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 L'Ombre peut-elle lutter contre la lumière du soleil ? [Ludwig]

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MessageSujet: L'Ombre peut-elle lutter contre la lumière du soleil ? [Ludwig]   Jeu 18 Juil - 13:51

Monsieur Jean jeta un regard vers l'énorme horloge dans le couloir, puis il poussa un soupir avant de gravir les marches de l'escalier. Ses longues et maigres jambes se pliaient comme les pattes d'une araignée, tandis qu'elle grimpe sur sa toile. Ses deux gigantesques mains tenaient fermement le plateau d'argent, où l'on pouvait sentir le doux parfum d’œuf brouillé, et de café. Sa face ridée, semblable à une boule de papier froissé, paraissait inquiète. Son immense silhouette, alors qu'il montait lentement à l'étage, possédait quelque chose d'inquiétant. Dévorée par la lumière de l'aube, elle prenait des aspects fantomatiques, pendant que son ombre grandissait derrière elle. Elle s'élançait, se déformait sur les marches, et se jetait dans l'obscurité. Au bout d'un moment, le vieil homme s'arrêta devant une porte, puis il soutint le plateau contre sa poitrine pour frapper. Une première seconde s'écoula, sans qu'aucun bruit n'indique de vie à l'intérieure de la pièce, puis une autre. Enfin, une voix rauque gronda :


— Entrez.

Monsieur Jean serra les dents, il connaissait trop bien ce ton, ce... « entrez » agacé par toute trace d'existence humaine. Pourtant, âme courageuse, il entra dans la chambre de Lucilius. Il retrouva son jeune maître assis au bord de son lit, sa canne posée à sa droite. Sa chevelure grisâtre tombait sur son visage anguleux, ses yeux clairs étaient cernés par la fatigue. Le boiteux affichait un air maussade ; son corps était raide, sa chemise à peine boutonnée. Monsieur Jean sentit toute la mauvaise humeur de l'homme le traverser, quand celui-ci lui accorda enfin de l'attention. Monsieur Jean le salua d'un signe de tête, puis il s'empressa de poser le plateau sur la table ronde au centre de la pièce. Lucilius l'examinait avec dégoût, et lassitude : Monsieur Jean devina sans aucun mal que son maître avait passé — encore, et pour ne pas changer — une nuit pénible, sans doute tourmenté par les douleurs de sa jambe. Sans articuler quoi que ce soit, le domestique se dirigea ensuite vers Lucilius. Toujours sans lui adresser la parole, il serra son bras pour l'aider à se lever. Mais à peine fit-il un geste, que Lucilius le repoussa en barbouillant des mots incompréhensibles ; Monsieur Jean s'éloigna alors. Lucilius maugréa encore, tandis qu'il cherchait maladroitement sa canne. Patient, Monsieur Jean ne la lui donna toutefois pas : il connaissait l'orgueil déraisonnable de son maître. Dans un mouvement qui faisait réellement peine à voir, Lucilius De l'Ombrage attrapa sa canne, puis il se releva avec le peu de force, dont il était capable. La cicatrice près de sa lèvre lui donnait un air de vieux fou, malgré ses vingt-huit ans.


— Qu'est-ce que vous attendez ? Le déluge ? Sortez, je n'ai pas besoin de vous.

Monsieur Jean haussa les sourcils ; son front se plissa, mais il ne discuta pas les mots de son maître. Lucilius rejouait l'une de ses scènes habituelles de gamin capricieux, et pourtant mourant. De plus, Monsieur Jean avait passé l'âge de se disputer avec un infirme refusant bec et ongle d'entendre raison. Et puis, il supportait mal l'odeur d'opium de cette chambre. Sans remords, le domestique quitta son maître en songeant qu'il devrait encore aérer la pièce durant la journée. Lucilius fut abandonné dans sa solitude, sa seule compagne, et la plus terrible.

Une heure après, Monsieur Jean apporta à son maître son haut-de-forme, ainsi que sa cape. Dans le hall de la demeure, le vieil homme patientait, alors que Lucilius examinait son regard cerné de fatigue que lui renvoyait le miroir. Il rangea une mèche de cheveux derrière son oreille, puis ses doigts glissèrent sur son col qu'il réajusta, enfin il lécha sa lèvre inférieure. De loin, le maître et le domestique ressemblaient à deux croque-morts. De près, ils faisaient un duo ridicule dans leurs maigreurs communes. Monsieur Jean ouvrit la porte pour son maître, et celui-ci ne lui offrit aucune parole, aucun coup d’œil ; il s'en alla, la main crispée sur sa canne. L'homme grogna entre ses dents, pendant qu'il s'en allait de sa demeure. Monsieur Jean referma la porte ; il était encore moins sentimental et agréable que l'infirme qui lui servait de maître.



— Temps de merde. Cracha Lucilius De l'Ombrage.

D'un pas raide, l'homme avançait vers l'édifice, le souffle court. La chaleur lui malmenait le crâne. Tout entièrement habillé de noir, il honnissait le soleil tapant sur ses épaules. La sueur glissait sur son front, menaçant de tomber dans ses yeux, alors que de temps à autre, sa langue venait en happer une goutte solitaire. Et quand il pénétra à l'intérieur de la cathédrale, il ne trouva pas l'air frais qu'il avait tant espéré. Son cerveau interdisait à son corps de le sentir, si bien que l'homme se persuada qu'il faisait encore plus chaud à l'intérieur. Il avait une impression bizarre, et qu'il détestait. Ses vêtements collaient à sa peau, de même que ses cheveux, et pire que tout : il sentait sa propre transpiration. Il avait envie d'en éternuer, c'était très désagréable. Alors quand il croisa les silhouettes noires, si chères et habituelles à son coeur, il fut persuadé que le regard qu'on lui accordait était dû à son parfum. Malgré tout, Lucilius répondait à ces regards par un sourire délicat, comme il savait si bien le faire pour berner le monde. Le bruit que faisait sa canne, lorsqu'elle frappait sur le sol, résonnait dans le couloir. Ainsi, ceux qui le connaissaient percevaient sa présence par ce simple son. On savait que le boiteux arrivait, péniblement, et que le voir se déplacer sous un soleil de plomb serait un spectacle distrayant. Qui à Ishtar n'aimait pas rire des handicapés ?

Néanmoins, il finit par s'arrêter devant une nouvelle salle dans laquelle il ne pénétra pas. Il se contenta de s'adosser contre le mur, il ferma les yeux pour apprécier la fraicheur des pierres dans son dos. Son souffle était sonore, comme sa canne auparavant, on pouvait l'écouter distinctement gronder dans l'édifice. Un souffle court, un souffle las, un souffle de malade. Lucilius profita de cela pour se défaire de quelques secondes de son masque jovial ; son expression était déformée par la souffrance, il serrait les dents et fermait les yeux pour lutter contre elle. Même seul face à lui-même, il refusait de verser une seule larme.
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MessageSujet: Re: L'Ombre peut-elle lutter contre la lumière du soleil ? [Ludwig]   Jeu 18 Juil - 20:33

Ludwig avait un plan. Si son frère aîné n'avait fait que l'ennuyer avec ses idées, ses ordres et sa morale, une autre personne était parvenue à le convaincre. Le jeune marquis n'aurait jamais cru faire un choix de vie sur base d'une conversation avec un esclave. Un géno qui plus est. Mais les faits étaient là et Abel avait été la voix de la raison. Pleurer sur le sort des faibles ne les aiderait pas. Il fallait d'abord devenir fort. Plus fort que Ludwig ne l'a été jusqu'à présent, passer du garçon indigné à l'homme d'action dont l'Ordre et les miséreux de la Capitale avaient besoin.

Ce n'était pas gagné. Le plus jeune Walhgren était un exemple de douceur et de fragilité. Pourtant, sa détermination compensait au moins une partie de ses multiples défauts et son manque de préparation à la vie réelle. Mais, enfin, il comptait en faire quelque chose. Après avoir discuté avec l'esclave, il quitta le Temple Saint Dietrich plus tôt qu'à son habitude et demanda une audience auprès des Magister de Libris Umbra, l'Université qui l'a vu devenir un mage du sang accompli. Il demanda ensuite à être admis en apprentissage. Il lui fallait apprendre la magie de ombres.

Bien sûr, que pouvait-on refuser à un ancien étudiant et fils de l'Empereur ? Ludwig avait, semblait-il, toutes les capacités requises. La seule chose qui pouvait lui faire défaut était la volonté de se battre.

Plusieurs jours plus tard, ses devoirs de guérisseur obligeant, il alla à la recherche de celui qui devait être son mentor. On jugea qu'un Inquisiteur sera le plus à même de répondre à la demande d'un membre de la famille impériale et le jeune homme ne trouva rien à redire, s'en remettant à l'appréciation de ses aînés. Il ne leur demanda que la discrétion, concernant son projet.

Au sein de l'Université, il trouva sans mal la salle d'entraînement, où Lucilius de l'Ombrage devant être présent ce matin-là. Ludwig s'y trouva à l'avance, levé avant l'aube et travaillant aux aurores auprès de ses malades. Le guérisseur s'y consacra à un peu de méditation. En théorie, il connaissait les différences entre l'art qu'il maîtrisait et celui qu'il devrait apprendre à connaître. Mais il lui faudrait quand même tout apprendre depuis le début, il le savait.

Un battement de cœur se rapprocha et s'arrêta à l'entrée de la salle, de l'autre côté du mur. Ludwig put jurer qu'il s'agissait d'un homme souffrant. On l'avait prévenu pour Lucilius et sa jambe. Etait-ce une forme de zèle qui l'empêchait de se faire soigner ? Désirait-il être tel que la vie le modela ? Bien que cette attitude était honorable (et sans doute infiniment plus saine que le recours à la Science), un Frère de l'Ordre Saint Dietrich ne pouvait se résoudre à regarder la douleur sans proposer son aide. Ludwig se releva et sortit doucement de la salle, à la rencontre de l'homme qui était là.

Il était jeune, très bien vêtu. Les de l'Ombrage étaient une très vieille famille, jouissant d'un grand respect au sein de l'Université et de la noblesse conservatrice d'Ishtar. La moitié de ses membres, au moins, étaient des inquisiteurs. Ludwig sourit légèrement, émanant de gentillesse.

- Maître Lucilius ? Je m'appelle Ludwig. Pardonnez-moi de vous déranger, mais le Collège vous a recommandé pour mon apprentissage... Me permettrez-vous de soulager votre douleur ? Je suis au service de l'Ordre. Ce... Ce ne sera pas long.

Bien entendu, il était généralement inutile de préciser de quel Ordre il s'agissait. Un seul avait un rapport avec le soulagement de douleur. Le Walhgren resta humble et poli, les yeux baissés, devant l'homme qui devait lui enseigner la magie des ombres. Inutile de le vexer. Souvent, les Frères et Sœurs étaient repoussés par les gens qui voulaient continuer de souffrir pour des raisons qui leur étaient propres...
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MessageSujet: Re: L'Ombre peut-elle lutter contre la lumière du soleil ? [Ludwig]   Ven 19 Juil - 1:37

Le visage de l'homme était dévoré par l'ombre de son haut-de-forme ; la tête légèrement baissée, maintenant, Lucilius respirait fort. Son esprit était à moitié pris par ses pensées, et par la douleur, alors que sa poitrine se soulevait péniblement sous les coups de son amère compagne. Puis, brusquement, un bruit de pas, une voix, le sortit de ses rêveries. Il mit deux secondes pour se reconstituer un masque ; un sourire s'étira sur ses minces lèvres, sourire qui jurait avec la cicatrice au coin de la commissure. La fatigue restait sur ses traits, mais comme un doux sous-entendu, il observa un instant son interlocuteur. Ce dernier n'avait pas eu à se présenter comme faisant partie de l'illustre famille Walhgren, Lucilius l'avait senti. Il avait déjà « partagé » l'aura du Régent pour reconnaître un membre de son clan, Ludwig en possédait une partie. Elle lui semblait juste... plus fragile. Il ne répondit pas tout de suite, il se contenta de lever la main. Son sourire masquait parfaitement ce qu'il ressentait, et surtout ce qu'il pensait : « pourquoi ? Je te fais tant pitié ? », la colère pourrissait son jugement. Lucilius ne supportait pas la gentillesse des gens, elle lui semblait toujours avoir été falsifiée par l'hypocrisie. Il déclina l'offre sur un ton tranquille, sans rien montrer de son courroux :


— Non, ça ira ; la chaleur me fatigue un peu.

La chaleur, il la détestait autant que les Esclaves puants, et travaillant à Ishtar. Elle lui donnait mauvais genre : son visage ressemblait à de la cire en train de fondre. Lentement, De l'Ombrage se redressa ; sa main crispée sur sa canne. Sa jambe grondait de douleur, pourtant il restait sourd à ses plaintes, car son sourire à la fois charmant et effrayant refusant de se décoller de sa face dégoulinante de sueur. Il tendit alors la main en direction de Ludwig, attendant que ce dernier la serre, et il fit toujours avec ce ton tranquille, et doucereux :


— Ne vous en faites pas, je suis ravi de rendre service à votre famille.

Ceci était en réalité une demi-vérité ; devoir enseigner quelque chose à quelqu'un, c'était une forme d'accomplissement. Cela signifiait que malgré son handicap, on le considérait comme suffisamment fort pour être le professeur d'un jeune homme, et pas n'importe quel jeune homme ! Ludwig Walhgren. L'orgueil de Lucilius ne pouvait que se délecter de cela, il se nourrissait de ce statut honorifique, tel un rat dévore avidement un cadavre. Néanmoins, Lucilius avait la désagréable sensation d'être une sorte d'obligé de cette famille. Entre le Régent qui l'avait réclamé en tant que « garde du corps », et Ludwig voulant apprendre le combat, il devait sans cesse combler leurs attentes. Ce qui malheureusement lui laissait moins de temps libre pour ses occupations, le fatiguait, et l'empêchait de passer quelques journées à fumer son délicieux opium.



— J'espère que vous pourrez apprendre suffisamment de moi.

Lucilius souriait, encore, toujours, irrémédiablement. Il portait ce masque insupportable de porcelaine, exactement à l'opposé de son véritable caractère. Il invita le jeune homme à entrer dans la salle d'entraînement, où il apprécia sincèrement la fraicheur qui y régnait. Il inspecta du regard les bougies disséminées un peu partout, ainsi que l'obscurité environnante. D'un pas lent, accompagné du bruit sourd de sa canne, il avança vers le fond de la pièce, jusqu'à ce qu'une partie des ténèbres englobent sa silhouette filiforme. Ensuite, il enleva la cape délicatement posée sur ses épaules, puis il chercha dans la poche de sa veste noire un mouchoir blanc avec lequel il épongea son visage. Il lécha sa lèvre inférieure, il n'enleva pas son haut-de-forme. Celui-ci lui étouffait la cervelle, mais il ne voulait pas le poser pour devoir se baisser douloureusement vers lui pour le récupérer, une fois qu'il aurait fini l'entraînement avec Ludwig. Lucilius avait horriblement chaud, de plus, il faisait partie de ces êtres stupides qui portaient des couches et des couches de vêtements noirs sous un soleil de plomb.


— Dîtes-moi, Ludwig Walhgren, que connaissez-vous exactement de l'Ombre ?

Posé à un membre de l'Ordre, cela pouvait paraître futile, et idiot. Néanmoins, ce que Lucilius avait besoin de savoir, c'était où en était Ludwig sur sa connaissance de l'Ombre.



— Avez-vous conscience que cette force peut aussi bien servir à guérir qu'à tuer ?

Un frisson courra sur l'échine de l'homme ; il n'avait jamais tué qui que ce soit avec l'Ombre. Lorsqu'il était en mission, il neutralisait ses adversaires pour les livrer à l'Église. Malgré tout, malgré son air malade, ses membres rachitiques, et sa jambe, il avait avalé le goût de meurtre. Un secret dont il était le seul gardien, et depuis ce jour où il avait battu à mort sa loyale servante, Lucilius avait une peur atroce de tuer. Qu'en était-il de Ludwig ? Quelle force cherchait-il au sein de l'Ombre ?
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MessageSujet: Re: L'Ombre peut-elle lutter contre la lumière du soleil ? [Ludwig]   Ven 19 Juil - 2:01

Il refusa, bien sûr, Ludwig aurait dû s'y attendre. Si un inquisiteur n'avait pas encore profité des soins de l'Ordre, il ne le ferait sans doute jamais. Bien que le sujet fasse objet de débats, les serviteurs de Saint Dietrich partaient du principe qu'on ne pouvait forcer quelqu'un à être guéri. Laurenz en était le meilleur exemple, sans doute.

Un large sourire illumina le visage du jeune homme, vêtu simplement, de vêtements noirs et bon marché. Son aura n'était certainement pas aussi oppressante que celle du Régent ou celle du Chef des armées de l'Empire, mais elle était la plus douce. Et celle qui pouvait s'imposer par-dessus les deux autres. Ludwig était doué pour la magie. Il puisait dans l'Ombre davantage que la plupart de ses aînés. Seul son Père était un plus grand mage que lui. Potentiellement, puisque Ludwig ne faisait que maintenant le premier pas vers le développement de ses talents.

- Je l'espère aussi, maître Lucilius. Puis-je vous demander néanmoins, de ne pas informer ma famille de ma demande d'enseignements ? Je... Je voudrais que cela soit une surprise.

Si Ludwig avait souvent des différends avec son frère, c'était également à cause de son humilité devant d'autres gens : Laurenz ne pouvait supporter que son cadet baisse la tête ou serve le peuple comme il le faisait. Mais c'était le cas, une conviction sincère émanant de ses idéaux. Malgré ses années d'études au sein de Libris Umbra, Ludwig fut pris au dépourvu par celui qui devait être son mentor. Au final, c'est un automatisme de bon étudiant qui prit le dessus. Ses lèvres se mirent en mouvement et récitèrent le passage adéquat des écritures :

- Toute existence est équilibre et l'Ombre en est la forme la plus parfaite. - Ludwig chercha ensuite ses propres mots. - C'est l'énergie créatrice, l'âme et la source de toute chose qui vit. Tout ce qui est est animé par une parcelle de l'Ombre...

Rien de faux dans tout ça. Une réponse plus complète pourrait être donnée, bien sûr. Mais elle prendrait des heures sinon des jours. L'Ombre était tout à la fois, force fondamentale de l'existence, énergie créatrice, source de vie, de motivation et de puissance magique. Rien ne pouvait être accompli sans elle et les Walhgren étaient les êtres à faire la connexion entre l'Ombre pure et primordiale et le reste de la Création. Du moins ici, sur le Continent humain.

Le jeune homme écarquilla les yeux, quelque peu terrifié. S'il savait que cette force pouvait tuer ? Oui, bien sûr. Tous les jours, un mage du sang devait faire face à cette menace. Il maniait le sang, l'âme pure des gens. Il pouvait en faire ce qu'il voulait. De la guérison, en passant par l'altération du corps, jusqu'à son anéantissement horriblement violent et barbare. Cette dernière option était proscrite par l'Ordre et seules les Universités se permettaient les expériences hautement dangereuses qu'étaient les rituels de la magie du sang.

- Je... J'en suis conscient, maître Lucilius. Mais vous savez comme moi que l'usage de l'Ombre pure à des fins... de violence est interdite. Du moins pour moi... C'est pour cette raison que je vous demande votre aide. Mon désir est d'apprendre à me protéger avec le présent que l'Ombre à fait à ce monde : ses manifestations terrestres, les ombres.

Ludwig se voyait bien mal apprendre à se battre. Il put déjà observer d'autres étudiants, voire des inquisiteurs le faire. Mais il était conscient qu'ériger une protection digne de ce nom était tout autant un art que celui de faire apparaître une lame faite d'ombres. D'ailleurs... S'il pouvait se défendre, s'isoler de toute ennemi et ainsi échapper à un agresseur potentiel, Laurenz ne serait-il pas déjà content ? Sûrement. Faisons cela, nous verrons le reste après.

Le jeune Walhgren, garda le silence, la tête baissée.
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MessageSujet: Re: L'Ombre peut-elle lutter contre la lumière du soleil ? [Ludwig]   Ven 19 Juil - 3:14

À la demande du jeune homme, Lucilius se contenta d'approuver d'un signe de tête. Il ne lâcha pas un mot sur le fait que Ludwig désirait que leur entraînement restât secret aux yeux de sa famille ; il lui faisait penser à un gamin désirant faire plaisir à ses proches, et qui faisait preuve d'un dévouement sans borne à leurs égards. D'un certain côté, ce modèle de garçon de bonne famille, bien éduquée, et loyal l'écoeurait. Mais paradoxalement, il se reconnaissait dans Ludwig. La différence était la douceur de leurs deux personnalités ; celle de Lucilius était totalement feinte, tandis que celle de Ludwig était naturelle. Lucilius sentait que cela serait préjudiciable pour son élève ; il avait trop bien conscience de la cruauté des gens. Il avait toujours vécu dans une fausse aux lions, où l'on attendait le moindre signe de faiblesse pour l'égorger brutalement. Et lui aussi, il avait tenté toute son existence de contenter son père. Ce dernier n'avait jamais lâché le moindre compliment sur ses efforts, il méprisait sans relâche l'infirmité de son fils. Chez les De l'Ombrage, la faiblesse n'avait pas sa place.

Lucilius ne donna aucune réponse — encore une fois —, quand Ludwig lui récita un verset de l'Ombre, et lui en donna l'explication. Lucilius s'était attendu à cela, et il pensa que le jeune homme restait encore très scolaire. Malgré tout, c'était une réponse correcte. Lucilius remua les épaules, déjà fatigué de devoir se tenir sur ses deux jambes. Ses yeux observaient son interlocuteur, ils ne le quittaient pas. Pourtant, tel comportement ne paraissait pas oppressant, car il affichait la même tranquillité, un vide total d'agressivité. Il écouta avec attention ce que lui dit Ludwig, ce qui ne tarda pas à l'amener à des questions qu'il garda pour lui. Ludwig désirait qu'il lui apprenne comment se protéger ? Cela ne voulait-il pas dire que dernièrement, on avait peut-être attaqué Ludwig ? Ou qu'on avait prétendu qu'il était incapable de se protéger lui-même ? Intrigué, Lucilius étudia plus intensément le visage du jeune homme, sa douceur naturelle, mais son regard était franc.



— Ludwig Walhgren... vous êtes-vous déjà battu ?

La curiosité de Lucilius l'avait poussé à demander cela à haute voix. Il s'interrogeait sur le jeune homme ; il avait une bonne carrure, pourtant il ne donnait pas l'impression d'être quelqu'un capable de lever la main sur qui que ce soit. De même, Lucilius était persuadé que Ludwig était incapable de se mettre en colère. Peut-être était-il comme lui ? Et qu'il maîtrisait bien l'image qu'il renvoyait aux autres ? Ou peut-être pas. Après tout, le monde n'était pas fait que d'êtres hypocrites, et manipulateurs. Pour une minorité, du moins. Lucilius fit un pas en avant, sa canne frappa en même temps le sol, et ce son résonna contre les pierres. Il était en train de se concentrer ; il refusait de montrer un signe de faiblesse, face à un gamin qui était son élève. Toutefois, sa main tremblait, la chaleur lui tapait les tempes, et son estomac se serrait.


— Pas lors d'un combat à mort, mais une simple bagarre. Avec votre frère, par exemple, ce genre de choses.

Bien sûr, Lucilius s'était déjà battu. Ne serait-ce qu'avec sa cousine qu'il avait magistralement humiliée, et ce dans le but de nourrir sa vengeance. Il s'était aussi battu avec ses soeurs, ou plutôt : elles l'avaient battu, profitant comme des chiennes de la faiblesse physique de l'homme. Maintenant, c'était différent ; Lucilius n'hésiterait plus à leur rendre leur coup, ou même à leur offrir une gifle si elles lui manquaient de respect. Il n'était plus leur petit frère chétif, il était un Inquisiteur. Personne ne levait la main sur un Inquisiteur.


— Montrez-moi comment vous vous battez, Ludwig Walhgren. Attaquez-moi.

Avant toute chose, Lucilius avait besoin de voir où en était son élève ; il devait apprendre à le connaître. Par exemple, si Ludwig ressentait de la pitié pour lui, si le voir se mouvoir péniblement lui déchirait le coeur. Ou si cela ne le touchait pas, et qu'il n'avait guère de sentiment face à lui, et à sa jambe. Cela l'étonnerait, malgré tout. Et puis, ce que Lucilius cherchait, c'était de la hargne. Il voulait savoir si Ludwig n'avait que pour seul trait de caractère sa douceur, et s'il était susceptible de se faire dévorer par la colère. Pour Lucilius, c'était ça qui l'avait poussé à avancer, et à repousser ses limites. Les émotions négatives comme la colère, ou la haine pouvaient être la source d'une grande force. C'était ce qui avait nourri sa volonté, jusqu'à la rendre inépuisable.


— Allez-y... et n'ayez crainte pour moi ; ne retenez pas vos coups, car je ne retiendrai pas les miens.
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MessageSujet: Re: L'Ombre peut-elle lutter contre la lumière du soleil ? [Ludwig]   Ven 19 Juil - 4:10

Une deuxième fois, le Walhgren fut pris au dépourvu. Et force était de constater qu'il ne s'était jamais battu. Avec qui pouvait se battre un membre de la famille impériale qui n'a pas été destiné à faire la guerre aux géants, loin d'ici au Nord de l'Empire ? Même lors de ses rares escapades nocturnes avec Laurenz, alors qu'ils étaient encore enfants, c'était l'aîné qui prenait et donnait des coups. Et il le faisait bien. Le cadet n'a jamais vraiment eu à se battre...

- Je... Pas vraiment. Pas plus qu'un enfant qui joue avec son frère.

A-t-il déjà donné des coups à Laurenz ? Oui, sans doute. Dans la colère, dans la rage. Mais il était tel un chiot, face à un dragon. Laurenz était tout fait de force brute et de puissance. Il aimait se battre. Contrairement à Ludwig qui, lui, n'avait envie que de se protéger. Et de protéger les autres, dans la mesure de ses piètres possibilités. On pouvait dire que, au contraire de celle de Lucilius, son enfance était trop heureuse pour qu'il ait à se battre.

Il avala lentement la salive. Son aura se teintait de peur. L'Inquisiteur ne comptait-il donc pas retenir ses coups non plus ? Là... Enfin. Il fallait lui faire confiance, n'est-ce pas ? Si. Ludwig laissa échapper un long souffle, se concentrant sur les battements de son propre cœur et le ralentissant par la même occasion. Il se calma. Plus ou moins. Après tout, Lucilius n'allait pas le tuer. C'était juste un genre de test. Quelque chose comme ça. Même lors d'un prélude à l'apprentissage, la violence était présente dans les traditions de l'Empire et de la religion.

- Bien, maître Lucilius. Je vais essayer.

Sa voix n'était pas beaucoup plus assurée. Mais il fallait qu'il fasse de son mieux. Abel avait raison : il passa trop de temps à se cacher et à se plaindre sans agir. Au pire, il allait prendre quelques coups. La souffrance était terrible et ne devait pas exister. Mais il pouvait l'endurer. Il pouvait l'annihiler. Alors, il lui fallait prouver qu'il valait quelque chose. Ou, du moins qu'il voulait valoir quelque chose.

Parce que jusque là, il ne faisait que se rendre compte de sa propre faiblesse en termes de force. Et la force était ce qui dictait les lois sur le Territoire de l'Empire. Son nom seul ne suffisait pas, Ludwig Walhgren se devait de devenir plus fort. Et son professeur venait de décider que pour cela, il lui fallait commencer une bagarre. La question n'était pas de gagner. Face à un inquisiteur, si jeune soit-il, il n'aurait aucune chance. Mais il fallait prouver qu'il voulait gagner.

Encore quelque peu indécis, il serra le poing et frappa en direction du torse de l'Inquisiteur. Son coup n'avait presque aucune force, malgré le fait qu'il y ait mit de l'énergie. Son corps n'avait pas été préparé à ce genre d'efforts. Maintenant qu'il était proche de son professeur, il frappa une seconde fois, dirigeant son autre poing vers le visage de Lucilius. Pathétique, à ne pas en douter. Voilà pourquoi il avait besoin de magie, là où son frère était capable de tuer bien des gens à mains nues et endurer des coups qui lui paraissaient insupportables, voire mortels. Inexpérimenté au possible, Ludwig fixait à chaque fois le point qu'il allait frapper. Mais chacun de ses petits coups gagnait en assurance et, passablement, en force, par rapport au précédent, alors qu'il se concentrer sur cette tâche, afin de prouver quelque chose.

Même s'il ne savait pas quoi exactement.
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MessageSujet: Re: L'Ombre peut-elle lutter contre la lumière du soleil ? [Ludwig]   Ven 19 Juil - 6:39

Lucilius ne bougea pas, il se contentait d'attendre. Il n'avait pas peur de Ludwig, et encore moins de sa force. Ce n'était pas seulement à cause de la douceur du jeune homme, mais surtout à cause de l'éducation que son père lui avait donnée. Recevoir un coup de poing, ce n'était rien comparer à ce que son père pouvait faire. S'il avait été un artiste, et s'il avait déçu son père, Auguste De l'Ombrage lui aurait saisi la main pour lui briser tous les doigts. S'il avait adoré l'équitation, et s'il avait désobéi à son père, Auguste De l'Ombrage aurait fait tuer devant ses yeux son cheval favori, afin de lui apprendre de ne plus jamais faire preuve d'irrespect. Néanmoins, Lucilius ne pouvait monter à cheval, de même que l'art avait peu d'intérêt pour lui ; à la place, il avait un coeur et une jambe malade. Et depuis vingt-huit ans, son père le tourmentait pour lui faire regretter d'être venu au monde, avec le souffle défectueux. Auguste De l'Ombrage méprisait son fils, autant que celui-ci l'adorait. Longtemps, il n’avait jugé Lucilius bon à rien, il l'avait réduit au rôle de simple figurant dans leur famille, pensant même que son enfant serait incapable de procréer. Pas par stérilité, mais parce qu'il était persuadé qu'il était trop faible pour baiser une simple pute. Alors Lucilius ne craignait rien de Ludwig, il ne craignait personne, hormis son père, et son coeur. Alors quand le jeune homme s'approcha, Lucilius considéra juste son indécision, et son manque de détermination. Était-ce par crainte de le blesser, et de le voir tomber ? Ou parce qu'il ne voulait faire de mal à personne ? Ludwig devrait apprendre alors que pour se protéger, et protéger les autres, il ne fallait pas hésiter à enfoncer ses ongles dans la chair des autres.

Quand enfin le premier coup le frappa, Lucilius garda un visage impassible. Malgré le peu de force de Ludwig, l'homme eut mal : frapper un cardiaque en pleine poitrine, c'était sans doute ce qu'il y avait mieux à faire, si on désirait le voir cracher ses poumons. Lucilius serra les dents, il planta ses dents dans sa langue, mais il ne broncha pas. Son coeur grondait de douleur. Semblable à une statue, De l'Ombrage ne bougeait pas pour esquiver les coups de son élève, mais seulement quand il perdait l'équilibre sous leur puissance grandissante. Lorsque Ludwig l'attaqua au visage, la tête de Lucilius bascula, et il finit par réagir. Lentement, Ludwig commençait par gagner de l'assurance, mais Lucilius ne comptait pas la lui laisser facilement. La peau maculée par les bleus, l'homme changea brusquement de comportement. Soudain, les ombres dans la pièce frémirent, puis elles se rapprochèrent doucement d'abord de Lucilius, avant de le rejoindre brutalement. Elles glissèrent jusqu'à sa propre ombre, puis elles se jetèrent dedans. L'ombre de Lucilius grossit alors, et elle sembla se lever derrière lui. Enfin, elle engloba sa maigre silhouette. Enfermé dans une sorte de boule sombre, le protégeait désormais des coups de poings de Ludwig, Lucilius sourit à son élève. Maintenant, il était devenu intouchable, à moins de percer sa défense ténébreuse. Les deux mains posées sur sa canne, il lança sur son ton placide :


— Ainsi... Ludwig Walhgren, n'avez-vous pas honte de frapper un infirme ?

Ce n'était que de la provocation ; Lucilius avait conscience que ces paroles allaient toucher le jeune homme. Celui-ci allait soit trouver sa réaction totalement absurde, ou bien il regretterait son geste. Lucilius avança d'un pas, il se pencha alors vers son élève, son sourire toujours aux lèvres. Il planta son regard vitreux dans le sien, puis il déclara :

— Je plaisante.

Lucilius leva alors la main, les Ombres se fondirent alors dans le sol ; il redevint aussi vulnérable qu'un enfant. Il profita de cela pour répondre aux coups de poing de Lucilius. Il le contourna, et il écrasa son poing dans la mâchoire de Ludwig. Ses phalanges lui firent mal, peut-être même plus mal qu'il n'avait fait à Ludwig, mais son sourire avait disparu. Son regard n'exprimait rien, il était vide. Il recula, puis cette fois-ci, il s'appuya sur sa seule — et réelle — jambe valide pour donner un coup de canne dans la poitrine de Ludwig. Il ne s'arrêta pas là, et il lui offrit un nouveau coup, sur le bras cette fois-ci. Ses gestes étaient prévisibles, pourtant Lucilius était rapide. À chaque fois qu'il frappait, il semblait enfoncer sa jambe valide dans le sol. Soudain, il s'arrêta ; il mordait l'intérieur de ses joues pour cacher l'effort que tout cela lui avait demandé. Il était énervé, à la fois contre Ludwig, et contre lui-même, car un geste si simple lui demandait trop d'effort. Il lécha sa lèvre, il épongea son visage avec son mouchoir blanc. Il fit signe au jeune homme d'attendre, il fit alors sur un ton qui avait à la fois quelque de doux, et de glacial :

— Vous fais-je peur, Ludwig Walhgren ?

Il avait vraiment hâte de retrouver l'opium, son plus grand amour.
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MessageSujet: Re: L'Ombre peut-elle lutter contre la lumière du soleil ? [Ludwig]   Ven 19 Juil - 8:36

Voilà, c'était ça qu'il voulait obtenir. Un bouclier fait d'ombres, d'énergie noire pure. Une protection qui ne pourrait être violée que par un autre mage de l'ombre... Ou, en théorie du moins, par une décharge d'énergie suffisamment forte. Un coup de canon ou une autre frappe puissante. Ludwig cessa de frapper, dès que Lucilius fut entouré de son voile noir. Ce serait inutile.

Sa question, comme tant d'autres avant, le surprit. Ludwig sentait bien que l'autre se moquait de lui, mais sa réponse fut non moins sincère.

- Pas vraiment... Vous n'êtes pas infirme. Vous avez juste envie de souffrir. Il vous suffirait de demander à l'Ordre et l'un d'entre nous vous aurait guéri. Je viens de vous le proposer. Vous avez refusé...

Pour Ludwig, personne n'avait à souffrir. La faim, la maladie, l'usure de l'âge, tout cela n'était qu'un drame à éviter. Un drame qu'on pourrait éviter avec de la bonne volonté de tous. Si, cependant, quelqu'un avait envie de souffrir... Il n'avait plus à se plaindre.

S'en suivit une série de coups. De vrais coups, pas de petites tapes dignes d'un enfant. Ludwig sentit la douleur. Une douleur qui lui était inconnue. Bien sûr... Il se coupa déjà en cuisinant ou laissa tomber quelque chose sur son pied. Cela pouvait arriver et n'avait rien de bien extraordinaire. Mais les coups de l'Inquisiteurs étaient violents et bien placés. Dès le premier, le jeune guérisseur sentit le goût de son propre sang dans sa bouche. L'infirme était rapide. Beaucoup plus rapide que le Walhgren ne puisse l'imaginer. Il ne savait pas comment réagir, au sol, sentant la douleur pulser dans tout son corps. Et encore... Il était certain que Lucilius puisse faire bien pire. Là, la magie n'était même pas impliquée...

Il avait mal et voulait que ce soit déjà fini. Ses yeux étaient mouillés, mais il se retenait de pleurer, protégeant son visage avec ses bras. L'inquisiteur cessa de le frapper et sembla fatiguer. Ensuite, il lui demanda s'il lui faisait peur. Ludwig renifla, avant de répondre.

- Un peu, oui. Je ne vous comprends pas...

Ludwig se releva lentement en fermant les yeux. La douleur s'estompa sous l'effet de sa volonté. Son sang libéra son énergie et ramena son corps à l'état dans lequel il se trouvait peu avant. Ses bleus s'effacèrent, sa bouche ne gonfla pas et la petite coupure sur l'intérieur de sa joue se referma. Il tenait de nouveau sur ses deux jambes. Pendant un moment, il regarda son professeur dans les yeux, avec une certaine compassion. Comme toujours, il avait envie de l'aider... Faute d'avoir quelque chose à y faire, Walhgren baissa la tête.

- Merci pour cette première leçon, maître Lucilius.
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MessageSujet: Re: L'Ombre peut-elle lutter contre la lumière du soleil ? [Ludwig]   Ven 19 Juil - 11:13

Il avait envie de souffrir ? La colère embruma brusquement les pensées de l'Inquisiteur, mais il ne laissa rien paraître, comme d'habitude. Au fond, il peinait à contrôler le torrent d'émotions qui le submergeaient, il détestait les imbéciles tentant de faire de la psychologie ! Il ne pourrait jamais guérir, jusqu'à la fin de ses jours, il allait traîner cette hanche et ce coeur faible dans la tombe. Sans doute mourrait-il seul, malade, dans son lit, et jeune. Il haït l'espace d'une seconde son élève, au point où s'il ne s'était pas arrêté de le combattre, il lui aurait offert par gratitude un coup puissant, en plein dans la gorge.

L'orgueil, c'était tout ce qu'il pouvait avoir, et on osait lui affirmer qu'il aimait souffrir ? Les doigts sur sa canne se plantèrent dans le bois, il tremblait légèrement. Sa lèvre se pinça, pourtant il continuait de sourire ; son être entier s'embrasait de haine, et pourtant, son sourire ne s'effaçait pas. S'il ne s'était pas agi de Ludwig Walhgren, sans doute Lucilius l'aurait battu à mort, comme il l'avait fait avec sa pauvre servante. Il recula de plusieurs pas, jusqu'à ce que son dos touchât les pierres froides de la salle, il s'épongea de nouveau sa face fatiguée. Il examinait le jeune homme, l'esprit influencé par sa nouvelle mauvaise humeur. Il le trouva faible, atrocement faible pour quelqu'un de sa carrure, et de sa jeunesse. Les coups qu'il lui avait donnés n'étaient pas suffisamment fort, même pour lui ; ce qu'il songeait était en totale contradiction avec ce qu'il avait pensé deux minutes auparavant. L'âme furieuse de Lucilius ombrageait ses pensées, elles perdaient en clarté. De même que la chaleur pétrissait son cerveau le rendait mou, tandis que ses vêtements humides collaient à son échine.


— Je vous fais peur parce que vous ne me comprenez pas ? Non pas parce que je peux représenter une menace, et que je vous mets aux bords des larmes ?

Sans le paraître — ou presque —, Lucilius avait lancé de sa langue fourchue une pique plus que serpentine, il secoua la tête. Il devait se reprendre, jouer son rôle, et enseigner à son élève à posséder une volonté assez puissante pour porter le poids qu'il avait à porter. Pour lui, il s'agissait de son sang pourri. Mais pour Ludwig ? Le malheur du monde ? Lucilius peinait à y croire ! La générosité était une notion trop éloignée pour lui, quelque chose qui appartenait aux abrutis. Son égocentrisme lui enlevait son peu de lucidité. Il passa une main sur ses yeux, il remua les épaules, puis il lécha ses lèvres. Une habitude qui rendait sa cicatrice naissant près de la commissure dérangeante, parce qu'elle était avant tout très laide, et qu'elle se trouvait sur un visage blanc comme la mort, creusé de fatigue.

— Ce n'est pas fini, Ludwig Walhgren. La première chose que vous devez acquérir, ce n'est pas que des réflexes pour vous protéger, mais de l'assurance : devenez suffisamment fort pour ne pas craindre un « vieil homme » comme moi, qui tient à peine sur ses jambes. Gardez conscience que vous êtes un pauvre mortel, mais n'ayez pas peur de blesser les autres. Gardez à l'esprit, écrivez-le si besoin, mais prenez conscience que si vous devez vous protéger, vous devez aussi blesser les autres. Vous pourrez bâtir autant que vous voudrez un bouclier pour empêcher les coups de venir à vous, mais... cela ne dura qu'un temps. Quelqu'un qui voudra vous tuer n'aura pas peur, lui, de vous blesser, et ce n'est pas un bouclier qui lui fera peur. Ce que je veux dire... c'est s'il faut trancher la gorge de votre adversaire pour survivre, il faudra le faire. Votre vie ne peut se protéger sans la mort des autres. Surtout votre vie.

C'était une vérité bien cruelle que Lucilius venait d'énoncer à Ludwig. Il se demandait comment celui-ci allait le prendre, sa douceur de caractère pourrait-elle supporter cela ? Le jeune homme paraissait prêt à tout pour évoluer, mais n'était-ce pas qu'une façade ? Lucilius poussa un soupir, il rangea une mèche de cheveux grisâtre derrière son oreille, puis il fit :

— Reprenons. Mais avec une règle cette fois-ci : la seule chose que vous aurez à faire, c'est de faire tomber mon haut-de-forme. Néanmoins, si je parviens à vous toucher au bout de trois fois, vous aurez perdu.

Lucilius offrit au jeune homme un autre sourire, toujours placide. La chose pouvez sembler simple à faire, mais Lucilius était plus grand que Ludwig, plus faible, mais plus grand. De plus, il avait bêtement une meilleure expérience du combat que son élève — sinon, il ne lui enseignerait rien —, et surtout, Lucilius était sûr de lui. Que craignait-il de son élève ?


— Bon courage. Murmura-t-il, attendant que Ludwig attaque.
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MessageSujet: Re: L'Ombre peut-elle lutter contre la lumière du soleil ? [Ludwig]   Mar 23 Juil - 4:57

Le jeune marquis serra les dents. Les mots de Lucilius lui faisaient mal. Sans doute, s'il avait à apprendre plus tôt, avec d'autres étudiants, où même seul, étant enfant, il n'aurait pas eu à subir tout cela. Il avait découvert qu'on était plus indulgent avec les enfants. Et le monde refusait de le traiter comme tel déjà depuis un bon moment. Alors qu'avant on lui tapotait la tête avec un sourire condescendant, de plus en plus souvent, Ludwig se prenait des claques que la vie lui adressait via les mains de son entourage.

On lui demandait d'être fort, mais cela lui était encore difficile. Les larmes quittaient lentement ses yeux... La douleur n'était plus, éradiquée par la magie transmise à l'Ordre par Saint Dietrich lui-même.

- Oui. Je ne puis cerner la façon dont je devrais vous répondre, vous plaire en tant qu'élève. Vous pouvez répandre autant de violence que cela vous plaira, mais vous ne me ferez pas peur avec. On m'a appris à gérer la souffrance physique, qu'elle soit mienne ou celle de l'autrui.

Aucune fierté, encore moins d'arrogance, Ludwig est lui-même. Le jeune homme idéaliste, voulant rendre les gens heureux, nourrir les affamés et habiller les pauvres. Il écouta, dents serrées, les paroles de son professeur. On aurait cru entendre Laurenz... Avec d'autres mots, certes. Moins de colère et plus de froid réalisme. Néanmoins, le fond était le même. Tuer ou être tué. Un principe qui semblait si archaïque dans cette époque où l'Homme était capable de tant de choses... Pourtant, les principes de l'Empire et de la religion de l'Ombre étaient immuables. Le plus fort emporte tout.

- Bien... maître Lucilius.

Lucilius donna de nouvelles instructions, sans manquer d'être sarcastique. Ludwig le regarda pendant un instant. Que faire ? L'homme avait beau boiter et se dire "vieux". Il était vif comme un serpent et libre de toute inhibition liée à la souffrance de l'autrui. Contrairement à son élève, il aimait probablement faire souffrir. Il n'allait pas hésiter à frapper fort. Très fort, probablement. Suivant un réflexe, idiot et immature, Ludwig donna un simple coup, immédiatement, en direction de la tête du professeur. Bien sûr, il ne toucha pas sa cible, l'inquisiteur était trop rapide pour se laisser surprendre par quelque chose d'aussi évident. Aussi vite qu'il le pouvait, Ludwig fit un bond en arrière. Il n'avait pas l'intention de se faire frapper. A priori, conserver la distance entre eux allait lui éviter de se faire toucher. Sauf si l'autre faisait appel à la magie.

A ce moment-là, il n'y aurait aucune chance que Ludwig l'emporte dans ce petit jeu. La magie du sang était à l'origine d'un grand nombre d'atrocités et permettait d'anéantir n'importe quel ennemi de façon définitive... Mais, d'un autre côté, son usage était néfaste et prohibé. Le jeune homme était donc incapable de faire quoi que ce soit contre Lucilius... Pour le moment. Il espérait que l'enseignement de la magie elle-même ne tarderait pas trop.

Après quelques nouvelles secondes d'observation, Ludwig courut, contournant Lucilius. Au fond de lui, il espérait que l'inquisiteur aurait du mal à se tourner. Après plusieurs déplacements, Ludwig tenta encore une fois de toucher le chapeau de Lucilius.

Un autre échec, bien sûr.

Cette fois encore, Ludwig tenta de reculer, pour éviter la contre-attaque au possible.
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MessageSujet: Re: L'Ombre peut-elle lutter contre la lumière du soleil ? [Ludwig]   Mar 23 Juil - 7:31

Quand Ludwig affirma qu'on lui avait appris à gérer la souffrance physique, Lucilius ne le crut pas une seule seconde. Si cela avait été le cas, jamais le jeune homme n'aurait eu les larmes aux yeux. Pour le boiteux, « endurer la souffrance physique », c'était garder un masque impassible. Toujours. Et ne pas montrer la douleur aux autres. Il ne pouvait que comparer la différence dans leur éducation, sans comprendre la cruauté dont faisait preuve sa famille depuis des siècles. Pour Lucilius, c'était presque normal de voir un père battre sa fille jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus marcher.

Auguste avait élevé un monstre, à sa manière, et un monstre qui frapperait à mort ses enfants, si un jour il rencontrait une femme suffisamment forte pour ne pas être écoeurée par lui. Les Walghren lui parurent subitement avoir une certaine mollesse d'âme. Et c'était le coeur gonflé d'assurance que Lucilius observa son élève se placer, il se tenait droit et raide comme un mort. Sa hanche lui faisait mal, mais « il endurait la souffrance physique », sans qu'aucune émotion ne transperçât sa figure blanche. Lucilius allait-il user de la Magie ? Il ne l'avait pas encore décidé ; il n'avait aucun honneur lors d'un combat, s'il pouvait prendre l'avantage sur un adversaire, et si pour cela il devait jeter du sel sur une blessure, il le ferait sans hésitation.

À chaque fois que son élève s'apprêtait à le frapper, et souvent en visant la tête, De l'Ombrage esquivait. La souffrance dans sa jambe grandissait, la fièvre embrumait sa vue, mais il était hors de question pour lui de perdre face à ce garçon. Il évitait les coups d'un simple mouvement, il pivotait souvent, sans donner l'air de faire le moindre effort pour cela. Il ménageait les gestes, tout cela paraissait trop simple pour lui. Au fond, c'était plus délicat, car dès qu'il se mouvait, Lucilius sentait son corps se déchirer. Bientôt, après sa hanche, son coeur allait venir faire de ses caprices. Il serra les dents : il aurait voulu offrir à Ludwig sur un plateau d'argent une meilleure défaite, ou allonger le combat pour nourrir son orgueil, mais il devait l'écourter au risque de s'évanouir. Luclius planta ses dents dans sa langue, puis quand Ludwig recula en espérant de ne pas se faire toucher, Lucilius répondit enfin à ses attaques. Avec un sourire horriblement bienveillant, il déclara :


— Vous voyez ? Vous ne savez pas profiter de la situation. Vous pensez que frapper ma tête fera tomber mon chapeau, pourtant il y a un meilleur moyen.

Lentement, et de son pas boiteux, Lucilius avança vers Ludwig. Il n'y avait aucune intention belliqueuse dans son regard clair, il se contenta d'ajouter :


— Face à un adversaire tel que moi, à votre place, j'aurais fait cela...

Sans prévenir, brusquement, Lucilius cogna de sa canne le genou du jeune homme. Il murmura dans un souffle « un », puis il n'en resta pas là. Il donna cette fois-ci un coup de canne dans la hanche de Ludwig, à l'endroit exact où il souffrait depuis des années. C'était une façon de lui montrer qu'il valait mieux profiter des faiblesses de son adversaire que de chercher à tout prix de se battre avec honneur. Il lâcha un « deux », la face dégoulinante de sueur, les cheveux collés sur son front, ses joues, et dans sa nuque. Il avala péniblement sa salive, puis il porta le dernier coup à la cheville de Ludwig. Lucilius recula, non pas par crainte de représailles, mais parce qu'il ne tenait plus sur ses jambes. Il avait la gorge sèche, son haut-de-forme avait légèrement glissé sur le côté. Il s'adossa dès qu'il le put sur une colonne, son coeur était comme saisi par une main de métal à la puissance grandissante. Et cette main de métal le serrait, sans ménagement, accompagné par un millier d'aiguilles. Il ferma les yeux, puis il alla encore chercher son mouchoir pour s'éponger la figure, et la nuque. Il parvint à bredouiller :


— Pourquoi chercher à toucher mon visage ? Ma faiblesse... c'est... c'est cette jambe. Un seul coup aurait suffi ; je me serais retrouvé à terre, vous auriez gagné. Il n'y aucun honneur à gagner lors d'un combat, juste... juste... un sursis. Rien d'autre.

Quand il crut aller mieux, Lucilius se redressa. Un bon bout de temps, il était resté un peu plier sur lui-même pour récupérer son souffle vacillant. Il détestait ces instants-là ! Il haïssait paraître en situation de faiblesse ! Et si, De l'Ombrage goûtait à l'humiliation. Cet amer goût lui donnait la folle envie de s'arracher lui-même la langue.
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MessageSujet: Re: L'Ombre peut-elle lutter contre la lumière du soleil ? [Ludwig]   Mar 30 Juil - 1:32

L'inquisiteur ne cessait d'être un homme effrayant. Ludwig avait fait de son mieux mais, n'ayant pas l'habitude d'exploiter les gens, il ne parvint pas à faire le lien entre le point faible de Lucilius et leur combat. Laurenz l'aurait sans doute vu immédiatement... Un autre inquisiteur n'hésiterait pas non plus. Le jeune marquis se heurtait, une fois de plus, à la dure réalité. L'Empire de son Père s'appuyait sur la violence. L'Inquisition toute entière était un mal nécessaire, une organisation imbibée de violence, usant de la force pour maintenir l'ordre en place.

La défaite ne surprit pas vraiment Ludwig. Il ne pouvait gagner... Mais il ne parvint pas non plus à faire un minimum ses preuves. Même si Lucilius a souffert, il était victorieux et n'en méprisait pas moins la faiblesse de son élève.

Puis, vint la douleur qui mit le guérisseur à genoux. En fait, à quatre pattes, puisqu'il dut s'appuyer sur ses mains pour ne pas s'effondrer. Bien entendu, un cri de douleur échappa de ses lèvres. Son esprit s'embruma à cause de la douleur pendant plusieurs secondes durant lesquelles Lucilius lui parlait péniblement. Encore de la sagesse d'inquisiteur. Même pas des principes hypocrites de la noblesse : juste la survie. Ludwig secoua la tête pour reprendre le contrôle de son corps.

- Vous... vous avez... raison.

Il posa une main sur sa jambe et la douleur s'estompa à nouveau, lui permettant de se remettre debout. Ensuite, il frotta sa joue et le sang cesse de s'écouler dans sa bouche. Le moindre tissu abîmé, reprit sa forme originelle, comme si aucun coup ne fut jamais porté à la jambe de Ludwig ou ailleurs. Le jeune homme avala sa salive et regarda son professeur.

- Vous... Merci, maître Lucilius. Je vous suis reconnaissant pour cette leçon. Je... - Il hésita sur la façon de formuler sa pensée. - Personne ne m'a encore jamais parlé comme ceci. Pas avec autant d'honnêteté et de pragmatisme.

C'était la vérité. Il serait sans doute difficile de trouver quelqu'un qui lui voudrait autant de bien que Laurenz. Peu de gens avaient une telle expérience du combat également. Mais son frère était subjectif et mettait trop de cœur et d'émotions dans tout ce qu'il disait à son cadet. Il était pratiquement impossible d'avoir une discussion avec lui au sujet de la vie, sans que cela ne finisse en dispute.

Ludwig hésita encore...

- Je... Je suppose que vous ne désirez toujours pas mon aide. Mais peut-être voulez-vous que je vous laisse ? C'est à vous de décider, si je suis prêt à apprendre davantage aujourd'hui et si vous souhaitez m'enseigner quelque chose encore, maître Lucilius.

Oui... Bien sûr que c'était à l'inquisiteur de décider, il était le professeur. Mais Ludwig voulait vraiment montrer qu'il avait appris quelque chose. Peut-être aurait-il dû se taire, tout simplement ? Peut-être. Il était un peu tard pour ça. Alors il baissa juste la tête, histoire de ne pas regarder Lucilius dans les yeux et se retint de mentionner encore une fois le fait qu'il pouvait aider son professeur.

Il attendit juste sa décision, cela valait mieux.
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MessageSujet: Re: L'Ombre peut-elle lutter contre la lumière du soleil ? [Ludwig]   Mer 31 Juil - 5:43

Lucilius haussa les sourcils, Ludwig s'écroulait pour si peu ? L'homme n'avait pas eu la sensation d'avoir été particulièrement violent envers le garçon. Il avait retenu ses coups, plus pour sa petite personne que pour son élève ; les gestes inutiles le fatiguaient. Il ne lâcha pas un mot, il se contenta d'examiner les blessures de Ludwig, et il grinça des dents dès qu'il les vit disparaître. Évidemment, c'était le genre de pouvoir qu'il enviait, avoir un corps parfait, et surtout presque immortel. Lui, la guérison n'avait pas marché, on avait rapidement estimé que le sang dans ses veines était pourri. Un sang malade dont l'origine était sa mère, enfin c'était ce qu'avait toujours pensé son père. Celui-ci oubliait qu'à force de mariages entre incestueux, leur état régressait peu à peu, et qu'il pouvait être heureux d'avoir des enfants à l'esprit « correct ».

Mais chez les De l'Ombrage, la folie était quelque chose de respectable, et de normal. Il valait mieux être fou que faible, et débile. Ainsi naissaient les monstres. On effaçait ensuite leurs sentiments, on arrachait leurs humanités, et on les écrasait pour leur apprendre qu'ils devaient tout à leur maître. Maintenant, on connait la chanson. Lucilius De l'Ombrage était craint grâce à la réputation de sa famille, on le respectait parce qu'on avait conscience que son cerveau était peut-être dérangé, mais souvent on avait l'esprit perdu par la douceur faussée de sa personnalité. Alors face à Ludwig, Lucilius masquait magistralement son agacement, il ne comprenait pas comment la famille impériale avait pu accepter un être si frêle en son sein. Ludwig ne devait sa survie qu'à son nom, c'était ce que Lucilius croyait. En observant le garçon, le boiteux prenait conscience de sa force incroyable de caractère, et de sa volonté inébranlable. Il s'aima, l'espace d'une seconde.


— C'est parce qu'on a toujours cherché à vous préserver qu'on vous a menti, Ludwig Walghren. Mais sachez que le monde n'est pas uniquement composé de « bons » et de « méchants », mentir est un mal ? Pourtant, on vous a menti pour votre bien. Et n'oubliez pas : si vous désirez vous protéger, et protéger les autres, il vous faudra blesser, et tuer pour cela.

D'une certaine façon, Lucilius pouvait rire de son discours ; depuis sa naissance, il n'avait protégé que sa petite personne, car pour protéger les autres, il fallait aimer. Et Lucilius n'avait jamais aimé. Ce n'était pas impossible, ce n'était pas arrivé, c'est tout. Il n'avait pas été attaché à une fille, il n'avait jamais ressenti d'affection pour sa mère, ses soeurs ? Il les haïssait, autant qu'elles méprisaient sa jambe malade. Et son père, Lucilius ne l'aimait pas, il l'adorait, il le vénérait. Pauvre con.

Lucilius haussa les épaules face à la question de son élève, il poussa un soupir. Il était déjà lassé, son corps réclamait son opium, et la chaleur était un véritable châtiment. Bon sang ! Il peinait à respirer, pourtant ses faibles poumons réclamaient une drogue qui le menait droit à sa perte. Lucilius était persuadé qu'il ne pourrait plus vivre sans ce parfum enchanteur, mais machiavélique. C'était ça qui calmait ses douleurs, mais c'était ça qui accentuait sa fatigue. Au bout d'un moment, il approuva d'un simple signe de tête : oui, il voulait bien que Ludwig le laisse. Toutefois, il lui fit signe de rester ; il n'avait tout à fait terminé son cours. Lucilius mouilla ses lèvres brûlantes, sa gorge était sèche comme s'il venait de traverser un immense désert.


— Vous... vous... vous allez faire quelque chose, je vais vous donner un genre de devoir. Pour la prochaine fois, je... je veux que vous... dans un bocal...Les mots peinaient à se former, articuler lui devenait douloureux. La cicatrice au coin de sa lèvre en devenait de plus en plus abominable. Vous allez... attraper des mouches, une dizaine ; ne les tuez pas, attrapez-les, simplement. Vous en apprendrez beaucoup.

Une tâche pouvant sembler débile, ou ingrate, mais c'était un moyen comme un autre d'apprendre au jeune homme à juger sa force, et à travailler ses réflexes. Ludwig fit un léger mouvement de tête, puis il s'écarta de Ludwig dans l'espoir de rejoindre sa demeure le plus rapidement possible. Ses tempes serraient son crâne, la sueur dégoulinait sur son corps rachitique, dégageant une odeur qu'il trouvait insupportable. Lucilius détestait sentir mauvais. Pourtant, malgré son farouche désir, lorsqu'il traversa le seuil de la porte, le monde s'éclata en mille morceaux. Les choses perdirent de leur netteté, tout se brouilla devant ses yeux, et se dilua dans les ténèbres. Il sentit à peine le choc que fit son corps contre le sol froid de la cathédrale.
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MessageSujet: Re: L'Ombre peut-elle lutter contre la lumière du soleil ? [Ludwig]   Jeu 15 Aoû - 8:01

Ses sens, toujours réglés sur la perception de la souffrance de l'autrui, lui indiquaient clairement que son professeur était de plus en plus mal. Son cœur battait fort et irrégulièrement, sa douleur était palpable. Bien sûr, le de l'Ombrage n'était pas un miséreux au sens où on avait l'habitude de l'entendre, mais Ludwig ne pouvait s'empêcher de croire que Dietrich Eberhard ne désirait en aucun cas que quelqu'un souffre. Riche ou non, inquisiteur ou paysan, tout citoyen de l'Empire avait le droit de voir ses maux disparaître.

Tous, sans exception.

Et ce jusqu'à ce que les rituels salissants de la Science n'aient plus leur utilité. En attendant, Lucilius poursuivait ses explications. Ludwig avait conscience d'avoir vécu dans une bulle. Le Palais impérial était un havre de paix, de prospérité et de sécurité. Ce n'était pas le cas des ruelles de la Capitale. Quant aux mensonges... Oui, eux aussi, il en avait conscience. Mais l'inquisiteur avait raison. Certains d'entre eux étaient simplement ancrés dans l'éducation du jeune Walhgren.

- Vous avez sans doute raison, maître Lucilius...

Le guérisseur demeurait humble et calme. Sa colère d'enfant était passée, il était à nouveau docile et sage. Il écoutait. Il hochait la tête, le regard baissé. Il avait assimilé les ordres de son professeur. Il sentait sa souffrance, alors qu'il parlait. L'inquisiteur avait mal, cela se sentait. La sensibilité de Ludwig lui faisait presque ressentir sa propre jambe lui faire mal. S'il ne pouvait voir le rictus de son enseignant se déformer petit à petit, il ne manquait rien de la peine que Lucilius avait à se maintenir digne.

Il semblait que l'inquisiteur ne voudrait jamais admettre sa propre faiblesse. Rien d'étonnant. Les gens comme Laurenz avaient façonné les forces armées de l'Empire. Et les de l'Ombrage en faisaient parti depuis... toujours. Pas étonnant que la faiblesse ne soit pas la bienvenue. Pourtant, elle était naturelle. Et c'était aux forts de prendre soin des faibles. Pas entre nobles ou entre pauvres. Entre humains, bon sang ! Mais Ludwig n'osa bouger, il hocha la tête, approuvant les instructions saugrenues du professeur.

Probablement, il y avait une leçon intéressant à apprendre des mouches. Ou de ce que Lucilius comptait en faire. Après tout... Beaucoup de gens riaient des techniques utilisées pour enseigner aux novices la maîtrise de la magie. Néanmoins, nombre d'entre elles étaient des plus utiles et portaient un message allant au-delà de ce qu'elles semblaient être. Il aurait des mouches dans un bocal pour la prochaine fois. Ce n'était pas insurmontable, ça. Et il ne voulait en aucun cas s'attirer des foudres de son nouveau maître.

Ce n'est que lorsque Lucilius toucha le sol à ses pieds que Ludwig se permit de l'aider. Bien sûr, pas sans appeler à l'aide dans le couloir. Bientôt, deux novices de l'Université vinrent l'aider à transporter l'inquisiteur jusqu'à l'infirmerie de Libris Umbra, où Ludwig veilla à ce qu'on s'occupe bien de lui. Il partit, avant que son maître ne se réveille. Trop d'affection ou d'attention serait sans doute vu comme une faiblesse inutile. Et cela, il n'en voulait plus non plus.

De plus, il n'y avait aucun risque qu'il arrive quelque chose à Lucilius. Les Universités, celle-ci en particulier, prenaient bien soin de leurs membres. Et l'infirme était un inquisiteur de plein droit, donc méritant les meilleurs soins. De toute façon... Tout ce dont il avait besoin était le repos.

Ludwig quitta l'Université pour revenir au Temple de Saint Dietrich. En chemin, il pensait à son premier cours et ce qu'Abel pourrait lui dire. Le jeune et aberrant esclave lui manquait et le guérisseur ne pouvait s'empêcher de croire qu'il s'agissait de quelque chose de malsain. Il soupira. Bientôt, il allait pouvoir oublier tout ça dans l'agitation de son travail.

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L'Ombre peut-elle lutter contre la lumière du soleil ? [Ludwig]

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