lèvres jusqu'ici closes. La voix grave souffle les pensées indulgentes.

« Tu es le meilleur des traitements, Laurenz. Et pour la rudesse de tes paroles, je ne peux que placer un merci... Tu es le digne fils de mon frère. » Un sourire s'affiche sur le visage sévère pour disparaitre aussitôt. Les premières syllabes n'étant que l'entrée. « Il est vrai qu'il est de notre rôle premier de protéger Ludwig. Et de le tenir le plus éloigné possible des pensées les plus vindicatives. Son impuissance à donner au Peuple une vie meilleur l'afflige suffisamment.. Il n'a pas à connaître la saveur de nos Univers qui lui échappe. La Cruauté de Nos Mondes n'étant, à fortiori, trop dangereuse pour son humanité, et surtout, sa propre sécurité. »

La Politique... La Guerre.. Deux antipodes où la moindre faille peut et pouvait conduire à un triste sort. Maximilien et Laurenz le savait que trop bien pour avoir côtoyé cette cage aux lions depuis longtemps. C'est pourquoi, l'Oncle n'allait pas en profondeur sur ce sujet et qu'il passera donc à la suite... Mais avant.. L’Émissaire de l'Empereur se relève. Le charisme écrasant dont il fait preuve semble s'intensifier.

Près de la table, sa paume se pose sur le bois noir. Cette main, si douce - qui peut tout autant être ferme - se contente juste de caresser la surface laquée. Le visage aux traits sévères du Politicien dégage une certaine constance. Les lèvres accolées bougent. Le timbre grave reforme d'autres syllabes et mots...

« Je t'offre ma totale confiance, Laurenz. Mes engagements personnels pour la bonne pérennité de la Famille Walhgren ne doivent souffrir d'aucune vulnérabilité. Les hommes de Politique prendraient un malin plaisir à s'y engouffrer. » Un sourire se glisse aux commissures de sa bouche. Sa voix prend des sonorités plus chaudes. « C'est un plaisir de savoir que nous pourrons être de nouveau réunis. Pour fêter dignement son retour, nous attendrons ton frère pour manger. Mais... Avant.. Quelles nouvelles peux-tu m'apporter vis à vis de la République du Nord et de Toi ? »

La mine de Maximilien redevient sévère sous l'importance de la question....

[hrp : Happy X Mas petite ange Very Happy. Régales toi du pavé qui m'a pris des heures Very Happy]
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MessageSujet: Re: Les hommes les plus humains ne font rien d'autre que les bibliothèques et les cimetières.   Ven 28 Déc - 10:41

… Mission accomplie. Laurenz se redressa à son tour et se tint droit derrière le fauteuil, mains jointes sur le dossier. Indifférent aux compliments, il consommait uniquement la satisfaction de voir son oncle recouvrer l'impassibilité qui le caractérisait. Il le préférait ainsi, flegmatique, inébranlable. Fort, tout simplement. Ce qu'il s'apprêtait à lui annoncer l'imposait.

« Ludwig ne sera pas des nôtres avant ce soir. » répondit-il pour commencer. « J'irai le chercher moi-même. » Son frère était tout à fait capable de ne pas l'attendre et de lui montrer une fois de plus qu'il ne courait aucun danger en rejoignant seul le Palais. Laurenz, s'il avait hâte de le retrouver, espérait tout de même qu'il lui épargnerait ce genre de farce pour aujourd'hui. Il y avait de quoi lui donner envie de le menotter à son propre poignet ou de faire construire une tour haute de plusieurs centaines de mètres où l'enfermer à vie le rendre fou d'angoisse et de colère. La bienveillance du peuple, dans l'absolu, ne vous protégeait pas un homme. Il poursuivit avec une inflexibilité toute militaire.

« Pour ce qui est de l'Archipel Nord, il n'y a rien à signaler. Nous devons régulièrement faire face à des groupuscules que je crois toujours désolidarisés du gouvernement Solmarite. Nous n'en avons pas obtenu grand-chose. Les vaincre nous permet surtout de rendre tout échange entre nos deux peuples inconcevable et de signifier que nous ne sommes pas et ne serons jamais disposés à mener une politique pacifique. Pour le bien de l'Empire et de notre Saint Empereur. »

Bientôt pour la gloire, se dit-il à part lui. Laurenz s'exprimait rarement à ce sujet. Pour lui, le rempart qui protégeait les Solmarites ne devait jamais disparaître ; rien ne devait en sortir, se diffuser au-delà et profiter aux idéologies subversives. Il tenait à ce que l’Armée Impériale, toujours sur la brèche, se charge elle-même d'aller au-devant de l'ennemi ; il savait à peu près comment, mais ignorait encore quand, car nul pour l'heure n'avait su donner une réalité matérielle à son imagination militaire.

« Mais je souhaiterais vous entretenir d'autre chose. » admit-il enfin. « Qui me concerne, justement. » Et ce fut comme toujours à la manière d'un char d'assaut, abrupt, direct et incoercible, qu'il roula sur la conversation. « Vous me savez lié à la Duchesse-Commandante depuis dix ans maintenant. Nous n'avions jamais envisagé de nous marier parce qu'il n'était pas dans notre intérêt de fonder une famille. Seulement, en dépit de l'importance que nous accordons tous deux à notre devoir militaire, elle m'a annoncé hier que j'étais père. » Laurenz s'approcha posément de son oncle pour le regarder au fond des yeux. « Je sais ce qui vous est arrivé dans votre jeunesse. J'aimerais par conséquent prendre conseil de vous. C'est un garçon de neuf ans, et bien que je me sois spontanément méfié de Shéhérazade, il me semble à présent vain et absurde de la soupçonner davantage. » La dureté habituelle de son expression et la fermeté de sa voix révélaient cependant qu'il restait de toute façon prêt à vérifier par tous les moyens l'innocence de son amante. Son amour pour elle ne l'entravait d'aucun scrupule – bien au contraire. « Pour le moment, il ne me paraît pas indispensable d'appliquer nos méthodes habituelles. Je me suis montré assez rude avec elle, et je ne suis pas certain d'avoir employé les mots qu'il fallait. » Il l'avoua si froidement que cela ne s'apparenta en rien à un épanchement. Par ailleurs il n'avait pas spécialement de remords. Il était conscient des difficultés et des contradictions auxquelles la situation le livrait et ne s'en excusait pas. Il n'avait éprouvé et n'éprouverait aucun plaisir à bouleverser la maternité de Shéhérazade. Il n'aimait pas la voir souffrir. Il ne faisait qu'obéir au refrain qui régissait son existence depuis qu'il avait du sang sur les mains : un mal nécessaire. Il reconnaissait du moins ne pas vouloir renoncer à elle. « Mais en vérité, je voudrais essayer, dans la mesure du possible, de ne pas la priver de cet enfant. Je lui ai dit qu'elle devrait y renoncer en partie afin qu'il ne devienne jamais un danger pour notre famille. Il pourrait représenter un atout de plus. Le voir me permettra d'en juger. » Il se permit un bref silence, un peu soucieux. « Que penseriez-vous d'un mariage ? Je ne vois pas de meilleure solution. Pour nous tous. »
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Régent impérial

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MessageSujet: Re: Les hommes les plus humains ne font rien d'autre que les bibliothèques et les cimetières.   Lun 31 Déc - 12:09

Et la main posée sur la surface boisée cesse son mouvement. Les prunelles ombrageuses de Maximilien se déportent dans les lagons de Laurenz. Lentement, les intangibles bijoux de bleus et de gris semblent lire au plus profond du Chef des Armées. Ils le poignardent par faute d'entendre les mots de l’Émissaire de l'Empereur couvert de sa traîne de silence. Le visage fermé de toute émotion - comme privé des maux de l'humanité - Maximilien écoute les paroles une à une. Ainsi donc Ludwig viendra les rejoindre que plus tard. Mince désolation. Pure réjouissance. Il lui sera donc possible de parler de la machine de guerre, l'engin volant, sans venir à égratigner l'innocence du plus jeune de la fratrie..

Mais avant tout, l'Ombre de l'Empereur écoute le rapport. Droit, le Pilier des Walhgren mémorise chaque syllabe mentionnant la situation sur l'Archipel Nord. La situation demeure pour le moins positive, contrôlée et surtout maîtrisée. Rien n'échappe à la vigilance de la garnison postée près de la brèche... A l'évidence, leur vigilance empêche de déverser les germes du chaos, du sang et des flammes dans l'Empire si le secret des Générateurs venait à être révélé. Pour la paix, pour la survie d'eux tous, source de pouvoir, le sang de ce peuple étranger devait couler. Leur terre se souiller de pourpre. La Mort des Groupuscules Solmarites restait un mal pour un bien... La sérénité de la Famille avant TOUT.

Les ondulations de pouvoir de Maximilien formèrent une houle tout autour de lui, barrière intangible au regard profond. La paume sur la main posée fermement sur la table, le port altier, quasi royal, l'Oncle déverse sur Laurenz l'orage de ses prunelles. Deux abîmes où transparaît tout l'étendue de sa dévotion pour la famille : une volonté inattaquable, incisive, brutale..

« En Effet... Jamais entre nos Peuples ne doivent exister des conciliabules. Cela en va pour la bonne subsistance de la famille. Le rêve de découvrir le secret des générateurs doit rester au domaine de la pensée. Des doctrines qui me sont faciles de chasser par tous les moyens possibles et imaginables dans l'unique but de préserver le bien être de l'Empereur. Et de tous les Walhgrens. » Silence, douce caresse sur la table... Et la voix reprend sur un ton autoritaire.. « Tu trouveras à l'Architectura Templi un Magister prolifique. Son projet est susceptible d'attirer ton attention et satisfera certaines de tes exigences... Il se prénomme Al van Koriolis... »

Sur les épaules du Pilier de la Famille tombe la nouvelle. Subitement, dans l'air, la puissance de Maximilien rappelle la houle écrasée sur les falaises. Une tempête de pouvoir qui se nourrit de l'esprit implacable du Régent Impérial. Un glas cruel et ô combien indomptable, qui séance tenante, ne désire point s'étancher en tendresse et bonté. Pourtant, sur le visage dépeint, l'Oncle garde la totale maitrise de ses expressions faciales. Quel peut être son véritable sentiment derrière l'ombre de ses traits figés ? Le mystère reste entier.

Et au fur et à mesure que coule les syllabes, les flots discontinus reprennent leur cours limpide. Les pupilles de Maximilien plongent dans l'oeil unique du Chef des Armées Impériales. Les doigts caressent tendrement la surface laquée, symbole du calme revenu.

« J'avais un léger doute sur les rapports que vous entreteniez sans chercher à aller plus loin. Votre vie intimiste est hors de mon domaine... Je n'ai pas à interagir dans tes relations si elles ne mettent pas en danger la sécurité de la famille. Dans l'inverse... » La suite s'éteint... Mais la signification persiste terrifiante.. Pour le bien des Walhgrens, même lui, l’Imperturbable Pilier, ne rechignerait pas à tacher ses mains de sang... Le rouge d'un innocent.. D'un enfant... Un Mal pour un Bien... Le sacrifice d'une vie pour la continuité des siens... Une dévotion infaillible... Séance tenante, le timbre grave de Maximilien poursuit... « De croire que vous auriez une progéniture surpasse mes prévisions... Je ne m'attendais pas à entendre de tes lèvres une telle révélation... Et je n'imagine point les pensées qui se sont bousculées suite aux aveux de la Duchesse Commandante. » Ses paupières se ferment. A lui seul Maximilien dégage le prestige de son Rôle... Puis, sans attendre, le bleu gris de ses yeux enveloppe de son attention, le Chef des Armées Impériales. « L'enfant sera sous la Protection des Walhgrens et leur juridiction. Il bénéficiera de l'éducation nécessaire et la présence de sa mère lorsque son envie se fera sentir... Quant à votre relation.... Un temps d'arrêt pour reprendre aussitôt. Il serait favorable qu'elle soit officialisée.. Elle n'en sera que plus légitimée... L'enfant fera partie intégrante de notre famille... »

Bruit de couloir. Porte qui s'ouvre... Nom qui effleure les oreilles de Maximilien.. Ludwig vient d'arriver. Un éclat de rire lui échappe devant la situation. Puis, le calme revient... Sourire aux coins de ses lèvres, la voix résonne comme une envolée de papillons.

« Laurenz. Tu n'auras pas à chercher ton frère. Il est venu avant même que tu n'accoures à sa rencontre... »
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MessageSujet: Re: Les hommes les plus humains ne font rien d'autre que les bibliothèques et les cimetières.   Lun 31 Déc - 14:25

Pas que la journée soit finie plus tôt. Le travail de l'Ordre Saint Dietrich n'allait sans doute jamais être fini. Ludwig aurait pu trouver des dizaines de choses à faire. Des patients à voir, des affamés à nourrir, des larmes à verser. Néanmoins, quelque chose lui dit qu'il devrait finir plus tôt. Presque deux heures avant le crépuscule. Laurenz était ponctuel, il ne viendrait pas plus tôt, surtout s'il devait encore parler avec leur oncle. Aucune chance qu'ils puissent se croiser ou que le militaire vienne le chercher, comme prévu. Ayant expliqué sa situation à ses supérieurs, Ludwig n'eut aucun mal pour obtenir leur bénédiction pour ses affaires de famille.

Ainsi, il prit le tram et voyagea, en troisième classe, jusqu'aux abords du District impérial. Ensuite, tout fut un jeu d'enfant : le trajet, il le connaissait par coeur. Si l'arrêt "Palais Impérial" n'existait pas, cela ne le dérangeait pas de marcher. Il ne faisait pratiquement que cela depuis deux ans. Les demeures somptueuses, les galeries d'Art, le Sénat, vu de loin, tout cela lui rappelait qu'il y avait des gens en ce monde qui jouissaient de tous les bienfaits du monde, alors que d'autres ne mangeaient pas à leur faim... Il secoua la tête, avant de concentrer son regard sur ses chaussures et poursuivit sa route.

Les grilles et autres sécurités du Domaine Impérial se sont ouvertes devant lui. On le reconnaissait, malgré ses vêtements noirs, dignes d'un philosophe errant. L'aura d'un Walhgren restait l'aura d'un Walhgren, peu importe les vêtements. Sans parler du fait qu'il n'avait clairement pas l'air d'avoir été adopté. Les garde-à-vous, les hommages, les salutations respectueuses. Ludwig y répondait par des sourires aimables, apportant avec lui la joie et l'apaisement qu'il avait l'habitude de véhiculer. Le faste de la demeure de sa famille dépassait tout entendement. Sans être oppressante ou de mauvais goût, le Palais impérial était un monument à la gloire des Empereurs et leurs proches, rappelant à tout visiteur qu'un Walhgren n'était qu'à moitié un homme et que l'autre moitié était celle d'un être supérieur... Quelle folie des grandeurs...

Ses visites étaient si rares que l'un des majordomes jugea bon d'annoncer sa venue. Soupirant, souriant, amusé par ce fait, Ludwig entra, sans grande cérémonie, dans le salon où se trouvaient les deux autres Walhgren vivant en contact avec le monde. Chacun avec un monde différent, celui de la politique, de la guerre et du peuple. Mais quand même. Une folle concentration de pouvoir entre quatre murs. En guise de toute salutation, Maximilien trouva judicieux de taquiner l'aîné des deux frères. Ludwig en déduisit qu'ils n'allaient pas évoquer leur rencontre à l'orphelinat tout de suite. Sur le ton de la plaisanterie, le plus jeune prit la défense de son frère.

- Ne soyez pas si prompt à vous prononcer, mon oncle. Il pourrait encore accourir pour serrer son frère dans ses bras... N'est-ce pas, Laurenz ?

Ludwig s'arrêta, à quelques pas d'eux et écarta les bras comme pour accueillir quelqu'un et le serrer contre lui. Toujours souriant, toujours de bonne humeur, malgré une angoisse et un sentiment d'injustice profondément enfuis en lui, Ludwig poursuivit.

- Je vous présente mes excuses pour mon arrivée si imprévue, mais on est venu me convaincre aujourd'hui que cette "maison" était également mienne. J'ai fait les comptes, je suis assez grand pour pouvoir me déplacer seul... Alors je suis venu finir cette journée en votre compagnie.

Voilà donc le retour du fils prodigue, du frère ingrat et du neveu à problèmes. Conformément à ce qu'il avait promis, Ludwig Walhgren allait à nouveau dormir dans ses appartements, dans l'enceinte de la demeure familiale. Au final, peut-être que quelques contacts avec les siens n'allaient pas lui faire du tort ?
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MessageSujet: Re: Les hommes les plus humains ne font rien d'autre que les bibliothèques et les cimetières.   Mer 2 Jan - 10:31

De fait, la priorité n'allait pas aux considérations militaires. Le nom du Magister ne lui fut pas étranger puisqu'il l'avait déjà entendu dans la bouche de gardes impériaux présents lors de l'attentat. Il le relégua dans un coin de sa mémoire. Laurenz avait coutume de parcourir la ville pour s'enquérir des dernières avancées technologiques. C'était l'un de ses rares plaisirs à la Capitale, privilégié en ce qu'il avait autrefois considérablement partagé ce goût pour le Progrès avec sa sœur bien-aimée – il affectionnait instinctivement tout ce qui pouvait lui rappeler leur complicité.

Les puissantes émanations que répandit son oncle augmentèrent un instant la tension de ses muscles. Laurenz ne broncha pas : elles l'avaient quelquefois tenu en bride dans le passé et lui étaient par conséquent familières. Il soutint son regard et l'écouta très attentivement, muré dans un silence éloquent. Lui non plus n'avait jamais envisagé d'apprendre un jour à ses proches qu'il était père et entendait de surcroît le rester. Son horizon à lui, c'était le champ de bataille, et par suite, la mort. Il s'agissait d'une certitude absolument dépourvue de tristesse, apportée par son sens du devoir, qui l'avait rendu assez impersonnel, mécanique dans sa façon de prendre ses responsabilités. Il se voyait avant tout comme une arme à optimiser au profit des siens – ses détracteurs, en raison de son irascibilité croissante, préféraient parler d'une bombe à retardement – et avait en ce sens prévu de laisser à sa sœur et à son frère le soin de fournir des héritiers. Son oncle ne l'ignorait pas. Dorénavant, Laurenz aurait à compter avec les désirs d'une femme à laquelle il tenait fortement, quoi qu'il puisse dire. Il se souvint de son tout premier sentiment au moment de l'aveu ; le dégoût – presque l'horreur – qu'il avait éprouvé à devoir se méfier d'elle. Shéhérazade avait si bien contribué à l'équilibre de son existence ; même lui s'était senti profondément humilié d'avoir à la remettre en question. Puis elle avait par bonheur échappé au crime passionnel.

Il ne voulut plus y songer, cependant. Elle lui manquerait bientôt, et il lui faudrait bien, alors, effriter les braises froides de sa colère pour regagner leur entente.

« Nos avis se rejoignent. » remarqua-t-il en hochant la tête. « J'en suis heureux. » Soit. L'Armée avait pris la fâcheuse habitude de coucher avec la Garde ; la seconde s'était montrée perfide et la première odieuse ; elles n'en devaient pas moins demeurer en bonne intelligence pour faciliter le dialogue entre leurs deux organisations. « Je lui ai dit qu'elle aurait à vous rencontrer sous peu, mais qu'il n'était pas nécessaire de précipiter les choses. Je suppose que nous aurons encore à réfléchir et... »

Laurenz se figea. Il eut d'abord un regard en biais, un peu vague vers la porte qui ne s'était toujours pas ouverte, pour s'assurer de ce qu'il venait de percevoir ; puis tourna tout à fait son visage, lentement, l’œil gauche et la bouche légèrement froissés d'agacement, qui exprimèrent un « Non... ? » à la fois incrédule et très conscient du petit soufflet d'audace qu'il allait d'une seconde à l'autre recevoir. Il avait naturellement senti l'aura de son frère avant qu'il ne soit annoncé. Mains sur les hanches, il finit par lui faire entièrement face ; et si le rire de son oncle l'adoucit un peu, il ne put s'empêcher d'arquer un sourcil sévère en le regardant de la tête aux pieds.

« Que n'as-tu pas compris dans : je viendrai te chercher avant la tombée de la nuit ? » l'interrogea-t-il sèchement après qu'il se fut « expliqué », opposant à son sourire une mine renfrognée.
… Seulement, entre la bonne humeur de son oncle et l'aura de Ludwig qui hurlait éhontément « Aime-moi ! », il comprit bien que son déplaisir et ses tracasseries, de pure forme au fond, n'étaient pas destinés à faire long feu. Il saurait y trouver son compte : le but n'était pas de renvoyer son cadet dans la misère qu'il côtoyait chaque jour.
Le reste de ses paroles, sans surprise, tint plus du bougonnement que de la véritable réprimande :

« J'espérais justement que tu n'aurais pas l'insolence de désobéir à ton cher Laurenz. » Ses bras retombèrent le long de son corps. « Ma naïveté me perdra. » Et tout en approchant de lui, il lança par-dessus son épaule un regard mi-vexé, mi-moqueur à son oncle. « Voyez. Mon frère ne fait que peu de cas de mon escorte et ose ensuite se croire digne de ma tendresse. » Ludwig n'était qu'un petit monstre scandaleusement persuasif, eut-il l'air de dire. Il demeurait par ailleurs trop sensible à son aura pour tenter de lui résister sans réel motif, aussi daigna-t-il finalement s'aventurer dans l'ouverture de ses bras, et refermer à son tour les siens autour de lui – à la façon d'un ours, comme toujours, au mieux d'un enfant qui récupérait jalousement son bien. « Mais puisque l'on ne doit ta venue qu'à l'impatience que tu avais de nous revoir – n'est-ce pas, j'imagine que nous ne pouvons que te souhaiter un bon retour chez toi. »

Laurenz ne souriait pas vraiment et sa voix ne s'était pas adoucie ; pourtant, à chaque fois – pourvu que la conversation ne soit pas orientée vers les sujets délicats – c'était comme s'il rajeunissait. Il se détacha de son frère pour ne garder qu'un bras autour de ses épaules et poursuivit au sujet de l'enfant en regardant son oncle :

« Shéhérazade l'a appelé Asad. » Il n'eut pas le vice de rappeler qu'il s'agissait d'une victoire militaire ; les touchantes rougeurs de son amante, dont il se souviendrait probablement toujours, l'en dissuadèrent. « Et vous pouvez tous les deux vous réjouir : d'après elle, son tempérament est tout l'opposé du mien. Nous n'avons apparemment que le pragmatisme en commun. »
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MessageSujet: Re: Les hommes les plus humains ne font rien d'autre que les bibliothèques et les cimetières.   Ven 4 Jan - 7:29

Les mots furent partagés. Les points de vus entremêlés, ponctués de fugaces moments de silence. Et, comme à chaque fois, l'entente coulait toujours entre eux qu'importe la situation. Leur caractère, si opposé soit-il, n'empêcha pas de trouver un accord commun. Glace et feu, fermeté et intransigeance, Politique et Guerre, trouvaient toujours un équilibre presque parfait... Même en cet instant crucial où l'avenir d'un enfant et de la Duchesse Commandante entrait en jeu.

Un scénario - qui avec d'autre personne, d'autre circonstance - pourrait paraître sanglant, cruel, sans pitié... Mais pour les deux hommes, un mal nécessaire... Il n'y a pas de place pour la bonté, la tendresse et l'amour lorsqu'on porte sur les épaules un poids aussi important. Un cœur asséché, une âme sans pitié, l'odeur de la mort étaient les termes exacts qui chaque instant les couvraient. Et qui pouvaient émietter leur humanité jusqu'à la dissoudre et la faire disparaître.

Mais ceci n'était l'objet de la discussion... La suite commence de glisser sur les épaules de l’Émissaire de l'Empereur comme une traîne sinistre... Puis.. Un silence brut ponctue les syllabes écorchées. La conversation se termine par l'éclat de rire de Maximilien à l'annonce de Ludwig et sa venue dans le salon privé. La voix doucement s'éteint par une note taquine, les yeux gris bleus dans l'oeil unique du Chef des armées qui affichait une mine bien crédule, agacé par l'audace du cadet. En si peu de temps, l'ambiance s'est tachetée de tension et de plaisir, une atmosphère familiale.

Dans la bulle intemporelle du salon, l'Oncle offre un regard orageux pailleté de malice. Et sur son visage aux traits sévère se glisse le reliquat d'un sourire. Calme.. Doux...Enchanté. Le tableau d'un protecteur bienfaiteur heureux de voir auprès de lui les êtres aimés. Mais... En vérité dans l'obséquieuse bassine de ses pensées, il aurait souhaité que Ludwig vienne un temps plus tard, lorsque la discussion s'achève d'un point final. Ils n'avaient pu conclure l'échange sur l'enfant et les procédures à suivre. Et cela, avait la légère tendance à le froisser.

Pourtant, Maximilien cache les ressentis derrière le masque de son visage bienveillant et écoute l'excuse du Frère de l'Ordre.. Comme à chaque fois il protège son aîné, tendre enfant à l'âme utopique et innocente. Contemplant la scène en silence, ce moment fugitif où deux frères s'offrent une accolade, son sourire s'élargit au regard de Laurenz. Ses lèvres jusqu'ici closes depuis l'arrivée du plus jeune s'ouvrirent. La voix grave retentit, chargée de facétie, de malice.

« Laurenz. Tu ne pourras jamais résister aux yeux doux de ton frère. Sa pureté et sa douceur sont des qualités qui attendrissent ton âme d'ours. » Petit rire. Silence. Et d'un timbre chaud, il poursuit. « Bienvenu à la maison, Ludwig. C'est un plaisir de vous avoir ici, tous les deux... Rassemblés ensemble comme avant. »

La puissance émanant du Pilier des Walhgren se couvre d'une légère pointe de mélancolie, de plaisir, à voir la fratrie réunie. Une entente qui le ravit telle une douce étreinte et qui peut à tout instant se corroder, se putréfier.. Et en devenir invivable. Il suffisait juste d'une flammèche dans le baril de poudre pour provoquer une explosion. Querelle et haine s'inviteraient à la table. Instant indésirable que ne cautionnerait jamais Maximilien. Le Chaos n'avait pas sa place dans le berceau de la Famille.

Fermeté se grave de nouveau sur le visage de l'Oncle qui avance vers la porte. En de brefs mots, ses ordres coulent, impérieux, prompt, concis... Les serviteurs, tels des fourmis ouvrières leur prépareront leur repas.. Vite... De retour en face des neveux, un sourire revient fleurir aux commissures de sa bouche.

« Quel charmant nom qui me fait souvenir d'une de tes batailles. » Silence et Maximilien s'enfonce dans le moelleux du canapé d'Onyx. De chaque main, il montre une place à ses côtés. « Pourquoi ne viendrez-vous pas vous installer auprès de votre Oncle ? Pour que je puisse profiter égoïstement de votre présence. »

Dans l'orage de ses yeux, se lit de la taquinerie, de l'intransigeance... Et cette chaleur humaine offerte qu'à sa famille.

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MessageSujet: Re: Les hommes les plus humains ne font rien d'autre que les bibliothèques et les cimetières.   Ven 4 Jan - 8:30

Laurenz fit preuve de sa délicatesse en montrant son mécontentement. Ludwig laissa couler : son cher frère ne s'adressait pas à l'un de ses soldats, mais bien à l'une des rares personnes n'étant pas forcées à s'incliner devant lui. En sa qualité d'adorable petit dernier, le guérisseur de l'Ordre Saint Dietrich avait tous les droits et aucune obligation, la fidélité envers la famille mise à part. Il se permit de répondre par un espiègle sourire, teinté d'un amusement enfantin.

- J'ai compris que Tu voulais me voir le plus vite possible. Ainsi, ne me traite donc pas de frère désobéissant, alors que j'ai abrégé mes devoirs pour être là, à tes côtés. Frère ingrat.

Ludwig serra son frère contre lui quelques secondes. Sa main droite exerça une pression plus importante sur le dos de l'aîné, durant un bref instant, comme pour faire passer un message de complicité, sinon de paix. Ils n'allaient pas échapper à un confrontation plus importante, mais celle-ci était repoussée à un vague plus tard. Ils n'allaient pas se déchirer pour une broutille devant leur Oncle. Le vénérable homme était de bonne humeur, il ne fallait pas le contrarier. Surtout que leurs relations étaient de nature si intime et unique que Maximilien n'avait rien à y faire. S'il s'en sortait mieux avec son propre frère, tant mieux. Là, c'étaient leurs affaires.

Asad... Voilà le nom de son neveu... Il était difficile de se rendre compte qu'on était oncle. Mais pourquoi pas ? Une victoire de Laurenz ? Ah... Sans doute un lieu de massacre, un charnier magistral, composé de cadavres des ennemis de l'Empire. Un autel à la gloire de l'actuelle société d'Ishtar, une société sans coeur, chaque jour un peu moins humaine. Pauvre enfant que de porter ce nom... Mais Ludwig lui-même était-il mieux loti avec son deuxième prénom ? Qu'importe. Ils n'allaient pas en débattre. D'autres nouvelles venaient et semblaient nettement plus dignes d'être relevées que l'appellation du garçonnet risquant de rejoindre la famille.

Ludwig leva les mains au ciel et s'adressa à leur oncle.

- Rendons grâce à l'Ombre et à notre Empereur, mon oncle. Il semble que le calvaire d'en avoir deux dans la famille nous soit épargné. J'ai hâte de connaître mon neveu.

Un large sourire persiste sur le visage du plus jeune Walhgren présent. Il est vrai que Laurenz ne s'adoucissait qu'en sa présence. Il espérait sincèrement que son amante était, elle aussi, capable de le rendre moins désagréable et grognon. Sinon, elle devait sans doute jouir d'une patience digne d'admiration. Ludwig chassa rapidement l'image de son frère et de la Duchesse-Commandante nus de son esprit. Il en revint à regarder le Régent, réclamant leur présence, comme lorsqu'ils étaient enfants. Le jeune marquis vint s'exécuter, s'installant à la gauche du Grand-Duc.

Il ne fit aucun commentaire concernant leur repas et le fait que la quantité et le prix de la nourriture qui allait leur être servie suffiraient à nourrir une dizaine de familles de Saint Dietrich. Comme dit plus haut, ce n'était pas le moment de provoquer une querelle, d'autant plus qu'il avait déjà poussé le bouchon assez loin avec son oncle, plutôt dans la journée. Laurenz, lui, allait s'enflammer pour un rien, la moindre faute pouvait être fatale à l'excellente ambiance de la soirée. Alors, pour le moment, il fallait faire profil bas et se laisser porter par leurs illusions et souvenirs communs, sur un passé perdu. Le passé n'allait pas revenir et ils n'allaient plus jamais s'accorder dans tous les domaines. Mais, tant qu'à faire, autant profiter de leur présence.

Ludwig adressa un sourire et un regard à son frère, derrière la tête de leur oncle. Un petit hochement de la tête et il était de retour dans la conversation.

- Dois comprendre que l'inimaginable se produira et nous verrons mon frère se marier ?

Une taquinerie, rien de plus. Mais était-il possible que cet ours, comme le disait se justement Maximilien, se présenterai devant un autel pour dire "oui". Ludwig, bien qu'amusé par la scène, en sentait une note d'incrédulité... Et peut-être même de jalousie, bien au fond de lui.
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MessageSujet: Re: Les hommes les plus humains ne font rien d'autre que les bibliothèques et les cimetières.   Sam 5 Jan - 9:00

Frère ingrat. Comble de l'ironie. En de plus fâcheuses circonstances, Laurenz n'aurait pas manqué de lui retourner ce gentil reproche au centuple, avec de cruels accents de sincérité et de solides justifications à l'appui. La colère pouvait le rendre extrêmement blessant et l'amour, plutôt que d'en adoucir les manifestations, s'employait tout au contraire à les aggraver ; Shéhérazade, après dix années d'entente ponctuées de désaccords sans conséquence, avait hélas fini par en faire les frais en dépit de son ascendant sur lui. Toutefois son oncle marquait un point : à cet instant, le contentement l'emportait sur tout le reste et Ludwig, armé d'une douce gaieté, ne laissait aucune chance à ses humeurs noires. La main fraternelle dans son dos avait achevé de l'apaiser. L'avoir auprès de lui, en sûreté, dérobé aux regards et aux gestes étrangers qu'il maudissait par défaut, endormait ce qui au fond entretenait le mieux son irritabilité : la peur viscérale de le perdre.

Il feignit de regarder ailleurs, pour ne pas trop s'exposer à la contagion de son sourire comme il se réjouissait de ce que cet enfant, a priori, n'était pas un Laurenz en miniature. L'amusement fit tout de même brièvement frémir ses lèvres. Sa jeunesse, indépendante et aventureuse à l'excès, avait nourri les cauchemars des serviteurs les plus calmes. Il ne s'en blâmait toujours pas et n'aurait assurément rien rectifié s'il avait fallu la revivre ; pas même les fois où, présumant trop de sa capacité à le protéger seul, il avait discrètement sorti son frère du lit pour l'emmener avec lui dans ses imprudentes excursions nocturnes. Laurenz ne s'était véritablement « assagi » qu'à l'approche de sa plus importante promotion. Tout, dès lors, avait commencé de devenir problématique. Il finit par éclaircir ses pensées d'un battement de paupière et vint s'asseoir à la droite de son oncle. Le nom de l'enfant n'avait pas échappé à son excellente mémoire – sans surprise – et ils en partageaient le goût.

Cependant, lui aussi y était sensible, la situation – comprenez : la pureté d'un sourire et de superbes yeux bleus – les empêchait un peu de se hasarder vers des sujets moins frivoles. Laurenz n'avait pas spécialement hâte d'éprouver sa condition de père ; pour ce tout jeune garçon, il représentait le grand absent auquel s'étaient probablement greffées plusieurs attentes. Il refusait encore de les imaginer – d'imaginer les désillusions qu'il risquait de provoquer – et reconnaissait qu'il avait également besoin de se préparer au changement, même si celui-ci devait au bout du compte occuper dans sa vie une moindre place. Il lui tardait de revenir pour de bon à sa « routine » militaire.

Comme il daignait enfin se détendre, sa nuque roula contre le dossier du canapé. Son regard rencontra celui de Ludwig, puis tomba lentement sur sa bouche souriante. Les paroles qui s'en échappèrent le firent aussitôt répliquer d'une voix presque atone, lui donnant l'air de s'être déjà abîmé dans une profonde réflexion :

« Une formalité. Et c'est tout. »

Un acte purement politique et stratégique. Un acte qui, d'une certaine façon, l'emprisonnerait. Mais un acte qui, selon lui, ne changerait pas grand-chose à sa vie. Même s'il venait à ne plus avoir de sentiments pour Shéhérazade, elle resterait une alliée de poids, qu'il regarderait de loin ; c'était l'un des principaux avantages du mariage de raison, quoique celui-ci n'ait jamais été prévu. Et parce que ce genre d'engagement ne leur ressemblait pas, ni l'un ni l'autre, dans la pratique, n'y sacrifierait entièrement son indépendance. Ils s'appartiendraient officiellement et s'éveilleraient peut-être plus souvent côte à côte ; son nom protégerait en partie Shéhérazade et son fils. Point. Il n'était pas assez sentimental pour envisager autrement leur union. Et il ne serait pas assez présent pour souffrir d'un quelconque enchaînement. Par contre, son frère venait de lui suggérer une réalité autrement douloureuse, inimaginable de fait : tout mariage de haut rang appelait en principe une cérémonie.

Laurenz blêmit un peu et se passa une main sur le bas du visage. Au bout de quelques secondes, il jeta un regard perplexe à Ludwig et inclina légèrement la tête vers son oncle.

« Je suppose qu'il est inconcevable pour un enfant de l'Empereur de signer simplement ce fichu contrat de mariage en se limitant à une célébration très privée... » Il inspira longuement. « Rien ne saurait me faire échapper aux mondanités, n'est-ce pas ?  Vous savez ce que cela signifierait en ce qui me concerne. » Tous deux connaissaient parfaitement son allergie aux jeux de masques et autres vanités de l'aristocratie. « Qu'il faudrait à peu de choses près fixer les tables au sol afin qu'elles ne volent pas. » Ce n'était presque pas de l'humour. Laurenz demeurait tout à fait capable de retourner une table si on le forçait à supporter une ambiance et des manières qui l'excédaient. Il lui faudrait garder Ludwig dans sa poche. En permanence.
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MessageSujet: Re: Les hommes les plus humains ne font rien d'autre que les bibliothèques et les cimetières.   Mer 9 Jan - 1:58

L'étreinte s'est passée sous les prunelles incisives de l'Oncle. Une hache de guerre enterrée pour garder sa bonne humeur impeccable. Un geste sincère enroulé d’hypocrisie. Lorsque le rideau tombera, elle sortira de la matrice chaude de la terre pour de nouveau frapper, ouvrir les corps et scalper les pensées. Il le sait et le devine aisément, lui l'aîné, Pilier des Walhgrens. Et il respecte ce choix. Préserver la bulle intimiste de la famille. Un devoir. Une obligation. C'est pourquoi ce sujet s'est tus de la plus révérencieuse des manières : rangé dans un coin de sa mémoire, à côté de tous les différents vus jusqu'ici. Entre les murs du salon, les âmes se sont unies afin de passer un bon moment. La seule chose à faire : en profiter, sans en gaspiller une miette.

Deux mains levées vers le ciel. Sourire illuminant un visage d'ange. Et une voix apostrophe Maximilien. L'éclat sur ses lèvres auréole le bonheur. Ludwig transpire la joie de connaître la différence entre l'enfant et le père. Mais lui, reste imperturbable. Il n'arrive point à s'émouvoir d'un détail aussi subsidiaire. Un esprit pavé de bonnes intentions laisse son psyché aussi froid qu'une plaque de glace. Il ne retient que le nom. Première conquête du Chef des Armées Impériales. La fierté, à ce moment, s'était placardée dans les moindres recoins de son essence, avait même consumé son cœur. Ses mires avaient brillé derrière l'ombre du masque sévère. Laurenz, sa hardiesse, sa force, son tempérament aussi dangereux que le florigène. S'il vivait dans les périodes de jadis, il conduirait un char tiré par des chevaux emballés. Seigneur de la guerre. Masque de mort.

Réjouissance intérieure. Moment d’égoïsme. Maximilien, tire profit de cet instant où à sa droite et à sa gauche, se tiennent ses neveux favoris, duos d'antagonistes : l'innocent et doux Ludwig, l'insensible et inflexible Laurenz. Les êtres qu'ils chérie plus que tout. Les éclats ardents de la cause pour lequel il se bat. Il souhaite et espère le meilleur.. Sa famille. Ces frères qui forment un tout unique et que les convictions déchirent, cisaillent et détruisent. Ce n'est plus le temps où avant, ils les faisaient suivre de loin pour veiller sur leur sortie nocturne. Sentiment d'inquiétude. Être éloigné qui ne devait pas les priver de leur liberté d'adolescents. Passé magnifique et lointain.

Encadré de chaque côté, les traits de son visage se font plus jeunes, calmes... Une bouffée d'air pur sur un sentier austère et sec. Sourire aux abords de ses lèvres closes, le Grand Duc écoute la question du frère de l'Ordre. Puis, la réponse de Laurenz. Sa voix presque atone, sans chaleur, lui ressemble bien. Et son visage blêmit presque. La main sur le bas du visage dévoile cette réalité qui lui tombe de plein fouet sur les épaules. Ils ne sont pas n'importe qui. Long silence. Attente. Et Maximilien plonge deux orbes sérieuses dans l'oeil unique du Chef des Armées Impériales.

« Oui, je sais en effet ce que cela implique. Les jeux de la Cour sont des choses que tu abhorres. Les mondanités ne font pas partie de ton univers et ont plus tendance à allumer ta hargne. » L'émissaire de l'Empereur se lève en un bruit d'étoffe étouffée. Il se place face à ses neveux, l'air sévère, l'énergie de pouvoir qui se dégage de lui ressemble à une houle contre un rocher. « Je parlerais à mon frère pour que la cérémonie se passe dans un cercle intimiste. La famille, les proches réellement fidèles aux Walhgrens. Ceux n'y étant pas conviés seront expulsés. » Un silence ponctue les syllabes. Qui très vite reviennent. « Ainsi, vous pourrez profiter tout deux de cette journée comme il se doit : le cœur léger, le sourire aux lèvres. »

En quelques mots, l'Oncle avait offert à Laurenz un mariage privé, à Ludwig la sensation de ne pas être impuissant devant l'argent de l’État gaspillé pour une cérémonie spacieuse alors que le peuple mourrait dans le froid. Oui. Derrière ses traits sévères, l'Aîné les avait observé durant douze longues années. Et il connaissait sur le bout de ses doigts leurs plus intimes convictions. Il veillait à les respecter. A respecter les neveux qui étaient de jeunes hommes respectés et craints.

Des bruits à la porte. Tête qui se tourne. Sous les prunelles incisives du Régent Impérial, les serviteurs déposèrent les plats sur la table. Des assiettes de viandes saignantes, des fruits, des légumes, des fromages, des pâtisseries. Une quantité astronomique de denrée, qui, le temps d'un instant, le firent déchanter. Comme si de rien n'était, il s'assit à la place du bout de la table, le regard planté sur la fratrie du genre : "Je viens vous chercher ? Je mange tout et je ne vous laisse rien ? " Pour soulever les questions muettes, sa voix résonne en un filet taquin.

« Dois-je vous porter pour avoir l'honneur de vous avoir à mes côtés ? Ou vous souhaitez juste voir à quel point votre Oncle est un Ogre à table ? » Un rire lui échappe pour vite disparaître. Les prunelles orageuses se chargent d'agacement au visage du valet. Le scepticisme incarné. La mise en doute sur son alimentation lorsqu'il est seul : le minimum syndical pour un homme. Le domestique se retire, laissant le Politicien et les neveux. « Il nous est plus difficile de partager un repas ensemble tout en parlant de nos bêtises de jeunesse. »
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MessageSujet: Re: Les hommes les plus humains ne font rien d'autre que les bibliothèques et les cimetières.   Jeu 10 Jan - 3:16

Les affaires de famille se réglaient. Au final, les Walhgren ne différaient pas tellement du commun des mortels. Ou du commun de la noblesse, au moins. Laurenz était le mauvais garçon, Ludwig l'adolescent rebelle, Maximilien le vieil oncle sage. Chacun donnait son avis sur une question d'alliance matrimoniale que l'aîné des deux frères semblait prendre comme une obligation désagréable. Pourtant, son cadet le soupçonnait d'avoir bien prit son plaisir en contrepartie avec la Duchesse. Une femme mûre et, sans aucun doute, bien dévouée à son futur époux. Que du bénéfice.

Le jeune guérisseur appréciait l'idée d'un mariage discret. Non seulement cela contribuerait à une ambiance familiale (et non celle de fête nationale), mais en plus, il n'aurait pas à regarder une débauche de nourriture et d'autres gaspillages répugnants dont seuls les plus riches étaient capables. Un temps pour célébrer un évènement heureux avec son Laurenz bien-aimé. Un temps pour revoir l'Empereur et Lysandre. Les cinq membres de la famille, enfin réunis, ne fut-ce que pour un jour. Ludwig en avait besoin. Pouvoir parler à son Père... Serrer sa soeur dans ses bras. Cela faisait longtemps.

- Je suis entièrement d'accord. C'est une affaire entre deux familles. Une poignée de Sénateurs fera sans doute l'affaire, pour ce qui est de la politique, les autres invités devront faire partie de vos proches.

Ludwig laissa leur oncle aller vers la table, alors qu'il resta encore quelques instants auprès de Laurenz. Le grand frère en était presque malade, rien qu'à penser à la possibilité d'un mariage princier... Sans être l'héritier du Trône, Laurenz était bel et bien un Walhgren. Il avait donc droit à des festivités interminables... S'il le souhaitait. Mais ce n'était pas le cas, bien sûr. Avant de se lever, pour rejoindre Maximilien à table, il posa sa main sur le bras de son frère.

- Je serais là pour que Tu te comportes correctement. Je suis certain que Tu ne voudrais pas te montrer violent en ma délicate présence...

En se levant, le cadet se pencha pour déposer un baiser sur le front de son frère. Qu'il regarde les gens mourir de faim tous les jours était son droit. Mais il en était autrement en ce qui concernait la violence physique. Laurenz aurait sans doute honte de faire voler des tables dans une pièce dans laquelle Ludwig traînerait sa petite personne.

- Montrez-nous, mon oncle. Mais faites donc vite, avant que j'arrive. Et que Laurenz ne nous rejoigne surtout.

Le cadet s'installe à la gauche de son Oncle, laissant la place privilégiée à son aîné. Des règles évidentes, ancrées même dans son esprit quelque peu opposé aux principes de la noblesse. Il se sert et mange convenablement, même si légèrement. Difficile de ne pas éprouver du plaisir, face à des plats sortis des cuisines impériales, alors qu'on a vécu comme un prêtre pénitent durant des mois. Il tente de ne pas penser au nombre de gens que cette nourriture pourrait nourrir... Il est avec sa famille, voilà tout ce qui importe.

Ils vont avoir matière à se disputer, son frère et lui. Alors autant faire durer le plaisir, ne fut-ce que pour Maximilien. Il sourit, amusé, venant de réaliser qu'un tel mariage allait nécessiter des efforts de sa part à lui aussi. Sans doute moindres. Les mondanités, en soi, n'étaient guère dérangeantes. C'est le gaspillage d'or et de nourriture qui le dégoûtait au plus haut point. Il fallait, néanmoins reconnaître qu'il ne pourrait se présenter à cette heureuse occasion, vêtu de sa tenue habituelle.

- Et je vous promet de faire honneur à la situation et de me vêtir en conséquence. Il faudra bien quelqu'un qui ne soit pas en uniforme de cérémonie.

De part leurs fonctions respectives, les jeunes mariés risquaient tous deux de se présenter devant l'autel en armure et armés jusqu'au dents. La haie d'honneur n'allait sans doute pas être constituée par des petites filles en robes roses, mais plutôt par la garde rapprochée de l'un ou de l'autre...
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MessageSujet: Re: Les hommes les plus humains ne font rien d'autre que les bibliothèques et les cimetières.   Mer 16 Jan - 8:49

Laurenz loua intérieurement son oncle et lui sut gré de sa prévenance ; sans le soustraire entièrement au fardeau des mondanités, il prétendait au moins en alléger le poids et répondait du même coup au sempiternel souci de prudence. Il acquiesça de la tête après s'être permis un faible soupir de soulagement, et ne put s'empêcher de songer que ce mariage serait peut-être moins la célébration « heureuse » de son union avec Shéhérazade qu'un prétexte à de véritables retrouvailles familiales. Sous cet angle, il dut reconnaître qu'il y avait en effet de quoi se réjouir ; de quoi prendre sur lui. Il ne devait qu'à son tempérament de ne pas avoir souffert de l'absence de ses proches, mais il savait que Ludwig, du fait de sa sensibilité, avait vécu les choses autrement.

Il n'eut rien de plus à ajouter. L'agitation des domestiques lui permit de ne pas réfléchir plus avant aux festivités, et il s'en trouva bien ; son grand appétit, du reste, se réimposa dès que l'agréable fumet des viandes parvint à son nez. Il voulut se lever et entraîner son frère dans le même mouvement ; sa main le retint néanmoins. Laurenz, attentif et tranquille, l'écouta en silence, puis offrit docilement le front au réconfort de sa bouche, dont il avait curieusement suivi l'approche. Il eut une imperceptible moue cependant, partagé entre le besoin impérieux de l'étreindre et l'envie de céder à l'improbable amusement que ses mots lui inspirèrent, en lui répondant : « Mais certainement pas, Princesse. »

En fin de compte, il le laissa s'éloigner sans avoir réagi. C'est qu'il avait au fond parfaitement compris le message. Il était en effet d'une impulsivité difficile à supporter ; il ne s'en vantait pas, et n'avait jamais eu la bêtise d'y voir autre chose qu'une tare. Seulement, il était trop occupé à exceller ailleurs – dans des domaines plus importants selon lui – pour envisager de corriger son comportement. Se maîtriser pour les beaux yeux de son frère lui paraissait encore possible s'il était uniquement question de souffrir l'ennui et le dégoût – son silence, à cet égard, valait bel et bien consentement ; mais lorsqu'il s'agissait de venger un affront, s'exposer à sa déception et lui faire honte en employant la violence lui paraissait un moindre sacrifice, en dépit de la douleur qu'il pouvait éprouver à le chagriner ou à souiller la pureté de ses illusions.

Laurenz finit par se lever et se mettre à table. Les propos de son oncle l'avaient fait sourire très discrètement ; nul n'ignorait qui d'eux trois était le plus carnassier – sa fourchette piqua bientôt une entrecôte braisée. Il était d'un naturel assez gourmand, et ses dépenses physiques lui imposaient un régime alimentaire en conséquence ; s'il évitait de manger copieusement lorsqu'un effort important l'attendait, il pouvait à cet instant ignorer tout ce que l'efficacité militaire lui dictait. Il ne tarda pas à dissimuler la ligne moqueuse de ses lèvres derrière un verre de vin comme il observait la modération de Ludwig. Il n'aurait pas l'indélicatesse de l'inciter verbalement à manger davantage – un petit miracle que l'on ne devait qu'à sa bonne humeur – toutefois son regard suffisait à montrer qu'il n'en pensait pas moins. Et puis, c'était hélas sans tenir compte, premièrement, de son – ingrate – imprévisibilité, deuxièmement, de la propension qu'avait son frère à tendre le bâton pour se faire battre – Laurenz interprétait souvent les choses de façon très personnelle. Le répit fut donc de courte durée. Il le constatait en ce moment même : bien qu'un habit de médiocre qualité soit tout à fait susceptible de rehausser sa beauté, il ne pouvait se résoudre à accepter pleinement la modestie que Ludwig s'obstinait à afficher jusque dans sa mise. Ce ne fut qu'une étincelle dans la conversation, un sarcasme sans mépris ni véritable méchanceté, dénué de subtilité, auquel son frère était parfaitement habitué :

« C'est fort aimable de ta part. » Mon chéri. « Je devrais me marier plus souvent. Non ; je me dépêcherai plutôt de te trouver moi-même une femme pour avoir de nouveau le plaisir de te contempler dans une tenue digne de ton rang et de ta beauté. » Il leva cérémonieusement son verre, et prit conscience qu'une fois encore, son frère avait accaparé toute son attention. Le danger de l'amour vache, songea-t-il en se tournant vers son oncle pour lui échapper. « Des bêtises de jeunesse, mon oncle ? Auriez-vous quelque chose à nous avouer ? » Contrairement à lui, Laurenz ne savait pas mener une conversation et mangeait généralement sans dire un mot. Il passait lâchement la main.
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MessageSujet: Re: Les hommes les plus humains ne font rien d'autre que les bibliothèques et les cimetières.   Ven 18 Jan - 12:09

Et tous les deux louèrent silencieusement le choix du Grand Oncle, homme sage qui encore s'était couvert de la cape de la raison. Une suite logique, une connaissance de ses neveux. Il n'en tirait aucune gloire. Ses agissements se dictent toujours sur la même apophtegme : l'intérêt de la famille, son bien être, sa survie, son bonheur. Le reste vient ensuite, en miettes grappillées par ci par là, dans sa vie au tempo si endiablé. Une existence pailletée de sacrifices, d'une liberté scarifiée, écorchée et combien aimée. La peau du chagrin n'obtenait aucune place au fin fond de lui. Maximilien corps et âme se dévoue au devoir. Il s'y enlise passionnément tel un vieil amant pour les beaux yeux de la belle. Il en redemande encore et encore.

C'est sa manière d'être. Chérir ses plus précieux trésors. Les voir épanouir. Grandir. Arborer sur leurs lèvres de magnifiques sourires. Écarter le danger. Chasser de manière cruelle les oiseaux de mauvais augures. Préserver les moments où parfois les convictions profondes s'effacent et le sang s'unit. Comme maintenant, assit au bout de la table, devant une monticule de denrées alimentaires, le Régent Impérial contemple la scène qu'offre la fratrie, en silence.. Il ne peut se permettre de briser ce cocon d'amour, de tendresse, d'échange pudique entre air et feu. Si rare soit-il, la hache de guerre s'est enterrée. Une paix factice s'est prononcée pour le préserver lui. Préserver le repas. Préserver la réunion de trois des cinq Walhgrens en vie. Reconnaissance.. Remerciement.

Rempli de bienséance, il ferme les paupières. Désir d'offrir une sphère intimiste au-delà de sa propre subsistance. Lorsqu'il sait que le droit royal de faire entendre sa voix revient, Maximilien passe son tour. Le bleu gris des prunelles suit l'arrivée du Chef des Armées Impériales et du Frère de l'Ordre. Un à chaque côté. L'être immaculé à gauche. Le valeureux guerrier à droite. Un plaisir sans nom l'inonde. Pour la première fois depuis longtemps, le plaisir de manger le submerge. La nourriture se pare d'une saveur particulière, de couleur chatoyante, de parfums entêtants. Sur la table se dresse un papillon multicolore. Contenté, Maximilien écoute la discussion. Les gemmes ombrageuses brillant de mille éclat, l'Oncle porte à sa bouche un verre de vin jaune. L’arôme parfumé fait chanter les papilles.

Des syllabes entremêlées de malice, de taquineries provoquent le nouveau rire de l’Émissaire de l'Empereur. Ce soir vraiment, il redécouvre la joie de vivre. De sourire. D'offrir l'éclat de sa voix dépouillée du tranchant de la guillotine. Le coeur est en fête. Le visage humain, le corps droit, imposant et ô combien léger. Laurenz. Ludwig. De vraies cures de jouvences. Séchant les lèvres du bout d'une serviette de table, le Grand Duc enfin finit par faire don de ses paroles, pailletées d'espiègleries.

« Tu ferais un magnifique chaperon, protecteur et possessif, Laurenz. Les femmes les plus remplies de vilénies ne risquent pas de pouvoir passer aux travers des mailles fraternelles. Dragon s'ajoutera à tes nombreux sobriquets. » Une plaisanterie en bonne et due forme. L'aîné connaissait son avis sur le sujet : seul un joyau pur aurait le droit de saisir le coeur de Ludwig. Rien d'autre. Regard complice, il lève aussitôt son verre. Les rivières dans les océans du plus jeune, Maximilien poursuivit. « Ce sera un plaisir de pouvoir contempler de nouveau sur toi les habits princiers. Les cœurs, les âmes, chavireront face à ta beauté innocente. Tu glisseras durant une journée dans la vie qui est tienne. »

Ce n'était pas un reproche. Juste la formule d'un désir égoïste. Lui-même, fier du Père du Peuple, souhaitait voir le Prince sous l’habit de modestie en de rares occasions. Toujours demeure une improbabilité. C'est incompatible avec sa voie, ses plus intimes convictions. Il le respecte. Il l'accepte. Sans prévenir, les vilains doigts du Régent Impérial glissent dans la nappe sombre des cheveux de ses précieux neveux. Une entrée en matière avant de souffler, en réponse à la question.

« Vous avez du deviner que tout jeune, je n'étais pas l'homme sage que je suis maintenant. J'étais un homme à femme, volatile, charmeur, aux mots bien pensés. Je prenais un certain plaisir à faire chavirer leur coeur pour ne jamais m'attacher. Briser leur souhait. Augmenter la Cour de Dames qui se brûlaient les ailes sur le récif. » Un temps d'arrêt. Un sourire. Une reprise. « L'une de mes conquêtes appartenait à un noble se vantant de sa fidélité. Par amusement, je lui ai prouvé le contraire. L'échec et mat prononcé, je partis, son bras autour du mien. Je me souviens encore de l'expression de son visage et de son regret de m'avoir défié. »

Par omission, le vénérable Grand Duc omis les années d'enfance. Elles étaient là, présentes en lui. Une bobine de fil pourpre qui le piquait à vif sur son aveuglement. Tant de temps gâché qu'il n'a jamais pu rattraper. Ezhekiel. Son aîné a du se sentir si seul. Si agacé par l'éloignement égoïste de son cadet. Touché par le poignard de la mélancolie, durant un soupçon de seconde son aura de pouvoir se grisa. Les traits du visage graves, le regard ferme, Maximilien entame la mélodie de ses notes.

« Ludwig. Laurenz. Ne faites pas les mêmes erreurs que votre vieil Oncle. »

Un souhait tout bas qui se prononce tout haut. L'entente des deux frères ne doit jamais se flétrir. Se couper et disparaître. S'approcher de sa propre bêtise.. Une erreur connue des deux.
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MessageSujet: Re: Les hommes les plus humains ne font rien d'autre que les bibliothèques et les cimetières.   Sam 19 Jan - 1:05

"Princesse", hein ? Ludwig secoua la tête, amusé. Pour Laurenz, il allait rester le petit garçon de dix ans à tout jamais, probablement. La délicate créature innocente qui n'a jamais entendu la moindre grossièreté ou que personne n'a jamais bousculé. Le fait que le guérisseur travaille du matin au soir sali de sang et d'excréments du peuple ne semblait pas jouer en la faveur de sa maturité. Peut-être que s'il tuait quelques terroristes et au moins un géant, tout irait mieux. Mais il n'était pas de ceux là et son incapacité totale à se défendre ou à combattre le rendait vulnérable à toutes sortes de remarques protectrices.

La comparaison à l'animal mythique, réputé pour amasser des trésors et les garder jalousement, était judicieuse. Le plus jeune prince approuva son oncle d'un hochement de la tête, toujours aussi souriant. Il enchaîna sur une plaisanterie, adressée à ses deux interlocuteurs.

- Voulez-vous me dire que seuls mes habits me rendent beau ? Ne le suis-je pas maintenant ? J'aurais cru que le contraste allait souligner mes charmes...

Il lança un regard à Laurenz, comme pour le défier de dire encore quelque chose qui viendrait à l'encontre de son mode de vie. La pauvreté de l'Ordre Saint Dietrich était sans doute un choix inhabituel pour quelqu'un qui pouvait avoir n'importe quoi. Il suffisait de tendre la main à Ludwig pour obtenir tout ce qu'il désirait. Ou presque. Alors n'était-ce pas dans une organisation caritative en manque de moyens qu'il allait pouvoir se surpasser et accomplir quelque chose par lui-même ? Et puis... Son visage de jeune homme ne perdait rien en charme, même lorsque le corps était vêtu de la plus simple des tenues.

Mais le sujet de la conversation dériva vers des eaux moins désirables, mené par le Régent. Le Grand-Duc ramenait à la surface ses souvenirs de jeunesse. Certes, il avait mené une ville de jeune prince insouciant et auquel tout était permis, comme tout pourrait être permis à Laurenz ou, surtout, à Ludwig. Sans avoir le poids de la succession sur les épaules, il commit des erreurs que nombre d'autres auraient reproduits à sa place. Il n'était pas question de la blâmer, mais il ne le racontait nullement pour ennuyer son auditoire avec des anecdotes de vieil homme. Son âge et son esprit suggéraient plutôt une intention cachée. Elle était d'ailleurs à peine voilée : il leur conseillait simplement de ne pas trop se séparer. Qu'aucun ne parte dans des occupations futiles, alors qu'il pouvait passer du temps avec l'autre.

- Oui, mon oncle.

Le sourire quitta les lèvres de Ludwig, alors qu'il baissa la tête pour s'intéresser à son assiette. Même si l'appétit s'éloignait, comblé et surtout chassé par la tristesse, il préférait en ce moment manger que de devoir parler. Ou regarder Laurenz en face. Alors, le plus jeune homme présent fit silence. Soudainement, il n'avait pas envie de défendre son mode de vie. Leur Père fut peut-être agacé par l'éloignement de Maximilien, à une époque. Mais que dire du fait que lui-même se retira du monde ces quinze dernières années ? Que dire du fait qu'il souffrait réellement de voir son grand frère bien-aimé ne pas le comprendre, ne pas l'accepter ? Il valait mieux ne pas attaquer le sujet. Il valait mieux rester beau et silencieux, plutôt que de déclencher une tempête familiale.

Elle serait sans doute de courte durée... Mais le marquis se disait qu'il fallait l'éviter pour ce soir. Maintenant, il attendait avec impatience que les deux autres finissent de manger et qu'il puisse seulement prendre congé, prétextant la fatigue. Une fatigue qui d'ailleurs se faisait sentir. Après tout, il avait travaillé toute la journée, usant de son pouvoir pour aider les plus démunis...
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MessageSujet: Re: Les hommes les plus humains ne font rien d'autre que les bibliothèques et les cimetières.   Dim 27 Jan - 9:30

Cela n'avait rien d'une nouveauté : dès qu'il était question de son cadet, Laurenz peinait à demeurer l'homme d'action, capable de raison et de compromis ; il avait beau se dire et penser sincèrement qu'il existait plusieurs manières de défendre ses idéaux, d'être adulte et responsable, il se laissait au bout du compte souvent dépasser par ses sentiments de frère, au point de préférer, ce n'était que trop vrai, la sécurité de Ludwig à son épanouissement personnel, son intégrité physique à l'intégrité de sa foi, de sa morale et de sa conscience. Dragon ; peut-être bien. À défaut de pouvoir le porter autour du cou, il veillait hargneusement à ce qu'il ne lui échappe pas arrive rien. Il ne se permit pour finir qu'un pincement de lèvres incrédule.

Le contenu de son assiette l'occupant tout entier, ce fut d'une oreille un peu distraite qu'il écouta le récit de son oncle. Il sentit poindre en lui un vague amusement après se l'être figuré tel qu'il se décrivait ; un homme frivole, que lui-même n'aurait sans doute pas apprécié si l'on en croyait ses rapports conflictuels avec les aristocrates de sa génération. Laurenz n'avait jamais trouvé son plaisir dans la subtilité, ni cherché à plaire ou à se flatter en éprouvant son talent de séduction – inexistant par ailleurs : il n'avait pas « séduit » Shéhérazade, mais lui avait signifié sans ambages qu'il la voulait au moyen d'un rentre-dedans absolument éhonté. Son frère, par bonheur, s'était également abstenu de grossir le rang des fats ; Laurenz préférait ne pas imaginer les ravages qu'il aurait été à même de faire dans les cœurs, et se réjouissait simplement de ce que sa finesse n'avait jamais rien eu de malveillant ou d'intéressé. Enfin, il évitait bien sûr de se laisser aller à des considérations plus intimes : il aimait Ludwig avec trop d'orgueil et ne pouvait par conséquent songer aux mains – pleines de doigts, forcément sales – qui s'étaient aventurées sur lui sans montrer les crocs et se murer dans l'hostilité.

Mais l'atmosphère familiale se dégrada soudainement et mit un terme à sa rêverie. Il comprit à son tour où son oncle avait voulu en venir et, après avoir considéré un instant la gravité de sa physionomie, chercha vainement les yeux de son frère. Celui-ci le fuyait en se réfugiant dans un silence qu'il connaissait bien, pour l'avoir souvent provoqué en lui donnant du chagrin. L'air un peu contrarié, Laurenz contempla de nouveau son oncle et réprima un soupir d'impatience. C'est qu'il ne partageait pas vraiment leur tristesse et n'était pas disposé à s'inquiéter passivement au sujet de l'avenir. Ludwig et lui rivalisaient de détermination. Il savait que les séparations et les affrontements jalonneraient leur existence ; pourtant, même s'ils se déchiraient, son attachement pour lui resterait indéfectible. Cela suffisait. Au fond, il n'avait jamais songé sérieusement à leur évolution ; il ne tentait pas de mesurer à quel point ils étaient capables de se faire du mal – tout en s'aimant le plus vivement.

« N'ayez aucune inquiétude. » répondit-il sans émotion. « Nous vous avons de toute façon comme garde-fou. »

Ainsi, la conversation retomba et le dîner, durant lequel on ne parla plus que du bout des lèvres, toucha bientôt à sa fin. Laurenz ne fut pas surpris de voir son frère se lever le premier et ne crut qu'à moitié à la fatigue qu'il allégua. Il ne chercha pas à le retenir cependant. Il le suivit simplement du regard, sans un mot, et attendit qu'il ait refermé la porte derrière lui pour dire à son oncle :

« Je me charge de lui. » Ce n'était pas spécialement rassurant. Il refusait de laisser Ludwig dans cet état-là mais, afin de l'en sortir, n'avait pas nécessairement l'intention de le border pour autant. « Il était à prévoir que sa sensibilité poserait problème. » remarqua-t-il en secouant doucement la tête. « Je tâcherai néanmoins de faire en sorte qu'il ne regrette pas d'être à nouveau parmi nous. » Il se leva après avoir longuement inspiré et considéra son oncle avec respect. « J'ai été heureux de vous retrouver, mon oncle. Je suppose que nous aurons d'autres occasions de nous entretenir au sujet du mariage et de l'effort militaire. D'ici mon retour à l'Archipel Nord, je me tiens naturellement à votre entière disposition : n'hésitez pas à faire appel à moi. » Il le salua d'un sourire confiant, bien que mince, puis se retira sans empressement. Son frère avait sans doute besoin d'un bref moment de solitude, avant d'avoir à le subir une seconde fois.

[Clos pour moi. ♥]
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MessageSujet: Re: Les hommes les plus humains ne font rien d'autre que les bibliothèques et les cimetières.   Jeu 31 Jan - 10:08

Le rire du Vénérable Oncle résonne dans les oreilles comme une exquise coulée de miel. Une mélodie joyeuse en réponse aux propos du frère de l'Ordre. En effet. Les vêtements, quoique de modeste facture, n'enlèvent rien à sa beauté impériale. Son allure, la pureté des flots bleus, le visage d’Apollon et la crinière d'une nuit sans lune, captivent. Aspirent. Glissent l'esprit sur de sirupeuses pensées malsaines et fortes éhontées. Elles murmurent à l'âme l'irrévérencieuse envie de voler les deux boutons de roses lui servant de lèvres. De perdre les doigts dans l'encre des cheveux. S'aventurer sur des chemins interdits.

Bien des âmes se damnent pour un simple baiser, celui du Prince Ludwig, incarnation de la douceur. Le sourie affiché aux abords de ses lippes se dissipe lorsque le verre frôle la bouche. Maximilien profite de la saveur fruitée pour évaporer un ennui certain. Il ne préfère pas imaginer le fragile être entre des draps, des mains sales sur la peau de satin. Le temps d'un battement d'ailes de papillon, Maximilien ferme ses paupières, juste par nécessité de sortir du tourbillon de malice qui s'immisce entre les brèches. La vie intimiste des neveux ne le concerne point tant qu'elle ne vienne pas mettre en danger la famille. Dans l'inverse, tant pis s'il devait faire tomber sur leurs épaules une gerbe de férocité.

Jusqu'ici, il émousse les griffes. Savoure l'instant d'un repas partagé. Conte des anecdotes du passé.. Et dans l'obséquieuse bassine de beauté, d'amour et de tendresse, un étang gelé se dresse soudainement. Le silence s'installe. Les lèvres closes et les visages baisés parlent bien plus que des syllabes entremêlées. Seul dans la lourdeur du moment, l'orage des prunelles fusionne avec l'unique oeil du Chef des Armées. Ils se comprennent. Ils s'acceptent. Les traits par la gravité, les mots de l'Oncle retentissent, dépouillés de leur peau de chagrin.

« En effet. Qu'importe ce qui vous arrive dans l'adversité, je serais présent. Je ne vous tournerais pas le dos. Ni à toi Laurenz. Ni à toi Ludwig. »

Il n'y a plus que le bruit métallique des fourchettes, des couteaux, des cuillères qui s'unissent. Personne n'intervient. Même le Grand Duc. Il se contente uniquement d'un regard sur les deux trésors. Il veille. Il devine que bientôt il pendra fin et la bulle intimiste implosera de l'intérieur comme une gerbe de sang s'échappant d'un corps écorché. Mâchoire serrée, le plus ancien éprouve un mal fou à savourer la nourriture. Tel un masque d'illusion, il mange, l'appétit coupé. Il se force à manger ce chouilla de douceur. Le sucre n'est qu'une plaine d’apprêté.

Le repas se termine. Maximilien contemple en silence le départ de Ludwig. Quelle triste fin. Plongé au plus profond d'un mutisme nouveau, les orbes du Régent Impérial glissent sur le visage de son neveux. Il l'écoute. Dans le berceau familial le feu affrontera la glace. La rance sensation d'impuissance prendra vie. Et la hache de guerre momentanément enterrée sortira de la couche chaude de la terre. Et tout ceci pour jouer un concerto chaotique. Symphonie de malice, Requiem d'un coeur brisé. Hélas.

« Il fallait s'attendre à une telle issue. Je lui ai trop demandé en glissant sur vous ce chapelet d'inquiétude. Mais, comme tu l'as si bien suscité, je n'ai pas à m'inquiéter de l'avenir. Je dois rester présent pour vous. » Temps de suspens. Voix qui prend des notes plus sérieuses. « Vos querelles forgent vos caractères et ce lien unique que vous avez su tisser. Je n'ai pas à venir interférer. » Plaisir des retrouvailles partagé. Porte qui s'ouvre. L'annonce d'une session avec les sénateurs tombe.. A son tour, le Grand Duc se lève, visage de marbre. Les vestiges de l'humanité ont disparu. L'aura de puissance écrase. Ce n'est plus l'Oncle qui fait face à Laurenz mais bien le Régent. « Oui. Nous aurons d'autres occasions de nous croiser. Sûrement bien plus rapidement que prévu si nos occupations ne nous forcent pas à éloigner l'entrevue. »

Il prend congé lui aussi. Le devoir l'appel. La nuit risque d'être longue.


[hrp : Héhé. Fini aussi o/ Merci pour ce rp ♥]
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Les hommes les plus humains ne font rien d'autre que les bibliothèques et les cimetières.

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